Illizi - A la une

Déminage Edito : les autres articles



Jugées illégales car opérées au-delà du délai fixé par la loi, le tribunal d'Illizi a annulé les inscriptions de 1543 militaires sur les listes électorales de la wilaya. Le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, M. Ould Kablia, qui avait justifié cette mesure par la mobilisation des éléments de l'ANP sur le terrain lors dernières intempéries qu'a connues le pays et sur le front de la sécurisation de nos frontières sud, se voit donc débouté par la justice qui a ainsi confirmé les suspicions et accusations émises par certaines formations politiques quant au bien-fondé de cette procédure. C'est une première en la matière. Cette décision de justice est d'autant plus symbolique qu'elle concerne une institution de l'Etat sacrée entre toutes : l'ANP, que l'on n'a pas pour habitude de brocarder avec une aussi déconcertante facilité. Surtout lorsque le grief ou l'accusation émane d'une autre structure de souveraineté de l'Etat.
Selon toute logique, rien ne devrait s'opposer à l'annulation des autres listes suspectes des wilayas pointées également du doigt, à l'instar de Tindouf où le nombre de militaires inscrits dans les mêmes conditions contestées par la classe politique se chiffre à 33 000. Cette réaction énergique de la justice en a surpris plus d'un. Il serait présomptueux, bien évidemment, d'y voir là les fruits précoces des réformes politiques annoncées par Bouteflika, mais plutôt une volonté du pouvoir de tenter de crédibiliser le prochain scrutin pour susciter un large engouement populaire en faveur de la participation électorale. Mais voilà, le coup est parti et le mal est fait. Même si l'on s'est évertué à corriger le tir, à déminer le terrain, cette affaire laissera incontestablement des traces indélébiles dans les esprits. Elle ne manquera pas de donner du grain à moudre à tous ceux qui doutent que le prochain scrutin puisse être différent des précédents, marqués par une fraude massive que l'on reconnaît aujourd'hui même au plus haut niveau de l'Etat.
Alors, simple mesure administrative dont on n'a pas mesuré les conséquences politiques, surtout quand on sait que ce scrutin qui intervient dans un contexte géopolitique régional particulier est suivi à la loupe par nos partenaires étrangers ' Ou y a-t-il derrière cette séance de rattrapage, que le ministère de l'Intérieur a voulu concéder aux militaires pour s'inscrire sur les listes électorales après le délai fixé par la loi, des velléités de manipuler le corps électoral et de frauder ' Si c'est le cas, les responsabilités doivent être clairement situées. La décision du tribunal d'Illizi laisse penser que le chef de l'Etat, en sa qualité de premier magistrat du pays, se démarque de ce coup de force électoral avorté. Le préjudice politique occasionné autant au processus électoral frappé désormais d'une forte suspicion qu'à l'institution militaire ' victime directe ou collatérale ' est d'autant important qu'il faudra au pouvoir des trésors d'énergie et d'imagination pour rassurer et mobiliser l'électorat qui n'a pas montré, jusqu'ici, des signes particuliers d'impatience pour aller voter. Comme bien d'autres scandales, cette affaire sera vite classée. Il n'y aura ni procès, ni coupables, ni sanctions.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)