«Nous savions que Ghardaïa serait un jour complètement inondée»
Réunis hier au cercle d’El Moudjahid, les experts architectes, ingénieurs du CTC, spécialistes en génie parasismique, hydrauliciens et météorologues sont revenus sur la catastrophe qui a frappé la vallée du M’zab.Ils sont tous d’accord pour dire que la non application des textes relatifs à la gestion des risques majeurs et le manque de coordination entre les urbanistes, les professionnels en charge de la prévention des catastrophes et les autorités centrales et les collectivités locales sont à l’origine des inondations meurtrières de Ghardaïa.
«Nous savions depuis longtemps que Ghardaïa serait un jour complètement inondée», a lancé froidement la représentante du Laboratoire des études maritimes (LEM) lors de son exposé filmé sur la protection contre les crues de la vallée du M’zab. Le DG du LEM, bureau public de la grande hydraulique, le professeur Chelghoum, estime tout de même que la digue installée en amont de l’oued M’Zab, en collaboration avec un bureau d’études suisse, a limité de 50% la catastrophe en retenant un volume de 20 millions de m3 d’eau. Lui emboîtant le pas, le directeur AEP au ministère des Ressources en eau, confirme que le débit a été, lors des dernières intempéries, de plus de 900 m3 par seconde, avec une hauteur de 14 mètres, ce qui fait, selon lui, quelque chose comme 30 millions de m3 d’eau en 10 heures. Les ingénieurs en charge des travaux d’aménagement autour de la vallée du M’zab avouent néanmoins que les deux autres retenues prévues ne sont pas encore réalisées, ce qui a, selon eux, accentué un peu plus les débordements des crues vers la cuvette de Ghardaïa. De son côté, la représentante de l’Office national de météorologie a tenu à lever cette équivoque en disant que «les 80 millimètres de pluie enregistrés à Ghardaïa ne sont pas le paramètre prépondérant à l’origine de ces inondations, mais la catastrophe est beaucoup plus due à la violence des crues». «Les dégâts causés sur les populations, selon elle, auraient pu être évités si le bulletin météorologique spécial (BMS) était transmis à temps vers les autorités».
Dans leur diagnostic, les experts ont décelé également l’absence d’une carte à risques au niveau local regroupant des experts du CTC et des ingénieurs urbanistes, ainsi qu’une anarchie urbaine marquée par des constructions implantées dans les zones inondables, notamment au niveau des lits des oueds. Pire encore, un expert architecte ne comprend pas comment se fait-il que les élus locaux dégagent toute responsabilité par rapport aux risques majeurs encourus par leurs communes en arguant que ces questions ne sont pas dans l’ordre de leurs priorités? De plus, s’indigne-il, «ces élus nomment des directeurs techniques sans expérience dans ce genre de catastrophe». D’autres experts estiment que, depuis 1999, on n’a pas réalisé le minimum pour écrêter les crues et prévenir les dégâts. Selon eux, «on aurait pu tirer les enseignements après les inondations de Bab El Oued et le séisme de Boumerdes». Pour l’expert architecte, M. Boudaoud, «la vallée du M’zab aurait pu être sauvée dans la mesure où elle est classée patrimoine mondial», ajoutant que, «sur les 1200 plans d’occupation du sol (POS), seule une infime partie a été réalisée dans cette région». Les experts plaident en outre pour la mise en place, dans de brefs délais, de la délégation nationale des risques majeurs, une structure qui aura à coordonner les efforts dans la prévention des calamités naturelles. «Il s’agit ensuite, soulignent-ils, de prévoir un système d’alerte pour éviter les pertes en vies humaines». D’autres propositions ayant trait à la sensibilisation aux risques naturels et leur prise en charge au niveau des communes ont été aussi avancées par les intervenants.
Abed Tilioua
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com