Guelma - Revue de Presse

Guelma : Le tumulte de la mendicité



Un mois de piété et aussi béni qu'il soit avec ses reflets spirituels pour l'éternel repos de l'âme, Ramadhan est toujours accompagné de futiles désagréments issus des tares comportementales des individus, des habitudes bousculées, des réflexes moribonds, dans une ambiance encensée par la nonchalance, la cupidité surannée, l'indifférence et les errements dans des dépenses très outrancières pour des festins de rupture du jeûne qui varient d'un logis à un autre.

Dans la foulée quotidienne l'on rencontre ceux qui se rendent au travail et ceux qui y vont pour travailler, ceux qui assument leur jeûne en augmentant l'effort en quête de satisfaction morale et ceux qui assurent simplement un service minium dans un relâchement consommé. L'entrain porte parfois les nerfs à fleur de peau et les insouciants se réfugient dans les siestes prolongées jusqu'aux coups de canon. Le couffin de la ménagère est continuellement agressé par une mercuriale agitée d'étincelles et le rush nocturne des bazars se mue en lèche-vitrines par impuissance d'accéder aux produits achalandés. Les charges fixes courantes, le f'tour quotidien, l'école et ses trousseaux, l'Aïd El-Fitr et les enfants impatients, sont autant d'ingrédients pesants qui s'entrecroisent dans un amalgame de situations aléatoires qui effacent tous les repères.

Sur le trottoir d'en face se dresse une fresque peu commune d'êtres scandaleusement enchevêtrés dans la sphère de la mendicité qui demeure aux yeux de la législation un délit répréhensible. Ces armadas épars à travers des espaces urbains s'attellent à achever le peu qui reste de l'échelle des valeurs sociétales. Les infâmes «faiseurs» agissent au grand jour impunément dans un incessant tumulte de suppliques attendrissantes apprises dans des «écoles» mises en forme par des réseaux organisés et compartimentés. Le learning montre aussi comment s'installer, comment cibler les emplacements et marquer ses territoires. L'on apprend aussi à réagir aux ordres des régisseurs qui oeuvrent dans l'arène avec des signes, cellulaires et bodyguards de protection de la façade du dénuement montée. Au terme de la journée de «travail», le ramassage se fait à la criée par des chauffeurs en lunettes noires opérant avec des véhicules haut de gamme. Entreprise florissante. Les ventres creux, les vrais pauvres végètent ailleurs dans leur statut de démunis, luttant en silence contre les affres de cette indigence qu'ils n'ont pas choisie. Cette frange de défavorisés, il faudrait aller les retrouver en dehors des listes contraignantes du CRA ou de la DAS dressées pour des statistiques que l'ont sait biaisées. Pour les rejoindre et les reconnaître, il faut user de patience et savoir lire l'amertume au fond des yeux. Ceux-là qui sont légion à friser le seuil de la pauvreté se contentent du brin d'espoir et de chaleur humaine qui suffit à les réconforter contre l'oubli, en subissant leur sort et la fatalité dans la voluptueuse sérénité de leur foi animée par l'infinie miséricorde et clémence divines.


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