Guelma - A la une

L'entretien de la semaine



Dans un passé plus ou moins récent, la retraite était dominée par la notion de liberté et de repos mérité. Aujourd'hui les retraités se trouvent le plus souvent confrontés à une multitude de contraintes, dont celles liée à des difficultés de santé, de pouvoir d'achat ou de solitude. Mohamed Salah Z., sociologue universitaire, nous éclaire sur la question.Soirmagazine : Le départ en retraite signifie pour beaucoup de jeunes comme un pas vers une vie qui prépare la mort. Qu'en pensez-vous 'Mohamed Salah Z. : Outre les problèmes financiers, les jeunes pensent également qu'à la retraite, ils doivent surmonter ce qu'ils qualifient d'épreuve douloureuse, qui survient dans les premiers mois de la retraite. Bien sûr pour la majorité, ce sont des moments de désespoir. Pour eux un retraité, c'est une personne qui a quitté son poste de travail malgré elle. Un jeune me disait un jour : «Déjàla vie active à Guelma est à peine vivable, pendant les horaires de travail, ça va, après 17h, on passe des moments terribles, vous imaginez un peu à la retraite.» Je dirais que certains de nos jeunes pensent que la retraite c'est la mort à moyenne échéance, ça explique le désespoir ressenti par les retraités. Mais je pense plutôt que pour la majorité elle représente la dernière étape de la vie.La notion de retraite a-t-elle aujourd'hui un autre sens pour la société 'Tout à fait, je viens de l'expliquer. Avant, le départ à la retraite était vécu comme un soulagement, un repos définitif. Et la retraite était perçue comme un synonyme de liberté.Cette période était considérée comme une étape de la vie qui permet aux retraités de se racheter vis-à-vis de leur famille en s'occupant d'elle et lui consacrer beaucoup plus de temps, de voyager, de rendre visite à des proches. Pour autant, contrairement à cette idée, la retraite n'est pas faite que de repos et moins encore de loisirs.Les retraités sont aujourd'hui obligés de chercher une activité rémunérée pour aider financièrement les enfants et les petits- enfants.Que signifie la fin de la vie active pour une personne qui a travaillé durant de longues années 'C'est immédiatement l'inquiétude de voir baisser le revenu. A l'entame de la retraite, les gens sont directement convaincus que leur niveau de vie est appelé à se dégrader dans les années à venir. Cette inquiétude va de pair avec une crainte de ne pas pouvoir joindre les deux bouts.Il s'ensuit un sentiment de précarité qui provoque chez le retraité de l'angoisse. Je trouve que cela est dû essentiellement au manque d'engagement collectif des retraités, mais aussi à l'image actuelle du retraité dans l'opinion publique.Les termes ingratitude, inutilité reviennent souvent dans la bouche des retraités même s'ils ont encore à donner, pourquoi 'Le terme ingratitude devient un véritable leitmotiv non seulement dans la bouche des retraités, mais aussi dans celles des actifs. C'est un sentiment qui envahit particulièrement l'esprit des employés de la Fonction publique, qui estiment qu'ils sont sous-payés et privés de privilèges. Et cette idée domine l'esprit des bénéficiaires de la retraite anticipée, qui ont tendance à justifier leur décision par cet argument.Dans certains cas, il s'agit de propos qui sont dépourvus de sincérité. Ils sont entachés d'une forme d'égoà'sme. Toutefois, des cas d'ingratitude ont été signalés notamment pour des employés ou des retraités en situations difficiles (soins, hébergement...).Avant même de quitter son emploi, le futur retraité se sent déjà écarté par ses supérieurs et parfois même ses collègues au sein de son lieu de travail. Comment expliquez-vous ces attitudes 'Il s'agit d'une attitude condamnable qui n'est pas heureusement fréquente. Elle dévoile la personnalité de certains responsables et certains collègues de travail. Et elle apporte d'autres éléments de réponse à votre question précédente, car c'est une attitude qui exprime l'ingratitude de certains.Retraite rime souvent avec vieillesse et pourtant les retraités d'aujourd'hui ont 60 ans et ne se sentent pas aussi vieux (vieilles), et peuvent encore donner. Quelle est votre analyse 'Effectivement, c'est pour cette raison qu'ils veulent continuer, histoire de trouver une autre ressource, surtout s'ils estiment que leur retraite est faible. Et ils disent souvent pour expliquer ce sentiment : «Je ne suis pas trop vieux encore et ma retraite est mince, je dois donc chercher un travail pour pouvoir boucler les fins de mois».Finalement, ils sont nombreux les retraités qui reconnaissent que leur retraite ne correspond pas à ce qu'ils avaient imaginé et de ce fait ils exercent toujours une activité rémunérée.On a l'impression que les pouvoirs publics se «débarrassent» d'un effectif vieux pour le remplacer par un plus jeune.Pas vraiment, parce que de l'avis général, la situation ne cesse de se compliquer, chez les nouvelles recrues, qui mettent beaucoup de temps à intégrer le milieu professionnel, sur tous les plans : relations humaines, communication, culture générale... Donc de ce côté-là , je ne pense pas que les pouvoirs publics cherchent à se débarrasser des vieux employés, du moins pour les responsables les plus consciencieux. Je pense que cela est exploité par certains employeurs comme prétexte pour régler des comptes en cas de conflits.Doit-on comprendre que le retraité est mis à l'écart ' Que ses compétences, quelles qu'elles soient, ne profitent plus à personne 'C'est vrai dans certains cas conflictuels, où l'égoà'sme et les intérêts personnels l'emportent. Et malheureusement l'intérêt de l'entreprise est relégué en dernière position. Certains employeurs persistent dans leurs prises de position pour une raison ou une autre pour écarter un élément compétent tout en privant les autres de ses compétences et de son expérience. Malheureusement ces attitudes ont tendance à devenir monnaie courante.La phobie de l'incertain, la peur de l'ennui de la plupart des retraités, ne s'expliquent-elles pas par le fait que, dans notre éducation, l'esprit d'assistanat a toujours dominé, et aussi du fait que la société n'offre pas de divertissements et d'activités culturelles à cette frange de la population 'La retraite marque une rupture dans la vie et dans la majorité des cas, elle constitue un véritable bouleversement, qui nécessite une prise en compte de la part de la société.En plus du problème financier, les retraités vivent généralement un déséquilibre social, il est donc impératif de prendre en charge leurs différentes revendications spécifiques. Beaucoup craignent l'isolement et souhaitent garder un réseau relationnel.Les pouvoirs publics doivent donc s'intéresser à eux et leur proposer une autre vie à travers différentes activités. Bien sûr cela doit se faire en fonction de leurs penchants mais aussi de leur âge.Aujourd'hui, comment est défini le retraité, quelle place les pouvoirs publics et la société algérienne veulent donner aux retraités, et par ricochet, aux personnes âgées 'Quelle que soit l'image couramment véhiculée par les uns et les autres, les retraités ont l'image réelle de leur place dans la société. Ils sont conscients qu'ils font partie d'une frange tout juste moyenne sur le plan économique.Et sur le plan social, ils sont conscients qu'ils peinent à s'organiser pour améliorer leur quotidien.C'est la raison pour laquelle ils restent trop isolés, notamment les plus âgés. Mais ce qui accentue leur inquiétude, c'est qu'ils estiment que la société, notamment les actifs, n'ont pas une bonne opinion d'eux. Mais il y a également le problème du risque de la perte d'autonomie à cause de leur modeste pouvoir d'achat.


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