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Un deuxième mort à Ghardaïa



Un deuxième mort à Ghardaïa
Les affrontements à Ghardaïa ont fait une deuxième victime. Agé de 35 ans, un homme a succombé à ses blessures hier en fin de matinée à l'hôpital Tirichine de la ville, après un coma de trois jours. Les violences qui opposent certains habitants entre eux ne sont pas nouvelles dans cette ville. El Watan Week-end a demandé à ceux qui souhaitent diriger le pays quelles sont leurs propositions pour apaiser le conflit.-Kamal Benkoussa, candidat indépendant : La solution doit émerger à travers un dialogue socialLes différences ne doivent pas mener à de tels conflits. Elles traduisent un mal beaucoup plus profond et nullement spécifique à cette région. Ce qui se passe à Ghardaïa est symptomatique de la nature de l'ordre social algérien, qui a mis une chape de plomb sur la société, l'empêchant de se livrer à un débat démocratique pour faire émerger un nouveau contrat social. C'est également symptomatique de la perte d'autorité morale de l'Etat due à son absence de légitimité politique. Le risque est que dans le futur, ce genre de tensions devienne plus fréquent ailleurs dans le pays. Il n'y a pas de solution miracle. Ce que je ferais à très court terme, si je suis élu, je commencerais par avoir du respect pour mes compatriotes en allant les voir pour les écouter, entendre de leur bouche ce qui ne va pas et non leur proposer de leur distribuer de l'argent ! Je mettrais ensuite en place un processus de concertation entre les communautés pour que la solution ne vienne pas «d'en haut», mais qu'elle émerge à travers un dialogue social qui inclut l'Etat et les citoyens. Ce qui est donc certain, c'est que l'Etat doit agir en étant neutre et en usant d'une autorité qu'il aura acquise du fait d'être le garant d'un contrat social, ce qui n'est malheureusement pas le cas.-Ali Benouari, candidat indépendant : Il y a une menace sur la cohésion socialeL'Etat doit intervenir, c'est son rôle. Il y a trois niveaux d'intervention. D'abord, il faut que les forces de sécurité déterminent si certains attisent les contentieux qui existent depuis longtemps et exploitent ces affrontements. Ensuite, notre Etat doit insister sur la notion de tolérance et de respect des minorités, qu'il faut intégrer dans les programmes scolaires. Il faut des lois qui protègent les plus faibles, et ce, quelles que soient les minorités. Car derrière tous les problèmes de minorité, il y a une menace sur la cohésion sociale. Enfin, l'Etat doit travailler sur les tensions économiques. Il y a un déséquilibre régional : à Ouargla également il y a eu des émeutes, mais il n'y a pas de problème de communautés dans cette ville ! En réalité, dans le Sud, les Algériens s'estiment lésés dans leurs intérêts. Il y a des problèmes de travail et de logement, alors qu'ils sont assis sur du pétrole. Les événements de Ghardaïa sont symptomatiques de l'échec de toutes les politiques. C'est un problème politique qui n'est pas pris en charge. L'Etat est en déliquescence.-Mourad Boukhelifa, candidat indépendant : Il y a un problème économique à la baseJe ferai d'abord un diagnostic, et pas seulement pour Ghardaïa. Nous avons une population qui ne s'exprime pas, car tout est verrouillé, mais cela ne veut pas dire qu'elle ne comprend pas les choses de la cité. Il y a manifestement un problème économique à la base, car ce sont des magasins qui ont été brûlés d'abord. Si c'était un problème religieux, pourquoi les Mozabites du pays, d'Alger et d'ailleurs, ne sont pas inquiétés ' Mais il y a aussi des problèmes politiques, comme pour la Kabylie et Batna. Vous avez vu que Ferhat Mehenni, pour s'exprimer, a dû aller en Israël. Les gens aiment Matoub, mais pourquoi ses chansons ne passent pas à la télé ' Il y a beaucoup d'inconséquences et de restrictions. Trouvez-vous normal qu'on exige d'une jeune mariée qu'elle produise un certificat de virginité '-Soufiane Djilali, Jil Jadid : La vraie solution passe par un changement de régimeIl aurait fallu que le président de la République intervienne. Il aurait également été plus efficace que des institutions locales fiables et représentatives soient entendues. La priorité est le renforcement du maintien de l'ordre. Il me semble aussi indispensable de soutenir les familles les plus démunies pour que leurs enfants puissent répondre à l'autorité parentale. Il y a, à la lisière de Ghardaïa, près de 300 familles qui n'ont aucune ressource. Ensuite, il faut engager des investissements pour réduire le chômage qui atteint des taux insupportables. Il existait des usines dans cette région, elles ont été fermées l'une après l'autre. Enfin, il faut revoir la politique d'éducation pour y intégrer un contrat de citoyenneté. Je remarque que le Premier ministre a perdu toute autorité morale et que la vraie solution passe par un changement de régime.-Rachid Nekkaz, candidat indépendant : Il faut que la police de Ghardaïa assure la sécurité de tous sans distinctionJe propose un Etat de droit et la sécurité pour tous. Plus concrètement, il faut que la police nationale de Ghardaïa assure la sécurité des commerces et de tous les habitants sans distinction d'origine sociale ou ethnique. Aussi, il faut mettre en place un dispositif social et économique pour garantir le travail aux jeunes en difficulté. Et je propose de jouer le médiateur si les parties concernées sont d'accord pour trouver une solution juste.-Ali Fawzi Rebaïne, Ahd 54 : Lorsque des gens commencent à mourir, cela peut devenir irréversibleAujourd'hui, l'autorité de l'Etat est inexistante, les personnes censées faire régner l'ordre ne sont pas à la hauteur. Et lorsque des gens commencent à mourir, cela peut devenir irréversible. Il existe dans cette région un véritable décalage socioéconomique entre deux communautés. La communauté ibadite est très organisée. Mais il est du devoir de la République de créer l'égalité entre les citoyens et de donner des opportunités à l'autre communauté. C'est pour cette raison qu'il est nécessaire de décentraliser les décisions économiques. Ce n'est pas au pouvoir central de décider comment les deux communautés doivent se développer. Enfin, il faut que les élus des assemblées locales soient véritablement élus, car ce sont eux qui connaissent la réalité des problèmes locaux


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