Guelma - A la une

Les rescapés des tueries du 8 Mai 1945 ont encore témoigné



Chaque 8 mai, Guelma oscille entre tristesse et fierté. Les rescapés des massacres du «8 Mai 45 » ont ressassé encore et encore les images d'horreur qu'ils ont vécues. Salah Brahem, Abdallah Yalles, Brahim Bahloul, Saci Benhamla... étaient convaincus que la mort était passée à côté d'eux, à Guelma, cette ville synonyme d'un massacre commis par le colonisateur contre des civiles un certain 8 mai 1945.Cette date évoque des images d'une population déchirée, par des exécutions sommaires atroces. Des nationalistes froidement abattus, des groupes de citoyens que l'on embarque avec force pour les mener à la mort et que l'on exécute dans différents lieux de fusillade. D'autres détenus, que l'on jette comme des animaux au lieudit Kef el-Boumba, un éperon rocheux entre Héliopolis et Kellermann (El Fedjoudj) à quelques encablures de Guelma. Et on ne sait pas si d'autres victimes étaient mortes ou non lorsqu'elles ont été jetées dans le brasier du four à chaux de Marcel Lavie et qui était géré par « El Malti », transformé pour la circonstance en four crématoire. Cette date rappelle les crimes et les souffrances infligées à la population guelmoise par les hommes du sanguinaire Achiary, mais qui restent désormais l'emblème de la ferme détermination de la population d'une cité à s'élever contre le colonialisme. La première victime de ces tueries était le jeune Abdallah Boumaza, dit Hamed, mais la liste est très longue, elle comporte de grandes figures dont, Boumaza Ahmed, Ouartsi Abdelmadjid, Oumerzoug Mohamed, les Regui, Mohamed, Abdelhafid et Zohra, Aïssa Boutesfira, Larbi Reguini... en passant par les frères Abda. La marche pacifique effectuée à Guelma le 8 mai 1945 est qualifiée comme l'événement porteur d'un esprit révolutionnaire contre le colonialisme dans cette cité, réputée pour être le fief des nationalistes. Et dans une perspective plus engagée, certains chercheurs inscrivent l'événement dans une analyse globale du rejet du colonialisme de la part de la population algérienne. De manière générale, cette hypothèse s'appuie sur des documents d'archives et des entretiens avec les rescapés de ce génocide qui a fait des milliers de victimes. Feu Saci Benhamla, ex-président de l'Association du 8 Mai 1945 a exprimé à chaque fois l'avis qu'il serait préférable de présenter et discuter les avancées historiques permettant de mieux comprendre cet événement, en adoptant une démarche interdisciplinaire, sociologique, politique, et historique. Pour cette figure de proue du nationalisme «la commémoration de cet évènement entre dans le cadre d'une réflexion collective, particulièrement sur cette marche, et ses significations en regard des questions d'écriture de l'histoire». Les Guelmois tiennent à «leur massira». Des centaines de personnes empruntent chaque 8 mai l'itinéraire «la place El Karmet-café d'Alger», pour commémorer cette marche historique effectuée par des manifestants pacifiques le 8 mai 1945 à Guelma et qui a été réprimée par des tueries, des tortures, et les barbaries les plus cruelles. Ces crimes impunis perpétrés par l'administration coloniale, sous la houlette du sous-préfet Achiary et ses milices ne s'achèveront que le dimanche 20 mai. «Je tiens à apporter ces témoignages accablants, pour que nul n'oublie», a déclaré avec émotion ammi Saci Benhamla quelques jours avant sa mort. Guelma, c'est un long passé de révolution et de nationalisme qui a pris ses sources dès son essor, lors de ces terribles massacres perpétrés le 8 mai 1945. Aujourd'hui, la population de l'un des berceaux de la Révolution algérienne n'a pas le c?ur à la fête. Guelma est frappée par un décalage flagrant entre les sacrifices et les souffrances endurées par sa population, pour la libération de l'Algérie et l'oubli dans lequel elle est tombée ces vingt dernières années.
Noureddine Guergour
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