L'Algérie comptait augmenter sa production d'hydrocarbures durant les prochaines années. Mais au déclin des gisements en exploitation, est venue se greffer la donne sécuritaire, depuis l'épisode sanglant de Tiguentourine.
L'Algérie ne peut pas approvisionner l'Egypte en gaz liquéfié en 2013, selon les contrats conclus durant l'année en cours. Par contre, l'Algérie est prête à le faire en 2014 avec l'entrée en production des gisements découverts récemment. Ce sont là les déclarations du ministre égyptien de l'Energie, rapportées par la presse locale cette semaine. Le ministre égyptien a tenu ces propos pour rassurer le peuple égyptien sur la sécurisation des approvisionnements futurs de son pays. Ses propos ont néanmoins le mérite de nous renseigner sur les capacités réelles de l'Algérie en matière de production des hydrocarbures à court terme, qui ne cessent de reculer, alors que les responsables du secteur persistent à minimiser ou à nier cette baisse de production.
Cette baisse a été amorcée pourtant en 2010. Selon les chiffres de l'Office national des statistiques (ONS), rendus publics dimanche dernier, « la production dans le secteur des hydrocarbures a poursuivi sa tendance baissière en 2012, avec -5,6%, contre -3,6% en 2011 ». Ce résultat est perceptible au niveau de toutes les branches du secteur. « Ainsi, la production dans les différentes branches du secteur a reculé : le pétrole brut et gaz naturel ont baissé de 6%, la liquéfaction du gaz naturel de 8,6%, et le raffinage du pétrole brut de 7,8% », précise l'ONS. Pour le ministre de l'Energie et des mines algérien, M. Youcef Yousfi, et le PDG de Sonatrach, M. Abdelhamid Zerguine, la production n'a pas baissé qu'après les attaques terroristes du site gazier de Tiguentourine, à In Amenas (Illizi).
Le problème sécuritaire soulevé par l'attaque de Tguentourine
Les perspectives pour l'année 2013 en matière de production d'hydrocarbures ne s'annoncent pas très bonnes, le secteur de l'énergie ayant connu, en ce début d'année, d'importants événements qui peuvent encore avoir un impact négatif sur la production. A commencer par l'attaque de Tiguentourine et la problématique de la sécurisation des installations industrielles qu'elle a soulevée. Les conséquences de cette attaque inédite, qui a touché un important site gazier exploité en consortium en la compagnie nationale des hydrocarbures, Sonatrach, la compagnie norvégienne Statoil et la britannique British Petroleum (BP), commencent déjà à se faire ressentir. La compagnie britannique avait, dans un premier temps, annoncé maintenir ses activités en Algérie, au lendemain de l'attaque terroriste de Tiguentourine, qui a coûté la vie à une quarantaine de d'otages étrangers. Mais cette semaine, elle a annoncé le gel d'importants projets en Algérie. Une décision qui pourrait faire des émules, dans un contexte marqué par l'insécurité qui règne dans la région, insécurité exacerbée par l'enlisement de la guerre au Mali. Une catastrophe pour la production algérienne d'hydrocarbures, dont l'augmentation est liée en grande partie à de nouveaux investissements dans l'exploration et l'exploitation de nouveaux gisements.
Loi sur les hydrocarbures : les compagnies étrangères encore sceptiques
Les gisements en exploitation étant en déclin, selon les propos du PDG de Sonatrach, le gouvernement compte sur l' « intensification des efforts dans l'exploration » des gisements offshore, les hydrocarbures non-conventionnels, et l'exploration dans les régions les plus improbables. L'Algérie mise ainsi sur la nouvelle loi sur les hydrocarbures pour booster les investissements étrangers dans l'exploration. Adoptée par le Parlement au début de l'année, cette nouvelle loi a apporté des assouplissements pour l'investissement étranger.
Mais ce pas décidé par le gouvernement algérien n'a pas trouvé l'écho attendu. Il n'a pas soulevé l'enthousiasme attendu chez les principaux partenaires de l'Algérie. Les compagnies pétrolières ne se bousculent pas encore au portillon. Elles observent avec scepticisme la mise en 'uvre de la réforme fiscale, apportée par la nouvelle loi. Et l'attribution, à titre exclusif, de l'activité de transport par canalisations des hydrocarbures et des produits pétroliers à Sonatrach, n'est pas faite pour les arranger. En 2013, le défi sera donc, pour l'Algérie, de rassurer les investisseurs étrangers sur la capacité du gouvernement à maitriser la nouvelle donne sécuritaire, pour espérer les convaincre d'investir sous la nouvelle loi.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yazid Ferhat
Source : www.maghrebemergent.info