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Enquête-Témoignages



Enquête-Témoignages
La médecine légale, jadis appelée «médecine des morts», est devenue aujourd'hui un pont incontournable entre la santé publique et la justice. Le champ d'action de cette spécialité ne cesse de s'étendre : coups et blessures volontaires, attentats aux mœurs, empoisonnements, criminalistique, capacité civile...La médecine légale ne déroge pas à la règle, elle connaît, ces dernières années, une évolution de son champ disciplinaire et une modernisation des techniques d'intervention qui lui permettent de suivre l'importance de la preuve scientifique. Des patients rencontrés au service de médecine légale nous livrent leurs témoignages.Nadjette, 26 ans, secrétaireDans un coin de la salle de consultation, le regard vide, cette jeune femme se rend au service accompagnée de son père, un sexagénaire retraité. Elle a le cou, le front et une partie du visage couverts de pansements. Elle présente des signes de malaise moral et physique, probablement dus à ses fraîches blessures occasionnées par une violence aveugle, que lui avait fait subir son mari. Elle narre difficilement les circonstances de cette dispute. «C'est une violence conjugale gratuite et banale, déclenchée comme d'habitude par une scène de jalousie. Des préjugés, des gestes et des paroles jugées envahissent l'esprit de mon mari, du fait qu'il se trouve aujourd'hui au chèmage, il est donc dans une situation plus qu'inconfortable. Je comprends donc ses agissements et ses sentiments de jalousie. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas l'intention de le poursuivre en justice, je veux juste avoir un certificat médical délivré par un médecin légiste pour lui faire peur. J'ai envie de lui donner une autre chance pour sauver peut-être notre couple ; on a à peine deux ans de mariage et en plus, on a une petite fille de 10 mois.Madjid, 29 ans, commerçant dans l'informelEmporté par une crise de nerfs à cause d'un litige financier avec un ami, il met ses menaces à exécution. Il provoque une dispute qui dégénère en bagarre. Rencontré à l'entrée du service de médecine légale de l'hèpital Ibn-Zohra de Guelma, il reconnaît avoir agressé son associé : «Je lui ai asséné des coups de poing et un coup de tête en plein visage. J'ai appris qu'il a été évacué à l'hèpital et qu'il est en possession d'un certificat médical de constatation délivré par le médecin de garde, en attendant de passer chez le médecin légiste.» Madjid nous fait savoir que lui aussi détient un certificat descriptif, délivré par un praticien à la polyclinique. «multiples lésions cutanées, égratignures et ecchymoses au niveau de la face externe droite du cou, à la joue gauche et au niveau du front», lit-on dans le document. «Sincèrement, je ne veux pas aller en prison, je suis chargé de famille. Moi aussi, je veux avoir un certificat d'incapacité de travail délivré par un médecin légiste, comme ça, j'aurais la possibilité de régler ce problème à l'amiable», nous révèle Madjid, qui attend son tour avec impatience.Fadéla, 38 ans, femme au foyerElle attend son tour pour voir le médecin légiste, elle a été orientée par un praticien généraliste du service des urgences pour coups et blessures volontaires.Elle espère avoir une durée maximum d'incapacité de travail de la part du médecin légiste, pour accabler davantage son agresseur. «Je vis le calvaire depuis plus de deux ans à cause d'un conflit qui m'oppose à une de mes voisines. Je subis quotidiennement des menaces, des violences physiques et verbales.Hier, elle a monté son fils contre moi, ils m'ont mise à terre et m'ont rouée de coups. Les examens radiologiques ont révélé une fracture de l'os de l'avant-bras, mais je présente également des bleus et des œdèmes au visage et aux cuisses ; c'est la énième fois que cela m'arrive. Malgré les confrontations et les témoignages en ma faveur, cette femme nie à chaque fois les faits, et en plus, elle veut faire croire aux gens que je suis une personne à problèmes en menaçant de porter plainte contre moi pour diffamation. Je ne peux plus supporter cette situation, aujourd'hui je suis décidée à aller jusqu'au bout pour mettre fin aux agissements de cette voisine qui me pourrit la vie.Zohra, 72 ans, battue par son filsVictime de violences verbales de la part de sa belle-fille, alors qu'elle s'apprêtait à attirer l'attention de son fils, ce dernier n'hésite pas à l'agresser. Le foulard qu'elle avait sur la tête lui a été arraché. Elle a reçu des gifles et des coups de pied et a été traînée sur plusieurs mètres. Complètement abattue et toute contusionnée, elle s'est présentée à la consultation d'une structure de santé de la wilaya.Les premiers soins lui ont été prodigués, elle a été adressée par un médecin généraliste au service de médecine légale avec un certificat médical descriptif.C'est ainsi qu'elle s'est présentée le lendemain au service de médecine légale pour un examen médical, et éventuellement, pour se faire délivrer un certificat médical d'incapacité de travail.Sid-Ali, 28 ans, serveurSid-Ali arrive au service suite à une dispute avec un client. il avait reçu un coup de tête dans la figure, ayant entraîné une fracture de l'os du nez. Il s'agit de circonstances dramatiques qui provoquent notamment chez les victimes de violences conjugales antérieures un anéantissement qui bouscule tout dans leur esprit.Selon notre enquête, la situation se complique quelques jours plus tard, raison pour laquelle certains patients n'arrivent pas à avoir le bon certificat descriptif, du fait que certaines lésions peuvent généralement disparaître.Les spécialistes proposent alors une prise en charge psychologique sur un plus long terme, pour permettre à ces patients d'évoquer les faits et s'en libérer.


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