«Je suis arrivé. Je suis là, El Hamdoulillah (Dieu merci). C'est grâce à vos prières que je suis revenu. Je vous remercie tous.» Ce sont les quelques mots prononcés par le wali d'Illizi, Mohamed Laïd Khelfi, à son arrivée, hier, au siège de la wilaya où il a été accueilli par une foule nombreuse.
Illizi.
De notre envoyé spécial
En effet, des dizaines de citoyens ont tenu à accueillir le premier responsable de leur vaste wilaya qui leur revient de loin, de Libye où il a été conduit par ses trois ravisseurs, lundi dernier, dans la région de Timeroualine (80 km au sud de la commune de Debdeb). Libéré avant-hier par la tribu des Zenten, dans la région de Dardj, en territoire libyen à environ 130 km de la frontière algérienne, le wali a été remis, hier en fin d'après-midi, aux autorités algériennes. M. Khelfi n'est arrivé à Illizi que vers 19h30.
La surprise que lui ont réservée les citoyens de la ville lui a fait oublier, l'espace de quelques minutes, ce qu'il a enduré ces trois derniers jours, même si les séquelles de cet enlèvement sont toujours visibles sur son visage : des égratignures au front et à la joue gauche, quelques courbatures ou peut-être des blessures. Cela en plus de la fatigue. C'est ce qui explique d'ailleurs sa brève apparition devant ses «supporters» du jour. Encadré par un important cordon sécuritaire composé de policiers et de gendarmes, Mohamed Laïd Khelfi a éprouvé d'énormes difficultés à accéder à l'intérieur du siège de la wilaya. La foule, qui l'attendait depuis 16h, sous un froid glacial, tenait à le saluer coûte que coûte. Les services de sécurité ont peiné à l'évacuer.
«Ça y est ! Poussez-vous», lancent les policiers à l'adresse des nombreuses personnes qui se bousculent pour toucher la main du premier magistrat de leur wilaya. Et peut-être l'interroger sur les conditions de son kidnapping. Elles sont restées sur leur faim, comme d'ailleurs les quelques journalistes venus couvrir l'événement. Tout en lançant un soupir de soulagement après le retour, sain et sauf, de leur wali, les citoyens d'Illizi s'interrogent toujours sur ce mystérieux enlèvement. Mais aussi sur l'avenir de la sécurité dans la région.
Le wali revient, le mystère demeure
«Que voulez-vous que je dise. Ce sont des choses qui arrivent, mais nous savons maintenant que nous ne sommes pas en sécurité», déclare un sexagénaire rencontré sur place. Il n'est pas le seul à penser ainsi. «Si on arrive à enlever un haut responsable, que dire du simple citoyen ' Sincèrement, je dors avec la peur au ventre», affirme Abdelkrim, un fonctionnaire.
D'autres citoyens, rencontrés sur place, se disent tous soulagés de l'issue heureuse de cette affaire et condamnent l'acte d'enlèvement. «Hamdoullah (Dieu merci). Le wali revient sain et sauf. Nous n'avons jamais connu une telle situation dans notre wilaya», déclare Lahcen, un fonctionnaire qui estime que «l'enlèvement du wali ne réglera pas les problèmes des gens».
Après le soulagement, les interrogations. Car beaucoup de versions ont été avancées pour expliquer les conditions d'enlèvement du premier responsable de cette wilaya. Les habitants d'Illizi savaient que le wali avait été kidnappé, sans plus. Par qui ' Pourquoi ' Ils ignorent presque tout. Le manque d'informations officielles concernant cette affaire laisse libre cours à l'imagination. Chacun donne une version des faits. Déjà à notre arrivée, mardi soir, dans cette wilaya, un chauffeur de taxi clandestin nous annonçait une situation catastrophique : «Rahi m'khelta, rebi yestar (la situation est grave). Le wali a été enlevé.» (il n'avait pas encore l'information de sa libération, ndlr). Et d'ajouter : «On dit qu'il a été kidnappé par le groupe de Ouargla.» Les habitants d'Illizi ne sauront peut-être jamais la vérité.
Silence radio !
Du côté officiel, motus et bouche cousue ! Les responsables de la wilaya, les services de sécurité refusent de communiquer sur cette «très grave» affaire. Aucun responsable n'a voulu nous donner la moindre information.
Au siège de la wilaya, le chef de cabinet refuse de nous recevoir. «Je suis très occupé», prétexte-t-il. Même scénario au niveau du groupement de gendarmerie.
Au siège de l'APW d'Illizi, dont le président était avec le wali au moment de son enlèvement, il n'y avait, à notre arrivée vers 10h, qu'un seul membre, un élu du MSP. Celui-ci affirmait qu'il ne disposait d'aucune information officielle sur l'affaire : «Tout ce que je sais sur cette affaire je l'ai appris dans la rue, comme tout le monde.» Et d'enchaîner : «J'ai eu au téléphone le président de l'APW, mais il ne m'a donné aucun détail.»
Cela démontre la complexité de cette affaire qui reste mystérieuse. Contrairement aux usages dans les déplacements des officiels, Mohamed Laïd Khelfi et sa délégation, composée de son directeur de protocole, Atatcha Brahim, du P/APW, Madoui Ali et du chef de daïra d'In Amenas, se sont rendus à Timeroualine sans aucune escorte. Selon une source locale, le wali n'avait même pas informé sa garde rapprochée de sa tournée à Debdeb. Ce qui est déjà une énigme. «Le wali n'a avisé personne. D'habitude, son staff informe à l'avance les services de sécurité qui se préparent pour l'occasion. Cette fois-ci, personne n'était au courant de sa sortie, même pas sa garde rapprochée», explique notre source. Pourquoi un tel geste ' N'a-t-il pas mesuré l'ampleur du risque ' En tout cas, la région où il est allé «calmer des manifestants qui protestaient depuis une semaine» est connue pour sa dangerosité. Surtout depuis la révolte populaire en Libye et la chute d'El Gueddafi.
Qui sont les ravisseurs '
Les premiers éléments d'information donnés après le rapt de M. Khelfi confirment que les trois jeunes armés qui ont accompli ce forfait sont de la famille du chef terroriste Abou Zeïd. «Ils font partie des contestataires qui manifestaient depuis deux semaines à Timeroualine contre la récente condamnation, à Alger, d'un groupe d'individus accusés de soutien au terrorisme à des peines allant de 5 à 10 ans de prison ferme», expliquent certaines sources, qui ajoutent : «En kidnappant le wali, les ravisseurs voulaient exercer une pression sur les autorités pour libérer le groupe en question.»
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Madjid Makedhi
Source : www.elwatan.com