Guelma - Revue de Presse

Francis Zamponi. Ecrivain, auteur de Mon Colonel Histoire, mensonges et création



1956 : Alain Resnais réalise Nuit et brouillard, un film sur les déportations de citoyens français vers les camps de concentration nazis. Une image est censurée : celle d'un gendarme français surveillant un camp de déportés.2010 : Le texte d'une ancienne déportée qui raconte avoir été livrée aux Allemands par les gendarmes français est censuré. Avant sa lecture, destinée à des lycéens, les autorités politiques locales suppriment dans son récit le mot « gendarmes » .Si l'histoire de la Seconde Guerre mondiale est encore en France l'objet de pareilles controverses, pourquoi s'étonner que celle de la guerre d'Algérie, encore plus proche, puisse être examinée sereinement. Voire être racontée dans des romans ou des films au gré de l'inspiration des écrivains ou des scénaristes 'Lorsque j'ai écris Mon Colonel, un roman qui met en scène un jeune étudiant parisien confronté en 1956 aux réalités de la guerre, je ne me suis pas demandé si je proposais aux lecteurs une vision politiquement correcte de ce que la presse nommait alors « les événements d'Algérie ». J'ai seulement veillé à ce que mes personnages soient crédibles et je me suis simplement gardé de commettre des anachronismes.Je pense que si je m'étais appelé Mohamed au lieu de Francis, j'aurais rédigé pratiquement le même texte et que mon jeune étudiant algérois aurait participé, non pas à la torture et aux exécutions perpétrées par l'armée française, mais au massacre de Melouza ou aux exécutions commises dans le maquis sur des opposants à la ligne du FLN.Liberté balbutianteLe passé, à mon avis, qu'il soit ancien ou récent, appartient à tous et non pas à ceux qui prétendent en être les dépositaires exclusifs.Près de vingt ans après l'effondrement de l'Union soviétique qui fut un modèle en matière d'écriture d'une histoire officielle incontestable sous peine de sanctions sévères, ce qui me surprend est de constater que les mêmes réflexes subsistent encore aujourd'hui.Les réactions, algériennes ou françaises, à toute tentative de transformation d'une histoire institutionnelle en histoire humaine avec des personnages ayant l'audace de ne pas être que les porte-parole d'une vérité qui veut rester unique, démontrent que la liberté d'interprétation des faits est encore balbutiante.Raconter dans un roman ou un film ce qui s'est passé dans le Constantinois en mai 1945, comme j'ai tenté de le faire dans Le boucher de Guelma, ne semble encore acceptable ni en Algérie ni en France. Au moment même où les anciens de l'OAS érigent, sans soulever de polémiques, des monuments à la mémoire de leurs morts et obtiennent des soutiens aux plus hauts niveaux de l'Etat.La politique politicienne, alors que le taux des abstentions a battu en France tous les records et que la participation des Algériens à la vie politique de leur pays est pour le moins fragile, tient encore le haut du pavé. Elle suscite même des débats qui n'ont, à mon sens, aucune raison d'être. Que ce soit à propos du film Hors-la loi ou Le rapt. Sans parler des relents de christianisme qui font baptiser par les nostalgiques de l'Algérie française de « repentance » toute tentative d'appropriation d'une histoire qui a été vécue par des hommes de chair et de sang et non par les auteurs de communiqués vengeurs que personne ne devrait plus prendre au sérieux. publicité  >   
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)