
Sciences Po, Alger. Lundi 25 novembre. Conférence sur «Les changements dans la politique américaine et ses conséquences sur la région Maghreb».«I don't believe in the decline of America», prévient d'emblée Haim Malka, directeur adjoint au CSIS, Center for Strategic & International Studies, chargé du programme Moyen-Orient. Incubateur par excellence de la droite conservatrice américaine, succursale de la CIA depuis sa création en 1960, think thank (de Kissinger, Brzezinski, Cheyney, etc.), le CSIS est de loin le plus influent de ces 50 dernières années sur la sécurité et politique étrangère américaine. Le rôle en retrait joué par les USA lors des révoltes arabes comme en Syrie, explique-t-il ; le redéploiement nouveau des armadas de l'empire ; les coupes dans les budget de la Défense (- 500 milliards USD sur dix ans) et les réajustements permanents dans l'ordre des priorités et concepts de défense, de sécurité et de politique étrangère américains ne sont pas les signes d'un déclin mais les symptômes d'une «Amérique en plein mutation, soucieuse d'abord de sa sécurité et de celle de ses alliés et par la sauvegarde de ses intérêts».«Pour la région Maghreb, la politique américaine, dit-il, demeurera moins ambitieuse». Le Maghreb, «chasse gardée de la France», terra incognita aussi bien pour le Yankee lambda que pour l'Administration américaine se trouve «en bas de l'échelle des priorités comparé à la région Moyen-Orient», ajoute le conférencier et invité surprise du ministère des Affaires étrangères sous l'aire Lamamra.A sciences Po, on relativise l'ampleur du budget de la Défense. On le justifie, non sans arguments. Florilège des mille et une menaces invoquées entre autres par cet ancien attaché de Défense en Syrie et colonel à la retraite Benamor Bendjana - : Près de sept mille kilomètres de frontières incandescentes : le baril à poudre tunisien, le chaos libyen et son marché à ciel ouvert d'armes, l'effondrement des Etats, la «menace traditionnelle», le Maroc, etc. «Maintenant, l'ANP, qui constitue l'ossature de la sécurité nationale, certainement qu'elle doit jouir de certains privilèges pour pouvoir se doter des moyens qui lui permettent d'accomplir ses missions», affirme le colonel. «Sur quelle base est calculé ce budget ' Je présume que c'est fait suivant une planification précise pour pouvoir l' exposer par la suite, quelque part, que ce soit au Sénat, à l'APN.Je ne sais pas? car le côté secret demeure et est déterminant. Mais à base échelle, toute affectation de budget est soumise à planification concrète : matériel à acheter, objectifs à atteindre, etc.» «12 milliards de dollars ' Ce n'est rien par rapport à la facture d'importation : plus de 60 milliards de dollars », commente ce professeur de sciences politiques qui demande à taire son nom parce que le sujet est «délicat», dit-il. Les cartels de l'import-import se sont constitués, selon lui, des fortunes colossales, une «puissance de feu autrement plus importante que celle que les ressources affectées à l'armée peuvent générer». Auteur d'une thèse doctorale sur «la stratégie de sécurité nationale de l'Algérie de 2006 à 2011 », Mansour Lakhdari avoue toute la difficulté du chercheur à accéder aux sources d'information, aux centres où, en vase clos, les politiques de défense et de sécurité sont conçues et décidées. «On vous reçoit avec bienveillance. On discute avec vous toutes les questions à bâtons rompus, et à la fin, on vous glisse, secret-défense oblige, un gentille ??ça reste entre nous''.» Même les données statistiques versées à sa thèse et traitant des dépenses d'armements? de l'Algérie, elles proviennent toutes des instituts et centres d'études étrangers comme le Sipiri de Stockholm. Mais une «course à l'armement», l'universitaire n'y croit pas du tout. «Les dépenses de l'Algérie se situent, selon lui, dans la moyenne.» Les parts du PIB consacrées par chacun des Etats du Maghreb à l'armement ne souffrant pas les grands écarts.In Amenas. Mercredi, 16 janvier. Cinq jours après l'opération Serval de l'armée française au Nord-Mali. La prise d'otages, perpétrée par un commando terroriste, ciblant un des plus importants sites gaziers du pays, sonne la faillite du bloc sécuritaire et interroge après le rapt du wali d'Illizi et des diplomates algériens au Mali, le sacro-saint principe du «non-interventionnisme », credo immuable de la diplomatie et de la défense algérienne. «L'Armée algérienne n'interviendra pas au-delà des frontières», réitérait, au lendemain de Tiguentourine, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal.«En matière de doctrine de défense, avise le politologue, il ne faut surtout pas rester prisonnier des concepts : ne pas intervenir au-delà de sa frontière ne veut pas dire ignorer ce qui s'y passe.» L'Algérie doit savoir prendre en compte les changements à ses frontières, analyser les menaces que constituent les effondrements des Etats, leur impuissance à maîtriser les frontières et à lutter contre la prolifération des armes (?)», ajoute-t-il. «Bref, en place et lieu de la projection de puissance, conclut Dr Lakhdari, l'Algérie doit pouvoir projeter de l'influence.» Mais «ça», c'est une autre histoire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mohand Aziri
Source : www.elwatan.com