
«Pourquoi ce livre' Parce que je voulais restituer Jean Amrouche à son peuple, à sa terre, et à son histoire originelle...»Jean El Mouhoub Amrouche: Un Algérien s'adresse aux Français ou l'histoire d'Algérie par les textes (1943-1962) est le nouveau livre de Tassadit Yacine Titouh. Ne dit-on pas que les paroles s'envolent et les écrits restent. Les peuples sans écriture sont considérés comme des «peuples sans histoire», heureusement pour nous que les gens de la trempe de Jean Amrouche ont écrit. Voilà exactement ce qu'a fait Tassadite Yacine Titouh pour honorer le pacte tacite entre la lecture et l'histoire en nous présentant un «récit vrai» sur les écrits de Jean Amrouche qui transportent le lecteur au coeur de l'histoire de l'Algérie de 1945 (début des émeutes de Sétif, Kherrata, Guelma) jusqu'à la veille de la fête de l'Indépendance de l'Algérie (1962). Ces écrits réunis dans ce livre attestent justement son engagement pour l'Algérie, même si au départ, il était comme une partie des Algériens, notamment les intellectuels, qui croyaient à l'âme sensibilisatrice de la France, mais depuis 1945, suite aux massacres de Sétif, Kherrata, Guelma, il a tourné casaque pour devenir un indépendantiste «Grâce à l'introduction de Tassadit Yacine, le lecteur d'aujourd'hui peut comprendre comment un petit indigène défavorisé peut s'élever dans la société française et quel sera le prix de son émancipation. Loin d'être assimilé ou renégat (comme essaient de le présenter les militants de la culture de dernière heure), Jean El-Mouhoub est un patriote et un savant algérien enraciné dans l'africanité la plus profonde, et ouvert sur l'universalité» écrit André Nouschi dans la préface du livre. «Ses articles produits entre 1943-1962 et rassemblés dans cet ouvrage traversent une période douloureuse, certes, mais porteuse d'espoir. Les restituer aujourd'hui à leur sol, à leurs destinataires, c'est rendre justice à l'homme qui les a écrits, mais aussi à tous les intellectuels et militants qu'ils soient algériens ou non, musulmans, chrétiens, juifs ou athées qui ont fait de la cause algérienne leur cause...» note l'auteure dans son introduction.
«Pourquoi ce livre' Parce que je voulais restituer Jean Amrouche à son peuple, à sa terre, et à son histoire originelle...parce qu'il est d'abord un intellectuel et un homme de lettres, un penseur qui a beaucoup écrit, et surtout c'est aussi un homme de combat. C'est l'un des premiers écrivains francophones du XXe siècle à avoir été reconnu mondialement. Il a sorti L'éternel Jugurtha en 1943 où il a dit aux Français: «Attention, si vous ne faites pas de réformes, si vous ne reconnaissez pas les Algériens, nous avons neuf millions de Jugurtha dans l'île tourmentée du Maghreb.» Quoi de plus que cette déclaration, nous explique Tassadit Yacine Titouh rencontrée en marge du colloque tenu lors du Festival international du théâtre de Béjaïa avant d'ajouter: «Jean Amrouche a besoin d'être reconnu chez lui. Ce n'est pas parce qu'il a vécu ailleurs et de religion différente qu'il va être oublié. À travers ce livre, je veux aussi réhabiliter la dimension militante de l'homme de culture.
Il est vrai qu'en France, on lui reconnaît son statut d'homme de lettres et de culture, un journaliste de talent qui a interviewé de grandes figures historiques, politiques et culturelles, mais on ne lui reconnaît pas la dimension militante de l'homme. On est dans l'histoire, les gens qui ont milité, on leur doit une reconnaissance et une réhabilitation sans distinction de race de religion, et de sexe...».
Dans ce livre, à travers les textes exposés, on découvre tout l'engagement de Jean Amrouche en mettant sa double culture algérienne et française au service du dialogue entre le FLN et la France, entre le Gpra et le général De Gaulle.
On trouvera plusieurs écrits et autres contributions, mais aussi des lettres échangées avec Ferhat Abbas, Krim Belkacem...On citera, entre autres, Pour un libre dialogue sur le drame algérien publié au journal Le Monde, le 30 mars 1957 ou encore l'autre article intitulé La France comme mythe et comme réalité publié dans le même journal le 11 janvier 1958. Un article qui a fait réagir la classe politique et intellectuelle française qui ont été titillées par certains paragraphes à l'instar de celui-ci: «Face à l'appareil formidable de la force française, ce peuple héroïque, sans cadre, sans industrie, sans argent, s'est dressé et résiste à tout...le peuple algérien n'est pas l'agresseur, il est en état de légitime défense, il ne défend pas ses biens, mais son seul bien, celui auquel il n'a pas le droit de renoncer: son droit d'être, d'exister. Le droit pour tout Algérien d'avoir sa patrie à lui, qui ne peut être la France. Il combat pour la justice et pour la liberté. La violence qu'on l'a contraint d'utiliser est entièrement justifiée....quoi qu'il arrive il gagnera, il a déjà gagné. Il est ressuscité dans le baptême du sang. J'ai la politique en horreur. Je m'y intéresse par profession et en raison de ma situation particulière».
Un livre évoquant à lire et à relire.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Boualem CHOUALI
Source : www.lexpressiondz.com