
Le temps était partiellement voilé en ce jeudi. Literie, jerricans d'eau et carburant, nourriture, bois, vaisselle... Le 4X4 est chargé de tout ce qui est utile pour une escapade dans le désert. Le départ doit se faire tôt le matin car le trajet est long et peut révéler des surprises. La route bitumée reliant Illizi à Djanet est peu fréquentée. Les paysages et les montagnes qui la longent cachent des centaines de destinations privilégiées des Touareg du Tassili. D'immenses tubes de ce qui devrait prochainement être une canalisation servant à alimenter Djanet en gaz s'étalent sur le bord de l'asphalte. Certaines parties de ce serpent de fer sont déjà soudées, ce qui rend contraignant l'emprunt des pistes. Celles-ci mènent aux oueds situés l'un à côté de l'autre et dont la traversée s'avère agréable. Il est très difficile de les reconnaître et de bien les situer en raison de la détérioration des plaques de signalisation. Aucune d'entre elles n'est restée intacte. « Oued Sersouf » s'est transformé en « Oued Ouf », la plaque de « Timghanss » est barbouillée de dessins alors que les autres sont carrément illisibles taguées qu'elles sont de noms des villes... du nord. Des comportements qui viennent s'ajouter au vandalisme contre les peintures rupestres du Tassili. Dépassant le lieudit « les mamelles d'ânesse », à peine visible et reconnaissable, la verdure fait son apparition sur de larges superficies, signe d'une pluie récente qui a ravivé cette terre assoiffée. Des petits buissons aux grands arbres fleuris, cette végétation parfois très dense, est une bénédiction pour les Hommes. Des groupes de nomades, tentes dressées et feux de camp allumés, sont venus s'y installer permettant à leurs troupeaux de s'alimenter. Les chameaux se déplacent eux aussi d'une piste à l'autre à la recherche d'eau et d'herbe. Les animaux sauvages, rares dans le Tassili, en profitent également de cette richesse naturelle. On reprend la route. Bordj El Houas, distante de près de 100 km de Djanet, se confond avec le calme. En dehors de deux marchands ambulants de fruits et légumes installés dans la placette à proximité du modeste marché communal, pratiquement tous les autres locaux sont fermés. La chaleur y est torride. Les commerces ouverts ne vendent pas de pain. Un produit rare vers onze heures. Ici, il n'existe qu'une boulangerie pour en vendre, si elle est encore ouverte.Assar, une guelta pour se rafraîchirA la sortie du patelin, la multitude de virages inspire souvent des histoires sur le terroriste « Abdessalem » de Djanet ainsi que des accidents routiers aussi spectaculaires que mortels. Nous avons emprunté une piste pour une halte. A l'ombre d'une colline, la préparation d'un repas froid s'est faite rapidement. Car le temps presse. Le citron frais et parfumé de Djanet, terre des agrumes, fait la particularité de ce repas délicieux composé essentiellement de légumes. L'agrume est aussi juteux que facile à presser. La chaleur bat son plein à 14 heures et chasse les ultimes ombres des montagnes. Le chemin est encore long mais aisé jusqu'à la rencontre de la plaque « Oued Torset » qui donne sur une vaste vaste, ouverte sur l'inconnu. A partir de ce point, il reste encore près de 100 km de piste à emprunter pour atteindre l'oued en question, relevant de la commune de Bordj El Houas. Mais avant d'y arriver, un détour pour découvrir la guelta d'Assar annoncée par un grand panneau du parc du Tassili. Sur le chemin, un autre de la Sonatrach sensibilise les gens sur l'importance de la préservation de la nature. Enfin, la fameuse cuvette dans laquelle un groupe de jeunes se rafraîchit. Pas de présence visible de poisson en raison, peut-être, de la fréquentation humaine. Entourée d'une falaise en demi-cercle, Assar est une guelta de taille moyenne dont la profondeur est inconnue. Ici, la verdure laisse éclater toute sa splendeur, notamment lorsqu'elle couvre les dunes après une fine pluie. Les troupeaux de chameaux et de chèvres se comptent par dizaines. La piste, récemment aménagée et bien faite, évitant aux personnes de s'égarer dans ce vaste désert où il n'y a ni indication ni âme qui vive. Il faut encore rouler pendant plus de deux heures, voir défiler des paysages qui changent de forme et de couleur pour atteindre une croisée de chemins. Sur le premier chemin, on y trouve une école, un terrain de sport, un logement de fonction et une clôture en pierre en phase de réalisation. Plus loin, au-delà de l'oued, des zribette circulaires aux murs de pierres et au toit en torchis sont implantées l'une