Illizi - A la une

La recherche d'un équilibre harmonieux homme nature est le plus souvent recherché



Après 24 années passées en Asie et en Afrique dans le cadre de projets internationaux de développement, dont trois années en Algérie, il a monté et coordonné l'Observatoire des zones humides méditerranéennes entre 2009 et 2016 avec les pays et les partenaires techniques. Il a également appuyé la direction générale des forêts dans différents projets jusqu'à ce jour et ?uvré pour renforcer les suivis des zones humides ainsi que la planification territoriale en Algérie.? A la tête durant des années de l'Observatoire des zones humides en Méditerranée, pouvez-vous nous dire succinctement comment elles se présentent aujourd'hui, en particulier les zones humides algériennes, dont 50 sont classées sur la «Liste de Ramsar» '
Globalement, les zones humides naturelles et semi-naturelles et leur biodiversité continuent à se dégrader ou à disparaitre en Méditerranée en raison des pressions liées à l'agriculture, à l'urbanisme, au tourisme, à la mauvaise gestion des déchets et des eaux usées, ainsi qu'aux conséquences de l'accroissement démographique sur les terres proches de l'eau.
Les zones artificielles (barrages, réservoirs, retenues collinaires, étangs), elles, progressent de partout. En Algérie, malgré le grand nombre de zones humides labélisées Ramsar et une stratégie nationale zones humides récente, les zones humides continuent également à se dégrader. Depuis 2015, en raison de la chute des hydrocarbures, les restrictions budgétaires et le gel des nouveaux projets n'ont pas vraiment permis de mettre en ?uvre cette stratégie nationale, en particulier : réaliser les plans de gestions de ces zones, actualiser l'inventaire national des zones humides et renforcer les équipes sur le terrain.
Toutefois, en lien avec les partenaires internationaux, le pays a pu inaugurer un centre d'éducation environnemental au niveau du complexe de zones humides de Guerbes Sanhadja, créer un Réseau national d'observateurs ornithologues algériens pour le suivi de l'avifaune des zones humides, développer le suivi des zones humides par imagerie satellitaire, créer un réseau d'associations à travers des formations relatives aux zones humides et participer en 2017-2018 au premier suivi méditerranéen sur les services culturels des zones humides.
? L'Observatoire des zones humides en Méditerranée vient d'éditer un rapport sur les services culturels des zones humides à l'intention des décideurs nationaux. Qu'est-ce qu'il apporte de substantiel aux gestionnaires de ces milieux '
L'indicateur sur les services récréatifs et éducatifs des zones humides méditerranéennes vise à mesurer de manière comparable entre sites, les impacts que procurent les zones humides auprès des visiteurs, en particulier les touristes, les écoliers et les membres de clubs verts. De manière plus globale, les résultats mesurent la contribution des services culturels des zones humides au bien-être humain.
Il s'adresse particulièrement aux décideurs et aux gestionnaires de ces milieux. Développé et testé entre 2011 et 2016 par la Tour du Valat (Camargue, France) et l'Institut agronomique méditerranéen à Montpellier, il constitue le premier indicateur spécifique des services des écosystèmes humides de l'Observatoire des zones humides méditerranéennes. En 2017, le premier suivi quantitatif de cet indicateur a porté sur 10 pays et 27 sites en Méditerranée.
L'Algérie, à travers la direction générale des forêts, a fortement contribué à ce suivi en suivant sept sites : Réghaïa, Chréa, Taza, Mezaïa, Iherir (Illizi), El Kala et Saïda. L'analyse des résultats a permis, en ce qui concerne les gestionnaires de ces milieux, de tirer des messages-clés et des recommandations pour une meilleure efficacité d'impacts auprès des visiteurs, dont une partie a déjà été prise en compte dans certains sites comme Mezaïa et Taza. Nous mentionnons ici les messages et les recommandations généraux, ceux de détail étant spécifiques à chaque site.
Messages-clés pour les gestionnaires de site. L'intégrité paysagère et l'absence de pression sur le site favorisent l'impact social auprès des visiteurs récréatifs.
La bonne gestion des services de confort de visite (accès, toilettes, accès à l'eau, sécurité, etc.) et d'observation de la nature (Observatoires, sentiers, panneaux d'indication, etc.) participe à la satisfaction des visiteurs pour les sites qui ne présentent pas d'externalités fortes.
L'adéquation entre l'offre et la demande par site est importante à considérer, pour que la zone humide joue pleinement son rôle auprès du public visé. Cela demande à ce que les gestionnaires connaissent mieux leurs publics et leurs attentes.
