Guelma - A la une

C'est ma vie Kaci Raci, le brocanteur



Sa vie pourrait bien se résumer sa manière à lui d'afficher son attachement absolu à la tenue traditionnelle algérienne et à un mode de vie insolite peut-être, mais qui a incontestablement séduit les autochtones, ce qui lui a valu beaucoup de distinctions dans toute la région de l'Est algérien. Mais Kaci Raci c'est également cet homme qui baigne dans le monde du bricolage et de la débrouillardise en tant que marchand brocanteur.
Ammi Kaci, Dellel Messaoud de son vrai nom, est né le 21 juillet 1921 à Guelma, père de 14 enfants, les plus âgés Mohamed dit Bouaroua, Abdelghani et Ahcène dit Douro. Ces derniers ont accepté de nous raconter la fabuleuse histoire du burnous de leur père. Un vêtement accessoire acheté chez un spécialiste, dans la région de Biskra, richement brodé et autour duquel s'enroule une splendide cordelière rouge. «Lors de la visite effectuée à Guelma au début des années 1960 par le défunt président Ahmed Ben Bella, les responsables municipaux de la ville de Guelma, accompagnés par El Hadj Soussi ( Allah yarhmou), se sont procuré cet élégant burnous auprès de Baba Kaci et ont invité le Raïs à s'en vêtir lors de la cérémonie d'accueil, c'était vraiment fantastique », nous révéla son fils aîné Mohamed Bouaroua. Ce dernier regrette amèrement de n'avoir pas pu sauvegarder de nombreux souvenirs de son père. C'est un personnage qui est à la fois original et traditionnel. Il fait partie d'une génération qui incarne l'humour, la passion et le dévouement dans la vie de tous les jours. Très attaché à sa ville natale, Kaci Raci peut discuter des heures durant des anecdotes et des merveilleux moments passés avec ses amis, dont le célèbre Saci Takchira. C'est un homme au sourire permanent, très à l'aise dans sa tenue traditionnelle, élancé, d'apparence assurée et distinguée de par son élégance, son visage est barré d'une moustache tournante lui donnant un regard profond et captivant. Une apparence qui lui a valu d'ailleurs un si vif intérêt de la part de la célèbre artiste peintre Bettina Heinen-Ayech. Cette dernière lui dressé un portrait fascinant, qui suscite aujourd'hui l'admiration de tous les Guelmis. Ammi Kaci habitait l'ancien immeuble de la place du 19- Mars, au centre-ville, «le Septième», l'un des quartiers les plus populaires de Guelma. Il a géré durant des dizaines d'années une boutique atypique en face du fabuleux théâtre romain de Guelma. Son local au décor assez sobre, s'efforce de le remplir d'objets anciens et insolites, acquis directement sur place. C'est un célèbre antiquaire, réputé pour être le fournisseur des foyers à revenu modeste. On pouvait trouver entre autres chez lui des porcelaines garnies de montures en bronze doré, des meubles d'ébénisterie, des fleurs artificielles dans des pots décoratifs, de superbes lustres antiques, ou encore des objets en porcelaine mais aussi des miroirs en bois doré, du mobilier, des anciens tableaux, des pendules, des anciens ouvrages et aussi des bijoux en argent. Les nostalgiques se rappellent avec émotion les souvenirs de la belle époque, notamment ceux qui ont vécu les merveilleux moments des fêtes de l'Aïd de la fin des années 1960 et celle du début des années 1970. A cette époque, les jeunes filles en petits groupes, vêtues d'habits neufs, se mettent en chemin vers la boutique de ammi Kaci, spécialisée également dans la location d'instruments de percussion traditionnels : le bendir, la derbouka et la chanchana. Les générations précédentes utilisaient ces outils pour animer les petites virées en calèche à travers les principales artères de la ville, c'était des circuits de promenades, de la placette du centre-ville vers la ferme-école, organisés pour les enfants, essentiellement durant les fêtes de l'Aïd. Kaci Raci est donc, sans conteste, une figure emblématique de Calama, cette cité antique ; il a signé son passage en laissant une empreinte forte sur le patrimoine traditionnel de cette ville de l'est du pays. Aujourd'hui Guelma, la grosse moustache porte son nom dans toute la région «chlaghem Kaci». Dellel Messaoud a tiré sa révérence le 20 mars 2000 Guelma. Il laisse derrière lui de nombreux souvenirs et un grand vide dans le milieu des citadins.
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