à côté de l'autre. Le décor est plutôt sommaire mais un décor qui peut être considéré comme un luxe pour une vie de nomade. Des panneaux solaires sont fixés sur chaque zriba, mais point d'électricité. Il y a aussi un tracteur qui sert à transporter le bois et l'eau, un puits doté d'une pompe, un local d'alimentation générale, une petite mosquée et des tombes. Oui, les vivants ne se sont pas séparés des morts qu'ils ont enterrés au centre du site, faute de cimetière. Une cinquantaine de familles y résident depuis une dizaines d'années. « Nous vivions à 30 km d'ici mais nous avons déménagé pour profiter des commodités qu'on trouve sur ce site », affirment les jeunes. « Les panneaux solaires sont à l'arrêt depuis 2013 faute d'entretien. Ils sont tombés en panne au moment où nous nous sommes habitués à leur utilisation », regrettent les femmes. Une panne qui les renvoie à l'utilisation du bois. L'absence d'une infirmerie se fait également sentir. « Une fois, on a transporté une femme sur le point d'accoucher jusqu'à la route dans l'espoir de trouver une voiture pour l'évacuer vers une structure hospitalière. C'est vraiment très dur », se rappellent ces femmes qui réclament « la présence d'un médecin ou d'une ambulance ». Les enfants sont scolarisés en deux classes jusqu'à la troisième année encadrés par des enseignants venus du nord qui leur dispensent même des cours de français. Après la troisième année, ils se déplacent à l'internat de Bordj El Houas. C'est à ce niveau que s'arrête la scolarisation des filles. Outre la réalisation de l'école et de la piste, les jeunes de ce village ont entamé la culture des fruits et légumes. Ceci s'ajoute à leur activité traditionnelle, l'élevage. « Nous avons creusé des forages et trouvé de l'eau. Nous attendons la première récolte dans quelques mois », précisent-ils. Les clôtures en phase de réalisation devant l'école ne sont que des terrassements de logements ruraux attribués à quatre familles. « Ils nous ont attribué quatre logements alors que nous sommes une cinquantaine de familles », regrettent-ils. N'empêche, les habitants d'Oued Torset vivent dans un environnement agréable. Entourés d'une verdure dense et d'un calme ...assourdissant, ils ne cherchent à bénéficier que d'un meilleur réseau téléphonique et d'une structure sanitaire. La télévision n'a jamais existé dans ce village et d'ailleurs personne n'y pense. Impossible de sortir de ce village sans se rendre à la zriba des invités où un thé accompagné d'un gâteau est servi sans même que les gens sachent l'identité de leur invité. La joie emplit les c?urs de ces gens, heureux d'accueillir des gens venus à leur rencontre.Issendilen : une vallée verdoyanteDeuxième jour. Un soleil éclatant nous réveille le matin donnant un aperçu sur la chaleur qui sévira dans la journée. La guelta d'Issendilen est située à 80 km de Djanet par piste mais il faut encore marcher une heure pour y arriver. Les zribette situées à l'entrée de cette guelta paraissent mieux solides. « Les élèves sont scolarisés à Djanet et résident chez nos proches là-bas », soulignent les habitants dont les membres travaillent comme gardiens à l'Office du parc national du Tassili (OPNT). Le seul panneau solaire opérationnel depuis deux ans n'est pas suffisant pour alimenter toutes les habitations. Quelques kilomètres plus loin, des jardins font leur apparition, un puits fonctionnant à l'énergie solaire et une bâtisse au milieu des arbres. « C'est la maison du commandant Bernard. Il était méhariste dans l'armée française », souligne le guide. Cette maison a été rénovée récemment. Divers objets se trouvent encore à l'intérieur. Le trajet parcouru à pied pour la découverte d'Issendilen est certes épuisant mais agréable. De vastes champs verdoyants entourés de falaises abruptes font penser à un canyon. La lavande, les palmiers et le laurier y poussent en abondance. Outre des oiseaux, on y trouve également des reptiles. On découvre des points d'eau sur ce passage qui s'ouvre à son extrémité sur la guelta d'Issendilen. L'endroit est paradisiaque. Cette cuvette d'eau profonde au milieu des montages inspire un tableau de maître. Malheureusement, la guelta est dans un état lamentable. Des troncs d'arbres morts ferment des passages empruntés par les touristes. L'eau n'est pas claire. Son niveau a beaucoup diminué. « Les essais effectués par des Américains ont démontré que la profondeur de cette guelta dépasse les 11 mètres », affirme le guide.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : N B
Source : www.horizons-dz.com