Ni Wahhabites ni ChiitesLa tradition séculaire est fortement présente, en ces jours de célébration du sbou’ du Mawlid ennabaoui ech-charif dans le Tinerkouk (Zaouiet Ed-Debbagh) et le Gourara (Timimoun), pour ne laisser place à aucun écart dans l’interprétation des actes fondateurs de cette partie de notre territoire national qui a contribué, de manière indéfectible, à la construction d’une identité nationale propre.
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En célébrant le septième jour du Mawlid ennabaoui, la population de la région ainsi que les nombreux visiteurs, venus de plusieurs wilayas du pays, marquent notre singularité identitaire dans une pratique religieuse qui consiste à vivre un cérémonial mettant le Prophète Mohammed (QSSL) au cœur du medh (louange), à la différence des Wahhabites et des Chiites qui considèrent que toute louange au Prophète (QSSL) et aux saints soufis relève de la bid’a. Cette célébration souligne en plus la reconnaissance des populations envers le pouvoir du savoir et du fiqh incarné par les chouyoukh fondateurs des zaouias de la région, dès le IXe siècle de l’Hégire, non celle des puissances de l’argent et du baroud. C’est pourquoi, le cérémonial consiste à rassembler les étendards des différentes tribus et zaouias qui viennent de plusieurs points de la région pour s’unir et se reconnaître sous le sceau de l’allégeance et l’identification aux valeurs de tolérance, d’unité et du savoir.
Les zaouias dans notre pays, dont le rôle a été agressé d’une part par l’action psychologique du colonialisme en s’appuyant sur le travail des orientalistes dès le début du XXe siècle et, d’autre part, par les effets d’une stratégie anglo-saxonne incarnée dans le wahhabisme à partir de la moitié du XXe siècle, n’ont jamais tourné le dos à leur vocation première d’inspiration soufie qui consistait à faire survivre, vaille que vaille, le caractère proprement maghrébin face aux multiples invasions culturelles qu’a connues notre région, depuis l’empire ottoman jusqu’à la colonisation française. C’est précisément leur interprétation d’un Islam centré sur les valeurs de modération, du travail de la terre et de l’ouverture sur les autres cultures qui a favorisé l’unité dans la diversité de la majorité des tribus, facilité la Moubaya’a faite à l’Emir Abdelkader et préservé le socle culturel qui a permis par la suite au mouvement national de faire valoir politiquement, jusqu’à la conquérir avec le peuple, l’indépendance nationale.
C’est cette symbolique que nous retrouvons en suivant, pas à pas, à travers ce reportage-photos, le processus de célébration du sbou’, depuis Tabalkoza (située dans la daïra de Zaouiet Ed-Debbagh) en passant par de nombreux ksour jusqu’aux points marquants de Ksar Ouled Saïd et de Ksar Massine pour aboutir à Ksar zaouiet Hadj Belkacem. Ce processus est le même que vont parcourir les étendards des élèves de Cheikh El-Hadj Belkacem, le maître, Cheikh El-Hadj Bou M’hamed de Tabelkoza et Cheikh El-Hadj Ahmed Ben Youcef de Massine où ils devaient, le jour du sbou’, dîner ensemble. C’est autour de cette rencontre des chouyoukh que s’établit toute l’unité des tribus par la seule allégeance au savoir.
La population du Ksar de Ouled Saïd, situé à 30km au nord-ouest de Timimoun et lieu de naissance de Cheikh Hadj Boum’hamed, élève de Cheikh Hadj Belkacem, reçoit, le dimanche 15 Rabi’ El-Awel 1429, avec ses invités, l’étendard de leur ancêtre fondateur de la zaouia de Tabelkoza d’où il sort le jour du Mawlid pour y retourner 4 jours après, avant la prière d’El-Maghreb, pour y passer la nuit. Entre-temps, l’étendard passe à Zaouiet Ed-Debbagh, à Zaouiet Oudra, à Taliouine, à Hadj Guelmane et à Sidi Ahmed Boubekeur.
Au lendemain de l’arrivée de l’étendard à Ouled Saïd, où est récitée, durant toute la nuit, la Selka, il se rend à Ksar Kali où «il déjeune» et, l’après-midi, il revient à Ouled Saïd pour se préparer à rejoindre Massine le lendemain (01) - Lecture de la fatiha à l’arrivée à Ouled Saïd de l’étendard de zaouiet Cheikh Hadj Bou M’hamed (2) - L’étendard de Cheikh Hadj Bou M’hamed au centre de la Hadra à Ouled Saïd où sont exécutés danses et chants religieux (3) - Lecture de la fatiha par la Hadra (4) - Prière d’El-Maghreb avant de rentrer l’étendard (5) - Arrivée, mardi 17 Rabi’ El-Awel 1429, de l’étendard de Zaouiet El-Hadj Belkacem, le maître, située à une dizaine de kilomètres de Timimoun, après le coucher du soleil (06) - Toilettage à la chaux du Mausolée Sidi Ahmed Benyoucef avant l’arrivée de l’étendard du compagnon Cheikh El-Hadj Bou M’hamed et du maître Cheikh Hadj Belkacem (07) – La foule acclamant l’arrivée à Massine, mardi 17 Rabi’ El-Awel 1429 vers minuit, de l’étendard de Cheikh Hadj Bou M’hamed, venant de Ouled Saïd (08) - Rencontre le lendemain mercredi mardi 18 Rabi’ El-Awel 1429, à l’heure de la prière d’el-asr, des étendards à Djebel Sbou’, dans la commune de Timimoun (9) - Danse et baroud à Djebel Sbou’ (10) - Arrivée des étendards à zaouiet El-Hadj Belkacem, au lieudit El-Hofra, avant la prière d’el-Maghreb (11) - Les étendards se dirigent vers El-Hofra où les attend une foule immense (12) - La foule accueille les étendards en signe de reconnaissance aux maîtres de la région qui ne sont ni wahhabites ni chiites (13).
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Abdou Ghalem
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com