Le facteur émotionnel créé par le capital naturel (panorama, paysage exceptionnel, côté sauvage, mais aussi éléments emblématiques naturels et culturels) favorise l'impact, la satisfaction et le souvenir. Une partie des touristes de masse des zones côtières balnéaires visite les zones humides de proximité et la visite «nature dans l'ambiance estivale enregistre un fort taux de satisfaction».
Recommandations pour les gestionnaires de site. S'assurer de protéger le capital naturel en y associant une approche paysagère avec le gestionnaire, les instituts ou universités travaillant sur ce thème.
Pour un service récréatif et éducatif efficace et pour l'image des zones humides, favoriser la qualité plutôt que la quantité des services d'accueil dans les zones humides. En effet, sans un aménagement et une gestion jugés adéquats par le grand public, la visite peut devenir contre-productive (mauvaise image de la zone humide). Favoriser les contrats et projets d'école, dont l'impact éducatif est très efficace sur la durée : la qualité pédagogique et ludique du personnel est un véritable atout.
Les sites de Réghaïa et Mezaïa montrent un bon exemple. Profiter du phénomène «émotion» que procure le capital naturel de certains sites comme Iherir Ilizi et El Kala et de la proximité de sites balnéaires pour développer, au niveau des zones humides, les services d'accessibilité (sentier et indication), d'observations (observatoires, prêt d'optiques) et de valorisation (lieu et vues panoramiques, angle favorable d'esthétisme paysager) du capital naturel, tout en veillant à une bonne gestion des flux de visiteurs.
Pour chaque site non influencé par la dimension «émotion» et par d'autres lieux d'attraction de proximité, la recherche d'une meilleure efficacité d'impact passe surtout par la diminution ou la meilleure gestion des pressions sur la zone humide, la bonne gestion des services de confort de visite et d'observation de la nature ainsi que par l'innovation pour sensibiliser le grand public sur des thèmes attrayants.
? Les zones humides sont, lorsque c'est le cas, reconnues et valorisées pour leur aspect paysager. Pourtant elles sont productives et rendent gratuitement de nombreux services. Comment expliquer cela '
En effet, les perceptions de ces milieux diffèrent selon les acteurs ou les spectateurs des zones humides. Par exemple, pour les communautés locales, les zones humides font partie de leur territoire et en sont des acteurs. Leurs activités liées à l'agriculture, la forêt, la pêche, la chasse et la cueillette bénéficient de nombreux services gratuits de ces milieux, comme l'eau (irrigation), le bois (clôtures des parcelles), les plantes des marais (fourrage et fibres), le poisson et gibier d'eau (consommation, vente et loisirs).
Les natifs savent aussi tirer parti des services de régulation de ces zones (effet tampon, réserve et épuration naturelle d'eau, écrêtage des crues et régulation du débit d'étiage). La gestion de l'ensemble est importante pour le fonctionnement de l'économie familiale. Ils en apprécient aussi le calme et l'esthétisme paysager.
Les visiteurs récréatifs qui sont enquêtés dans le cadre de l'indicateur des services culturel des zones humides, dont plus de 80% sont extérieurs à ces milieux, sont donc plutôt des spectateurs de ces milieux. Dans leur démarche sociale et leur recherche de bien-être, l'intégrité paysagère, le calme et le côté sauvage et émotionnel dominent, c'est-à-dire plutôt le côté intangible des services des zones humides. Ce sont ces aspects qui sont mis en valeur, communiqués et relayés par les réseaux sociaux dans un contexte de tourisme durable, voire d'écotourisme.
Ces deux positionnements peuvent être complémentaires et mutuellement bénéfiques, de nombreux sites dans le monde le démontrent. Les mosaïques paysagères naturelles et agraires et les valeurs culturelles locales font partie de ce que recherchent les visiteurs. Inversement, la filière touristique, quand elle est bien organisée, permet la création d'emplois et de revenus et même, dans certaines zones, le retour de jeunes qui avaient migré en ville pour des raisons économiques.
Dans la réalité, si dans certains cas, les visions et attentes entre acteurs et spectateurs peuvent diverger et provoquer des gènes et des nuisances mutuelles (pollution, comportement individuel, fragmentation écologique, infrastructures, etc.), la recherche d'un équilibre harmonieux homme nature est le plus souvent recherché. C'est tout l'enjeu du développement durable, de la planification locale et de la gestion des zones protégées, surtout quand elles sont habitées.
C'est sur cet équilibre homme-nature que le pays pourrait renforcer, en institutionnalisant une planification locale multi acteur de long terme (au-delà des projets Padsel-Nea, Padsel-Noa, Capdel, Gestion intégrée côtière d'El Kala, Padica) entre les réseaux du développement et de conservation, que ce soit dans ou en dehors des zones protégées.
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