
«Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit, Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places, Déjà le souvenir de vos amours s'efface, Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri» AragonLes commémorations comportent toujours en elles-mêmes des non-dits qui sont hypocrisies incommensurables masqués par des écrans épais de bons sentiments. Il faudrait peut-être dans la peau de ces survivants des deux guerres mondiales qui ont vu, dans un autre décor, sous un nouvel éclairage et dans d'autres circonstances le visage de la République française: une face qu'ils ne connaissaient pas. Eux qui n'ont eu à faire qu'avec le visage hideux du colonialisme, de ses gendarmes à cheval ou à vélo, de ses caïds hautains et dédaigneux, de ses gardes forestiers zélés et serviles, ont pu mesurer le fossé de 900 kilomètres qui sépare la Provence de la plage de Sidi-Ferruch, théâtre d'un autre genre de débarquement. Les Africains qui avaient débarqué sur les côtes de Provence en Août 1944 allaient se battre pour un pays qui était loin d'être le leur, puisque dans leur pays natal, ils étaient des indigènes, des individus qui existaient à peine dans les registres des statistiques, des autochtones dont les intérêts étaient représentés dans des Parlements, soit par des élus passés à la collaboration, soit par des députés de seconde catégorie et qu'on désignait par l'euphémisme de second collège. Certes, ces combattants ne devaient pas être portés par des idéaux de liberté puisque la liberté, ils ne la connaissaient pas et n'avaient jamais rencontré son visage enthousiaste: c'étaient des conditions particulières qui les poussaient à s'engager ou à s'enrôler dans cette armée coloniale qui s'était illustrée dans des conflits douteux où l'intérêt de l'indigène n'avait pas droit de cité. Mais à toute chose, malheur est bon: nombre de survivants qui allaient revenir de cette grande boucherie provoquée par les appétits coloniaux allaient subir malgré eux l'épreuve du feu. Ils allaient revenir endurcis par les épreuves et mûris au contact des autres protagonistes de cette farce macabre. Mieux, ils allaient bénéficier d'une formation militaire qu'ils allaient mettre au service des idées généreuses promises par les acteurs du Mouvement national. Certes, ils allaient subir la plus grande déception de leur vie, quand, le 08 Mai 1945, alors que tous les soldats d'Europe déposaient les armes et que les civils pouvaient enfin lever un verre salutaire pour la victoire, eux, ils allaient apprendre les grands massacres dans ce grand triangle des Bermudes de Kherrata, Sétif et Guelma. La mère patrie qui n'avait pas bien su défendre les intérêts des Gaulois, défendait férocement ceux des colons qui cherchaient à faire taire à tout prix les cris de ces damnés de la Terre qui réclamaient une petite place au soleil. On ne s'étendra pas sur la récompense faite aux Algériens qui allaient subir, plus de sept années durant encore, le feu de cet ennemi qui était encore hier son allié. Bien sûr, on passera sur la mesure mesquine du gouvernement français qui allait bloquer les pensions des anciens combattants d'origine africaine: c'est à la faveur de la sortie du film Indigènes que Jacques Chirac leva le blocus qui avait duré 45 années... Enfin, un film qui a contribué à réparer une injustice. D'autres injustices sont réparables encore quand on voit le sort qu'a subi le pauvre peuple libyen, livré aux seigneurs de la guerre par la grâce de l'interventionnisme des pays de l'Otan et à sa tête, la France. Il faudrait aussi penser à regraver sur le marbre les noms effacés des indigènes morts pour que les Français vivent libres.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Selim M'SILI
Source : www.lexpressiondz.com