
Les habitants de Ghardaïa, excédés par les violences et le chaos qui s'installe dans la région, ont convergé hier, dans une marche imposante, vers le siège de la wilaya, en réaction notamment contre la mort de trois personnes. Face à l'édifice public, un sit-in a été observé alors qu'une délégation représentant tous les quartiers de la ville, était reçue par le Premier ministre par intérim, qui s'est déplacé en urgence samedi soir à Ghardaïa en compagnie de certains ministres et responsables des services de sécurité. Depuis des mois, la région de Ghardaïa est livrée à une violence inouïe qui a fait plusieurs morts et blessés alors que les activités économiques d'une des régions les plus entreprenantes du pays sont paralysées. Des affrontements intercommunautaires traditionnels, exacerbés par une situation sociale et politique tendue,n'arrivent pas à trouver des solutions pérennes. La crise sociocommunautaire de Ghardaïa a été rattrapée par l'ambiance tendue d'une pré-campagne électorale qui n'augure rien de bon, tant les dérapages de langage risquent d'envenimer l'atmosphère. Mais à Ghardaïa, des citoyens sont morts, victimes de la haine, du non respect du droit à la différence. Des responsables de différents niveaux et secteurs se sont rendus dans la région embrasée mais n'ont pas réussi à rétablir la sérénité et la paix civile. Est-il concevable et admissible qu'une situation explosive perdure autant dans une région névralgique ' «La région du M'zab est en train d'être mise à sac et brûlée et elle encourt des dangers encore plus grands et plus catastrophiques.» Ce sont les propos des notables de la ville, qu'ils adressent aux autorités centrales. Dans leur lettre de détresse, les Mozabites déclarent : «Nous lançons un appel au secours et revendiquons notre droit constitutionnel à la sécurité des biens et des personnes. La situation est périlleuse parce que les forces de sécurité se sont retirées de certains points sensibles depuis plus de 48 heures.» Dans leur adresse au premier magistrat du pays, les notables mozabites de Ghardaïa ont reproché au wali de n'«avoir pas pris au sérieux» leurs mises en garde concernant la précarité de la situation, dont ils lui ont fait porter «l'entière responsabilité devant Dieu et la patrie».La situation est explosive et risque de dégénérer davantage si aucune mesure radicale n'est prise en urgence, d'une part pour mettre un terme aux violences chroniques, et, d'autre part, pour régler à la racine l'endémique problème qui oppose les communautés mozabite et arabe de la région du M'zab. Se voiler la face et ignorer ces clivages risque de coûter encore plus cher en vies humaines et en biens privés et publics.La coexistence pacifique entre différentes ethnies et différents cultes dans une région est possible pour peu que le développement social et économique devienne le terreau où fleurit le droit à la différence. Lorsque ce droit est banni dans les discours politiques, dans les prêches et dans les cultures, c'est le chaos et le désordre qui s'installent.A. G.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdelkrim Ghezali
Source : www.latribune-online.com