Le squelette presque complet d'un dinosaure découvert près d'El Ménéa constitue la pièce maitresse du Musée national. Cest la preuve de la présence de dinosaures, dont des ossements existent non seulement à El Ménéa mais aussi à Timimoune et In Ghar, selon les experts.Pour les amoureux de la préhistoire de l'ethnographie, pour le ksar de Thaourirt, le cimetière du Père Charles de Foucault, pour les roses aéroportées vers Grasse via Nice, Buffalo-Bordj est resté un terrain archéologique vierge dont quelques spécimens sont exposés au musée de la ville. Officiellement créé en 2009 par le ministère de la Culture, ce musée est un joyau du patrimoine local et national qui est à la base, le fruit d'un effort citoyen initié et encadré pendant 70 ans par le père René Leclerc, qui a quitté ce monde en 2010. Il est actuellement géré par une admirable préhistorienne, dont le premier souci est d'ouvrir le musée sur la société locale, conviant aussi bien les seniors que les juniors à de beaux échanges.Dans cet entretien autour du musée, elle dévoile ses ambitions pour développer une démarche citoyenne de préservation du patrimoine. : El Ménéa est l'une des rares villes du Sud à compter un musée au statut national. Comment l'expliquez-vous'L'existence de ce musée n'est pas récente, elle remonte à 1956, quand le Père Leclerc, en mission à El Ménéa a commencé à récolter des pièces à travers la région. Il a créé l'embryon d'un musée de la préhistoire chez lui et il a réussi à associer toute la population à ses recherches. C'est une initiative citoyenne de plusieurs décennies vouées au patrimoine matériel d'une vaste partie du Sahara, si bien que la maison du Père ne suffisant plus, la DJS lui avait alloué un local pour exposer et préserver ces trésors.En 1982, Chadli Bendjedid, conquis par cette collection, a accordé une enveloppe pour la création d'un musée ouvert en 1997. Une équipe du ministre a procédé à l'inventaire et c'est sous Mme Khalida Toumi, notamment la directrice du musée du Bardo que le projet du musée national a pris forme en 2009 en recrutant et en formant le personnel. L'exposition a vraiment évolué, nous avons quelque 3000 pièces. Ce musée ne suffit plus à nos trésors, nous avons un dinosaure, vous vous rendez compte ' Ca ne court pas les rues et peu de musées, fussent-ils anciens, peuvent se targuer d'avoir autant de pièces archéologiques préhistoriques rares et non encore exploitées. C'est pour cela que j'exhorte les jeunes d'El Ménéa à se spécialiser dans ce domaine, nous manquons d'archéologues spécialisés.D'où vient ce corps de dinosaure'Le squelette de ce dinosaure a été découvert dans la région d'El Ménéa qui est restée vierge et peu fouillée. Peu de chercheurs s'y sont intéressés, à l'inverse de Djanet et Tamanrasset. Il y a aussi quelques belles collections du côté d'Adrar et d'In Salah, mais El Ménéa a la particularité de regorger de vestiges qui méritent tout un programme de fouilles approfondies. Je suis sûre qu'il y aura des découvertes époustouflantes et j'espère que des chercheurs algériens pourront bientôt monter des missions scientifiques.En quoi le contenu de ce musée est-il si important et exceptionnel 'Pour la préhistorienne que je suis, El Ménéa est un paradis dont l'histoire remonte à loin, entre l'histoire et la préhistoire, il y a l'écriture qui tranche et El Ménéa est la preuve par mille qu'il y avait une vie aquatique dans le Sahara algérien. Le climat était différent, les Ammonites le disent, nos aïeux chassaient avec des pointes de flèches, il y a aussi la parure, la céramique. C'est tout le développement de l'esprit humain que ce musée raconte à l'humanité. La parure, la mort, la conservation. C'est pour tout cela que le musée d'El Ménéa est le lieu que tous les petits Algériens doivent visiter à tout prix. Il devrait figurer au programme de l'éducation nationale, c'est notre lien avec l'Algérie de la préhistoire, la mer du Sahara qui est devenue sable, l'histoire des dinosaures qui passionne grands et petits et qui est là, à portée de la main dans une petite oasis paisible.Qui sont vos visiteurs