Apres Laghouat, Constantine, Oran, Djaffar Gacem et son équipe artistique ont fait escale jeudi dernier, au Petit théâtre d'Alger-Centre où il a reçu un accueil triomphal pour son premier long métrage en présence d'un public nombreux rehaussé par la présence du maire d'Alger-Centre, Abdelhakim Bettache, et des personnalités de la sphère culturelle à l'image des écrivains Amine Zaoui et Mohamed Sari (l'actuel président du Cnal Conseil national des arts et des lettres). Revenant au sujet de son long métrage qui aborde les massacres du 8 mai 1945, le réalisateur fera remarquer d'emblée son désir de faire «un film de sentiment.Un film humain, plutôt que politique. On vous a proposé une fiction non pas un documentaire pour vous montrer un tout petit peu sur fond de faits réels ce qui s'est passé un peu durant les douloureux massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, et qui se sont soldés par les 45.000 morts, ce qui a déclenché, neuf ans après, la guerre d'Algérie. Voila ce qu'on a voulu vous montrer dans un contexte beaucoup plus artistique et romancé à travers la famille Zenati qui est une fiction». Et de souhaiter que le film puisse aller le plus loin possible. «J'espère qu'il pourra sortir à l'étranger et être dans les grandes manifestations et surtout que le public algérien dans sa majorité puisse aller voir le film.» Djaffar Gacem dira à ce propos enthousiaste: «Dans toutes les villes où on a été, ''Heliopolis'' a eu un écho favorable. Je souhaite que ce film continue sa belle aventure». Répondant à une question de Hmida Layachi à propos de son rapport avec «la matière historique» et comment il a interagi avec, Djaffar Gacem déclare avoir utilisé l'histoire comme base de travail. «J'ai choisi ce qui s'est passé quelque part dans le Constantinois, un 8 mai 1945 comme trame. Je n'ai pas choisi cet angle-là comme documentaire. Il y a eu des écrits, des livres et des documentaires sur le sujet. Au cinéma il y a Rachid Bouchareb qui a évoqué les massacres juste au début de son film dans ''Hors La loi''. Hors, moi j'ai voulu aller au fond du sujet et de montrer quelles ont été les raisons et les causes depuis 1940 qui ont crée ces manifestations... J'ai choisi une trame, à savoir la fiction pour raconter une histoire et cela est le propre du réalisateur que je suis et de tous les réalisateurs qui font de la fiction.
La famille Zenati et la course de chevaux notamment, relèvent de la fiction, je voulais faire cela pour embellir mon histoire et laisser en arrière-plan suggérer les événements réels qui se sont déroulés dans cette petite ville de Guelma et autour de la ville de Guelma. Je me suis intéressé à cette ville particulièrement parce qu'il y avait un sous-préfet qui s'appelait André Achiary qui était un sanguinaire. Il a créé la milice et l'a aidée à s'armer.»
À propos des faits historiques tels abordés dans son film, Gacem citera aussi le discours de Ferhat Abbas ainsi que les massacres qui sont suggérés dans le film sans aller dans la violence des scènes. «J'ai voulu montrer juste la symbolique de la violence, quelques séquences fortes et surtout la séquence de l'incinération des milliers de morts dans les fours à chaux d'Héliopolis.».
Il fera aussi remarquer humblement que ce premier long métrage-fiction est celui de tout un groupe en parlant des comédiens, y compris ceux qu'il a castés en France et qui ont insisté pour jouer dans le film après avoir lu le scenario et eu connaissance de la grande histoire...
A propos du langage utilisé, remarque récurrente dans de nombreux débats avec le public, Djaffar Gacem relèvera «ne pas avoir laissé passer par hasard ce problème d'accent». Et d'expliquer: «Je ne voulais pas un langage régional. Ça ne m'intéressais pas de faire une étude sur la linguistique de Guelma, parce que je serai tombé dans des erreurs et je ne voulais pas faire des erreurs.
Je voulais un langage algérien compris par tous. Je voulais surtout éviter le langage de bois car j'ai tellement vu des films où on dit des phrases que nos aïeux, nos parents et grands-parents, n'ont jamais vécues ou prononcées... On a grandi avec ces films. J'ai voulu faire une cassure. C'est vrai qu'il y a des risques à prendre. Je les prend. Je voulais un langage compris par les jeunes d'aujourd'hui. (...) En dehors des vieux, les jeunes ne connaissent ni les AML ni Messali Hadj, ni Ferhat Abbas. Je voulais faire un film cinéma avec un fond historique réel. Je me suis permis de choisir une ville, une région. Et ce choix n'est pas anodin. Héliopolis est un village où il y avait des colons, des usines où les musulmans travaillaient. Ces mêmes musulmans furent incinérés dans ces fours à chaux quelques mois et quelques années après...Ceci est la symbolique et le titre du film». À noter qu'après Tizi Ouzou, ce samedi 5 juin, le film ira à nouveau à la rencontre d'autres régions du pays.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : O HIND
Source : www.lexpressiondz.com