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l'autre aspect anticolonialiste de la langue française Colloque international sur la vie et l''uvre de Kateb Yacine



l'autre aspect anticolonialiste de la langue française Colloque international sur la vie et l''uvre de Kateb Yacine
Kateb Yacine et les langues du nationalisme algérien» a été le thème de la première communication du 4e colloque initié par l'association Promotion, tourisme et culture de Guelma, consacré à cet écrivain d'envergure universelle, du 24 au 27 février, à la salle de cinéma El Intissar (Guelma).
Guelma
De notre envoyée spéciale
Mohamed Lakhdar Maougal (chercheur au Crasc d'Alger), devant un parterre très animé, a abordé la problématique de la langue chez Kateb, pour qui le nationalisme n'avait, pendant 10 ans (1945-1955), qu'une langue : l'arabe classique. L'écrivain considérait celle-ci comme la langue du mythe, de la poésie amoureuse, celle d'El Farabi, à laquelle réfère le Coran. L'orateur en donne pour preuve la conférence brillante sur l'Emir Abdelkader que livra Kateb, alors extrêmement jeune, à Paris en 1947. «Ce n'est qu'au déclenchement de la guerre de Libération nationale qu'il découvre deux langues qui véhiculent le nationalisme : tamazight et l'arabe algérien. Ce n'est plus par la langue classique que se constitue désormais la conscience nationale. C'est le déclic qui s'organise chez l'écrivain, qui sépare la langue communautaire, savante, de celle qu'utilisent les militants.»
La rencontre avec Frantz Fanon, poursuit-il, «lui ouvre la voie de la dimension continentale de l'Afrique unie dans la lutte contre le colonialisme». C'est l'un des premiers écrivains à prendre conscience de l'autre aspect, celui anticolonialiste de la langue française ' qui devint pour lui un butin de guerre ' avec ses écrivains humanistes (dès le XVIe siècle). Ce qui provoquera la levée de boucliers qu'on sait. Mais aujourd'hui, précise-t-il, l'on se rend compte de ce qu'il a fait en révélant ces deux aspects de la langue française.
Il n'était pas seul dans cette démarche, Mouloud Mammeri, dans un entretien réalisé par Tahar Djaout, déclara que dans la langue française, il y a un patrimoine anticolonialiste.
Benamar Mediène, écrivain et professeur au laboratoire d'Aix-en-Provence, a, pour sa part, évoqué l'importance des légendes pour Kateb, car elles «fondent les civilisations». Selon lui, «ce grand écrivain a vécu la patrie en lui-même, en restituant le rythme magique de la poésie dans ses deux romans labyrinthiques, Nedjma et Le Polygone étoilé, 'uvres cubistes en mosaïque, comme procédait Picasso, avec une sensibilité qui reconstitue le démembrement».
L'artiste plasticienne d'origine allemande, Bettina Heinen-Ayech, très émue, fera remarquer lors du débat «l'extraordinaire présence de Kateb parmi nous». Elle révéla à l'assistance qu'elle et sa mère, poétesse, firent sa connaissance en 1963 à Seraïdi : «Il était assis à une table non loin de nous ; il était enchanté d'entendre ma mère lire un poème en allemand. Il lui donna un poème qui n'était ni en français ni en arabe. "Il est de moi", a-t-il dit. Elle l'a lu durant toute la nuit. Le lendemain je lui ai montré une de mes peintures, celle du cimetière chrétien ; je lui ai dit : "Devant la mort, les gens sont égaux" et il a répondu : "Vous avez raison, les morts sont égaux, mais on oublie trop vite...".»
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