et comment en vient-on à visiter ce musée inconnu du public 'Certains y viennent au hasard d'une visite familiale ou au gré des vacances. D'autres sont de passage vers Timimoune, mais beaucoup atterrissent chez nous pour avoir été attentifs à un témoignage ou une lecture. Si je devais dresser une liste des personnalités prestigieuses qui nous ont rendu visite je vous étonnerais. Des chercheurs, des doctorants, des écrivains étaient épatés, incrédules, vacillant presque à la vue de nos trésors inouïs, dont le squelette du dinosaure est sans doute la pièce maîtresse. J'ai même reçu des enfants venus de Kheraïssia qui sont restés une semaine ici et n'en croyaient pas leurs yeux. Je pense qu'avec un siège plus grand que j'ai proposé au niveau de la nouvelle ville et un encadrement plus spécialisé, ce musée au statut national remontera en notoriété et fera découvrir au monde des facettes méconnues de l'Algérie. Je sais qu'il y a des voisins du Bardo qui ne le connaissent pas, mais il faut ?uvrer à changer cette relation de l'Algérien à son patrimoine, nous travaillons surtout avec les enfants.Je ne vous cache pas mon admiration pour les livres de coloriage et petits contes issus de la tradition orale locale que le musée a confectionnés. Est-ce une expérience inédite 'Pour moi, il s'agit d'une mission fondamentale du musée qui doit refléter la culture locale où il évolue et vivre pleinement des échanges avec les habitants locaux d'abord. Depuis ma nomination en 2010, mon plan de travail était clairement dédié aux établissements scolaires de formation professionnelle. Les enfants sont donc nos principaux visiteurs et du 18 avril au 18 mai, le Mois du patrimoine est devenu sacré pour les enfants d'El Ménéa. Il y a aussi les journées thématiques dédiées au patrimoine matériel et immatériel. Des journées pour la culture berbère, des livres d'enfants autour des métiers, des paysages sahariens, du ksar d'El Ménéa, mais aussi une revue pour les proverbes locaux.Vous avez évoqué un coup de main du musée du Bardo 'Les équipes du Bardo ont fait un travail de passionnés du patrimoine national. Un vrai coup de main au lendemain du décès du Père Leclerc pour nettoyer, trier et inventorier la réserve du musée. Ils ont d'abord travaillé comme des man?uvres avec beaucoup de labeur et de dextérité, ils ont appris à nos cadres les gestes techniques professionnels, ils les ont initiés au travail minutieux des musées et renouvelé notre vitrine qui est désormais aux standards internationaux. Je ne remercierais jamais assez Mme Azzoug, la directrice du Bardo, et ses cadres à qui El Ménéa est redevable pour avoir aidé à moderniser son musée. El Ménéa est, dit-on, le pays des terres rares en Algérie, est-ce avéré 'C'est une information colportée çà et là et un domaine à explorer. Le père René, Allah yarahmou, a d'ailleurs lancé toute une collection de sables de couleur, dont El Ménéa compte une soixantaine, une ressource naturelle incroyable. Nous avons aussi eu des dons de particuliers, notamment des nomades et la réserve ne cesse de s'enrichir avec à chaque fois des découvertes qui laissent pantois, tant le terrain semble loin d'avoir livré tout ses secrets. Les dons englobent aussi des ?ufs d'autruche, des bijoux familiaux et des tapis et il ya beaucoup de seniors qui s'y intéressent.Nous leur avons même consacré une journée autour d'un couscous pour recueillir leurs témoignages. Nous avons également organisé des journées de formation au profit des gendarmes, des douaniers et des policiers, pour leur prodiguer des cours sur les spécificités du patrimoine local et les inciter à découvrir par eux-mêmes ses multiples facettes afin de préserver El Ménéa du pillage dont ont été victimes Tébessa et Illizi, par exemple. Nos actions couvrent tous les acteurs de la société civile et comme la ville manque d'événements majeurs, nous essayons d'animer des rencontres tout au long de l'année et de brasser large. C'est une politique de proximité, qui a fini par payer avec le temps.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Houria Alioua
Source : www.elwatan.com