Guelma - A la une

"Je me suis battu avec El Kadhafi..."



Dans cette rencontre organisée par le club de lecture du CAP, l'écrivain est revenu sur divers sujets ayant trait à son écriture, à la "générosité" de la jeunesse algérienne, à sa relation avec la langue arabe et à ses projets.Pour son premier rendez-vous littéraire, le club de lecture du CAP (Club d'activités polyvalentes de l'école polytechnique d'Alger) a invité Yasmina Khadra pour une "sahra" ramadhanesque virtuelle. Lors de cette rencontre organisée jeudi via facebook, l'écrivain s'est prêté avec humilité au jeu des questions-réponses des internautes. À cette occasion, il est revenu sur divers sujets ayant trait à son écriture, à la "générosité" de la jeunesse algérienne, à sa relation avec la langue arabe et à ses projets.
Confiné dans son domicile à Paris, l'auteur devait réaliser en avril une tournée dans l'est du pays, notamment à Guelma, à Tébessa, à Sétif et à Annaba. Mais la "pandémie a tout ?détruit'. C'est une pandémie qui a mis à l'arrêt l'humanité entière. À chaque fois que je suis en tournée en Algérie, c'est fantastique et cela me ressource. Le combat de la littérature aujourd'hui est réparti entre lobby et réseau. Si vous ne faites pas partie des deux, vous n'avez que le lectorat pour vous nourrir".
Interrogé sur la jeunesse algérienne, l'auteur de L'Attentat a rétorqué avec spontanéité que les Algériens possèdent une "énergie extraordinaire", car il y a une "déferlante" de talents sur tous les plans : universitaire, artistique, littéraire..., de quoi nourrir "mille ambitions et mille rêves". Tout en regrettant à ce propos "qu'il y ait beaucoup de talents qui se décomposent à l'ombre des privations et de la disqualification. Cela ne permet pas à une nation d'avancer et ne permet pas à une jeunesse de s'identifier à quelque chose de grand, de noble et de transcendant".
En évoquant son rapport à la langue arabe, il a fait voyager les internautes au temps de ses années lycée, une époque durant laquelle il rêvait de devenir un "grand poète arabe", car il ressentait le besoin d'écrire dans cette langue. Bercé par El-Mutanabbi, adolescent il était "fasciné par la musicalité du verbe. Je voulais m'y imprégner et peut-être un jour l'incarner à travers mes propres textes. Malheureusement, je n'y ai pas été encouragé", a souligné Yasmina Khadra. Et de marteler : "En Algérie, nous ne sommes jamais encouragés, il faut trouver sa voie par soi-même. Pour ces raisons, je dis souvent aux jeunes qu'il n'y a qu'un seul mentor, et c'est vous. Si vous êtes convaincu, si vous avez cette ambition, je vous garantis qu'il n'y a rien au monde qui puisse vous arrêter. Il faut y croire, malgré toutes les disqualifications et les marginalisations."
Finalement, le lycéen qui deviendra un écrivain traduit dans une cinquantaine de pays a trouvé refuge chez son professeur de français, qui l'a "aidé" à s'améliorer et à se perfectionner, contrairement à son prof d'arabe.

"Je lis pour m'émerveiller"
Afin d'introduire les internautes dans son univers littéraire, l'auteur des Hirondelles de Kaboul a longuement expliqué qu'il essaie d'écrire comme ceux qui l'ont émerveillé, à l'instar de Steinbeck, de Mahfouz ou encore Haddad : "Je n'aime pas les livres qui se veulent intelligents et qui n'apportent pas grand-chose à la compréhension des choses. Je suis dans le réalisme."
Selon l'écrivain, le réalisme lui permet d'aller plus loin dans sa "quête de la compréhension et de la connaissance du savoir", c'est l'"étape supérieure" de la littérature. Il estime, entre autres, que le roman ne s'appuie pas seulement sur le style ; ce dernier ne fait que l'accompagner.
"Le support d'un roman, c'est le personnage. Si nous n'arrivons pas à créer un personnage, toute l'histoire devient un exercice de style. C'est le personnage qui porte en lui les émotions, les états d'âme et les vrais questionnements", a-t-il précisé.
En fait, avant d'entamer un roman, il se le "construit" dans sa tête et convoque le personnage qui passe une sorte de "casting" pour le comprendre et être "convaincu" par sa "sincérité". Sur ce point, il a cité pour exemple La Dernière Nuit du Raïs (Casbah Editions), dont l'écriture était "physique. Je me suis battu avec El-Kadhafi, qui venait la nuit m'insulter dans mon sommeil. Il fallait gagner ce combat pour mériter le lecteur".
Enfin, très prolifique, Yasmina Khadra a annoncé la sortie d'un nouveau roman pour le mois de septembre et est sur un autre ouvrage qu'il considère "très intense".

H. M.
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