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L'entretien de la semaine



L'entretien de la semaine
Dans cet entretien, Maître G. Abdelekrim, avocat, nous fait part de son expérience professionnelle sur la question relative à la polygamie. Très engagé dans sa profession, il nous a également fait partager son point de vue.Soirmagazine : pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs 'Maître G. Abdelekrim : Je suis avocat au barreau de Guelma depuis 1990 après un bon parcours dans l'administration. Je faisais essentiellement de la réflexion sur les crises au sein du couple, ce qu'on considérait essentiellement à l'époque comme des conflits sociaux, et qui était un sujet d'actualité. C'était au fait un travail croisé entre le droit et le conseil dans le domaine de la sociologie. Rapidement, je me suis rendu compte que je travaillais avec de nombreux couples en conflit, et que si je maîtrisais le domaine juridique jedevais avoir une culture sociologique.Pensez-vous que la polygamie pour l'homme représente un certain fantasme ' Ce fantasme est-il présent dans toutes les sociétés 'Avant de répondre à cette question, je tiens à préciser que quelle que soit la situation dans laquelle survient la polygamie, de l'avis général, c'est un phénomène qui engendre des conflits dans la famille et qui risque même de briser son harmonie. Il faut se rendre à l'évidence qu'il s'agit d'un affrontement, voire même un heurt intentionnel entre les femmes sujettes à polygamie. Ces dernières manifestent continuellement entre elles une intention hostile en général, pour maintenir ou rétablir un droit sur l'époux en tentant à chaque fois de briser la résistance des rivales. C'est une attitude qui se manifeste éventuellement par le recours, s'il le faut, à la violence pour anéantir l'adversaire. Certaines situations mal gérées peuvent même conduire à la destruction de la famille. Mais pour répondre à votre question, je ne dis pas que la polygamie ne représente pas pour l'homme un certain fantasme, cette forme se manifeste chez ceux qui refusent catégoriquement l'idée de passer l'intégralité de leur vie avec une seule et unique partenaire. Ils sont dominés par le plaisir de rompre la monotonie de leur vie sexuelle. Mais il y a aussi une autre forme, celle qui survient chez les hommes dont l'idée est basée sur la domination. Ils considèrent que la polygamie représente un signe extérieur de richesse et d'exhibition. Et ces deux formes de polygamie sont présentes dans plusieurs sociétés.Au-delà de l'aspect religieux et sociologique de la polygamie, nous voulons aborder l'impact sur la psychologie de la personne. Comment les épouses ressentent ce «partage»'Au niveau des familles concernées, il s'avère que l'avènement de la polygamie occasionnait souvent des disputes entre les épouses, et altérait la confiance entre elles et l'époux. Cela conduit généralement l'une à répudier l'autre, comme le révèlent à chaque fois mes clientes qui ont subi ce sort. Aussi, les premières épouses se voient souvent marginalisées et lésées dans leurs droits à l'affection et à l'équilibre. Les querelles se multiplient au quotidien autour de certains avantages qu'elles estiment avoir perdus à cause notamment de la concurrence des autres. Tout cela pollue le climat au sein de la famille et anéantit toute possibilité de son épanouissement, en dépit de l'aspect religieux. D'ailleurs, j'ai bien expliqué l'impact psychologique au début de cet entretien.Qu'en est-il pour les enfants' Et ceux à venir 'Les spécialistes ont toujours considéré la situation des enfants des familles polygames comme inquiétante, notamment pour les hommes aux revenus modestes. Ces derniers se trouvent pères de nombreux enfants qui sont nés à quelques mois d'intervalle et vivent souvent sous le même toit.La situation est le plus souvent confuse, ils sont coincés entre le père et «deux» mamans dans un même appartement.Une étude épidémiologique effectuée par les psychologues de la santé scolaire met en évidence des cas de troubles du comportement et d'échec scolaire précoce, car si ce phénomène est mal vécu par les épouses, il est aussi un calvaire pour les enfants qui se retrouvent coincés chez eux, avec un quotidien continuellement compliqué par les interminables disputes entre les mamans.Comment considérer la cellule familiale dans ce cas de figure 'Le père essaye généralement de vivre cette situation le plus normalement du monde avec des épouses qui, au fond, rejettent ce train de vie, où l'égoà'sme prend le dessus. Certains dossiers que j'ai traités dans mon parcours professionnel ont dévoilé le fonctionnement de cette cellule familiale atypique, révélant des disputes et relations tendues entre celles que l'on appelle communément «edharates». Le père de famille, qui veut vivre le plaisir de la polygamie dans la paix, se retrouve pris dans un étau, il est constamment à la recherche d'arrangements et de concessions pour protéger l'harmonie de son foyer. Je dirai qu'il s'agit d'un cas de figure très compliqué. Dans ce genre de ménage, il n'y aura plus d'harmonie et la division règne. Et très souvent, les enfants se détestent et leur éducation n'est plus assurée. la délinquance devient presque inévitable.Comment l'homme peut gérer psychologiquement une telle situation et cette pression 'C'est très difficile de gérer de telles situations dans notre société. L'époux, pris entre le marteau et l'enclume, finit par lacher prise quand on sait que les épouses ont évidemment des intérêts opposés. Et la division règne. Il se trouve dépassé, n'assume plus ses responsabilités et finit par abandonner les charges familiales, pour lesquelles il s'était engagé avant de passer à l'action. Et comme je viens de le préciser, il essaye toujours de régler les différends à l'amiable, mais ça dépend de la personnalité des parties en conflit et de l'ampleur de la situation.Dans le cas où ses tentatives échouent, c'est le recours au divorce. Et les femmes qui se trouvent dans cette situation ont, quant à elles, recours parfois au charlatanisme et au «shour» pour se nuire les unes les autres. J'espère que vous saisissez à peu près à quel point la situation est compliquée.Un dernier mot...«je préfère être polygame que de vaquer au libertinage sexuel» ; «il vaut mieux avoir deux femmes, et en cas d'ennuis avec l'une je ne risque pas de retourner au célibat et au vagabondage sexuel» ; «un polygame est un homme heureux, ses épouses cherchent à lui faire plaisir en voulant devenir la préférée»... Ce sont là les propos des uns et des autres notamment pour les hommes qui cherchent à justifier leur penchant pour la polygamie. Mais la réalité est tout autre.Dans les temps les plus éloignés, les chefs de famille incitaient leurs fils à prendre plusieurs femmes pour multiplier la descendance et travailler dur pour nourrir la famille. Aujourd'hui les mentalités ont changé, la polygamie devient un moyen pour diversifier la vie sexuelle. Et ce principe est favorisé par la phobie de certaines femmes qui ont atteint un âge avancé, et n'ont toujours pas trouvé leur moitié. Elles acceptent par la force des choses de devenir une deuxième épouse. Cela explique le mariage précoce, un autre volet qui est à l'origine d'innombrables problèmes sociaux. Les partisanes de cette solution disent souvent : «Il vaut mieux se marier tôt pour ne pas finir dans un ménage polygame.»
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