C'est en dépassionnant complètement le débat que MM. Benamara et Kachouane, respectivement professeur de droit à l'ISGP et professeur d'histoire à l'université de Tipasa, ont abordé, hier, le 8 Mai 1945 dans sa 73e année de commémoration. "Il ne faut jamais oublier ces massacres sans que cela nous empêche d'avancer et de construire notre avenir", s'entendent-ils à dire en référence aux relations compliquées qui nous lient à la France "imprégnées fortement", à leur avis, par "la politique". "Faut-il pour autant abandonner le combat de faire admettre aux Français et au reste du monde que la colonisation en Algérie est loin d'être une chose positive comme veulent le faire croire les Français et que les exactions commises relèvent beaucoup plus des crimes contre l'humanité que des crimes de guerre '" Pour étayer leurs propos, les deux intervenants à ce colloque organisé, hier, à l'Ecole nationale de journalisme et de l'information, à l'initiative de l'Association nationale des juristes, ont présenté des chiffres effarants de la situation qui prévalait à l'époque : entre 1830 et 1900, les Français ont spolié les Algériens de 9 millions d'hectares de terre. Et pour la seule année 1867-1868, le pays a connu une famine sans précédent provoquant la dissémination d'un million de personnes sur une population estimée à 9 millions en 1830. Le Pr Benamara énumère ainsi de véritables génocides, à l'image des 45 000 victimes du 8 Mai 1945, ou encore des 12 000 en août 1955 en une seule semaine, en plus du fait d'être soumis au code de l'indigénat dès 1881 et toutes les sanctions collectives qui s'ensuivirent. Privés de leurs droits, seuls 154 000 Algériens ont eu accès à l'éducation sur 8 millions en comparaison avec les 320 000 sur 900 000 pieds-noirs. Le Pr Kachouane a présenté, pour sa part, des témoignages qui émanent des "criminels" eux-mêmes, à l'image de Lucien de Montagnac ou du général Bigeard, citant des extraits de missives adressées aux proches ou à des amis. Les contenus, en général, attestent de l'ampleur des crimes commis, dans la plupart des cas, à l'encontre de civils avant que l'idée de réclamer l'indépendance de l'Algérie ne fasse son chemin jusqu'à trouver écho à l'international et aboutir en juillet 1962. "Mais comment agir aujourd'hui pour que nul n'oublie les massacres perpétrés contre les populations de Sétif, de Guelma et de Kherrata et quels mécanismes adopter pour reconnaître ces crimes lorsqu'on apprend qu'il y a prescription au bout de 30 ans pour les crimes de guerre, mais aucune limite pour les crimes contre l'humanité '", a demandé Harizi, président de l'Association des juristes, amenant le débat sur un terrain plus sensible. Pour les intervenants, "c'est un travail de longue haleine autant pour faire reconnaître ces génocides que pour en tirer des leçons. Car, au regard de ce qui arrive, aujourd'hui, en Palestine, on peut considérer que le colonialisme à encore de beaux jours devant lui". Ils poursuivront : "Rappelez-vous la déclaration du 1er novembre. Elle n'a jamais parlé de lutte contre les Français, mais elle était dirigée contre le système colonial. Il faut clarifier notre compréhension de l'histoire pour savoir d'où nous venons et mieux nous armer pour continuer à construire l'avenir." À la question de savoir comment procéder pour intéresser les jeunes à ce travail de mémoire, les professeurs préconisent d'aller à leur encontre et débattre du sujet. Ils plaident aussi pour que l'enseignement de l'histoire se développe davantage dans nos écoles.Nabila Saïdoun
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nabila Saidoun
Source : www.liberte-algerie.com