
Pour un rien on ferme la routeAu-delà des motifs de la manifestation, c'est le fait de faire payer aux usagers les erreurs des autres, qui reste incompréhensible.Les journées de mercredi et jeudi ne seront probablement pas oubliées de sitôt par les usagers de la RN 09 et 43, qui pendant 24 heures, ont subi le pire des calvaires de leur vie. On aura vu des familles en larmes, ne comprenant pas ce qui leur arrivait et où était leur tort. Il a fallu 24 heures faits de larmes, de supplices et de désagréments de tous genres pour qu'enfin on décide d'annuler les listes et que la voie se libère jeudi vers midi.Sans préavis aucun et sans doute par improvisation, les mécontents de la liste des pré-bénéficiaires des 300 logements sociaux n'ont pas trouvé mieux que de descendre dans la rue pour s'emparer du carrefour à l'entrée est du chef-lieu de la daïra de Souk El-Tenine. Mercredi vers 12 heures, la circulation automobile s'est ralentie avant d'être totalement interrompue. Un groupe de contestataires a procédé à la fermeture du siège de la daïra, pendant qu'un autre barricadait complètement la RN 09 en deux endroits, empêchant ainsi les usagers de se rendre sur Sétif et Jijel dans les deux sens.Au-delà des motifs de la manifestation, qui restent légitimes dans toute République, c'est le fait de faire payer aux usagers les erreurs des autres, qui reste incompréhensible et qui suscite des interrogations. Où est le tort de ce citoyen qui vaquait à ses occupations' Quelle est la responsabilité de cette famille de Jijel empêchée de rendre visite à un des sienshospitalisé au CHU de Béjaïa' Que vient faire le déplacement des usagers dans ce différend entre citoyens et autorités de la région de Souk El Tenine' Rien a priori. Les listes affichées, qui ne contiennent que 200 noms, et les listes initiales établies par les autorités locales changées, sont-elles l'oeuvre des pauvres usagers de cet axe routier' Assurément pas! «Alors pourquoi nous ferme-t-on la route au nez'», fulmine ce routier à un policier.Il n'aura pas de réponse. Sur des kilomètres, des files de camions et de voiture attendent une hypothétique réouverture. Celle-ci ne viendra que le lendemain aux environs de midi. Les plus malins ont osé un détour par le village Lota sur un chemin délabré où les travaux de raccordement en gaz de ville gênent terriblement. D'autres par Tizi N'berber.Beaucoup ont préféré éviter l'aventure. En famille ou seul, chaque usager essaye de trouver les moyens de passer son temps. Par-ci on s'amuse en écoutant la musique, par-là d'autres ferment leur véhicule et se rendent en ville. Ceux-là sont habitués. Ils savent que la route ne sera pas rouverte avant la tombée de la nuit, alors à quoi bon rester sur place' «Je suis là depuis 13 heures, je ne peux ni avancer ni reculer», souligne cet automobiliste qui venait de Melbou vers Béjaïa. Il finira par se résoudre a reconduire sa femme et ses enfants à pied chez lui abandonnant provisoirement son véhicule qu'il ne récupèrera qu'à son retour. Mais combien peuvent faire comme lui' Très peu. Des centaines d'usagers ont été contrains à l'attente. Une attente interminable faite du manque en tous genres. Mais une lueur d'espoir s'invite en fin de journée. Vers 18 heures, fatigués les manifestants rentrent chez eux sans lever les barricades.Quelques usagers libèrent la voie. Commence alors un autre problème celui des usagers, qui à bout de nerfs entreprennent des manoeuvres que ni la police ni la gendarmerie n'ont pu dénouer. Après avoir patienté plus de six heures, les usagers ont fait preuve d'un empressement incompréhensible, qui se soldera rapidement par un autre blocage pour ne pas dire un «autoblocage». Se gênant les uns les autres, ils n'ont finalement pas quitté les lieux pour certains, alors que d'autres ont réussi un détour aux environs d'une heure du matin par le village Lota. Même les services de sécurité étaient dans l'incapacité de débloquer la situation et finiront par quitter les lieux. Après deux longues heures d'attente, des jeunes usagers de la route s'associent avec les riverains pour tenter l'impossible. Petit à petit, l'axe se désengorge. On fait passer d'abord les véhicules légers puis les poids lourds dans une démarche qui durera jusqu'au petit matin, mais les manifestants sont déjà de retour. Le jeudi rebelote. Le carrefour est de nouveau fermé jusqu'en début d'après-midi. Mêmes motifs, mêmes scènes. La route sera rouverte. Les manifestants ont-ils été approchés' Effectivement. Le chef de la daïra engage les pourparlers qui débouchent sur un engagement de réviser les listes des pré-bénéficiaires. On prend acte. Est-ce la fin' Assurément pas. Les routes de Béjaïa ont toujours été le théâtre des fermetures. Cela remonte aux événements du printemps noir. C'est durant cette période que le fléau est né pour prendre racine à ce jour. Les rares interventions politiques et sécuritaires n'ont pas pu l'éradiquer. Depuis, il continue à entacher la région. Des pertes économiques, de temps et surtout des désagréments restent la résultante de ce fléau. Un fléau qui a fini par faire fuir les plus téméraires des investisseurs et les visiteurs de cette région à vocation touristique. Conséquemment, les retards s'accumulent sur tous les plans. «A quoi servira une pénétrante si le fléau n'est pas éradiqué'», ironise un citoyen. Pour le cas des nationales, la ritournelle est constamment présente.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Arezki SLIMANI
Source : www.lexpressiondz.com