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L'entretien de la semaine MME DJOUDI SAMIA, PSYCHOLOGUE CLINICIENNE À L'EPSP DE GUELMA, AU SOIRMAGAZINE :«L'auteur de l'abandon finit par se réfugier dans des comportements négatifs pour soulager sa culpabilité»



L'entretien de la semaine MME DJOUDI SAMIA, PSYCHOLOGUE CLINICIENNE À L'EPSP DE GUELMA, AU SOIRMAGAZINE :«L'auteur de l'abandon finit par se réfugier dans des comportements négatifs pour soulager sa culpabilité»
Du jour au lendemain, certains malades atteints d'un cancer se sentent lâchés par la famille, les amis ou les conjoints, considérés jusque-là comme les plus chers. Cette attitude est généralement mal vécue par le malade, du fait qu'elle accentue le chagrin et la souffrance du malade. Mme Djoudi Samia, psychologue clinicienne de santé publique à l'Entreprise publique de santé de proximité (EPSP) de Guelma, nous éclaire sur ces comportements.
Soir-magazine: On est forcé de constater que certains malades atteints du cancer se voient abandonnés par leurs proches ou leurs partenaires. Comment expliquez-vous ces comportements '
Mme Djoudi Samia : Ces derniers temps, on observe une transformation dans la famille et dans les relations amicales, ce qui signifie que, dans la vie courante, beaucoup de personnes comptent de plus en plus sur leurs amis que sur leurs parents, mais en réalité, dans les moments difficiles, c'est vers la famille qu'on se tourne. Les plus proches sont de plus en plus sollicités, on leur demande aujourd'hui de remplir pleinement leur rôle : celui d'une prise en charge totale sur tous les plans, mais parfois de soutien financier, voire social, lorsque certains malades atteints du cancer se réfugient chez leurs parents, parce que le climat dans le couple est trop tendu. Mais parfois, les parents se trouvent eux aussi au c'ur de certains problèmes de santé ou autres, où ils n'arrivent plus à supporter les situations délicates et cela devient trop lourd pour eux, car on ne peut pas faire porter un poids aussi lourd sur des épaules parfois vieillissantes. Vous savez bien que le cancer devient de plus en plus fréquent, il reste encore tabou et provoque un phénomène d'identification inconscient. Donc, tout le monde sait que le risque d'avoir un cancer est de plus en plus important, et personne n'est à l'abri. C'est cette réalité que l'autre renvoie, ce qui explique donc que certains tournent le dos à un proche atteint d'un cancer.
L'acte de l'abandon est souvent considéré comme une lâcheté, celui ou celle qui abandonne est jugé puis condamné, qu'en pensez-vous '
En réalité, c'est avec nos proches que l'on partage les mêmes valeurs ; malheureusement, les gens sur lesquels on peut compter ne sont pas nombreux. Au début, la personne atteinte d'un cancer présente un état psychologique de sentiment d'insécurité permanent lié à une peur irrationnelle d'être abandonnée. Mais avec le temps, le cancer fait évoluer le malade et lui donne la force de résister. Malheureusement, certaines situations ont été décrites par des enquêtes épidémiologiques et sociales. Tel conjoint qui n'arrive pas à supporter la situation va se fabriquer un scénario pour déserter ou carrément divorcer. Les parents qui vivent dans une situation financière peu confortable vont en profiter pour fuir leurs responsabilités. Mais parfois, on peut assister à des cas qui ne touchent pas forcément le malade lui-même et peuvent apparaître à travers des vécus d'abandon qui peuvent être totalement indécelables. Dans ce cas, on parle beaucoup plus de refus du contact ou de l'intimité, et affecte énormément l'état d'esprit du malade. A mon sens, l'acte de l'abandon représente une complication d'un syndrome psychologique qui résume des humeurs changeantes, en fonction des relations humaines délicates, et cela par un manque de confiance en soi et aussi par des comportements qui risquent de devenir auto-agressifs. Ces attitudes sont vraiment condamnables, mais à mon avis, au lieu de parler de lâcheté, je pense qu'il est préférable de penser à les prendre en charge sur le plan psychologique.
Du grand amour à la haine, voire la répugnance, puis la rupture, comment à votre avis peut-on passer d'un extrême à l'autre dans ce que nous pouvons ressentir pour l'autre '
Comme je viens de le dire, il s'agit d'un trouble de la personnalité, qui s'exprime par un rejet destiné à détruire toute relation pouvant déboucher sur un éventuel abandon et qui risque éventuellement de mettre en péril toute une relation familiale. A mon avis, ce passage brusque d'un extrême à l'autre sur le plan sentimental relève de la psychopathologie, nécessitant donc une prise en charge sérieuse. En général, l'auteur d'un acte d'abandon refuse d'assumer ses responsabilités en cas de déchirure. Dans de telles conditions, toute tentative de restauration d'une bonne image de lui-même est vouée à l'échec. Il finira par se réfugier dans des comportements négatifs et de mauvaises conduites pour soulager sa culpabilité par peur d'affronter la réalité. Enfin, je tiens à préciser que les malades atteints du cancer, eux-mêmes ne sont pas à l'abri de ces mauvais comportements des proches, sur le plan psychologique. Ainsi, ils risquent d'avorter toute réponse positive à leur demande affective par peur d'une deuxième souffrance qui sera évidemment plus forte que celle qu'ils sont en train de vivre. Donc je dirais que le problème est vraiment complexe et nécessite une compréhension et une véritable compétence pour y remédier.
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