Ghardaia - Revue de Presse

Ghardaïa : Un million de tonnes de CO² enfouies sous terre



Chaque année, sur le site pilote de Krechba dans la wilaya de Ghardaïa, un million de tonnes de dioxyde de carbone sont enfouies dans un réservoir naturel rempli d'eau. Il s'agit d'un procédé nouveau qui consiste à capter puis stocker le CO² (CCS). Cette technologie, qui est encore à ses premiers balbutiements, vise à empêcher la libération dans l'atmosphère de l'un des principaux gaz, à effet de serre, contribuant du coup à la lutte contre le réchauffement climatique. Le site pilote de Krechba reste, sur ce plan, un vrai «laboratoire grandeur réelle» qui permet, chaque année, la séquestration de l'équivalent de ce que rejettent, en moyenne, 200.000 voitures roulant 30.000 km par an. «Nous souhaitons provoquer un effet d'entraînement en démontrant que le procédé est techniquement faisable, économiquement acceptable et géologiquement viable», explique à l'AFP, M. Mohamed Keddam, directeur général d'In Salah Gas, projet conjoint de Sonatrach, British Petrolium et la norvégienne Statoil Hydro. Le gaz, extrait à Krechba, a une teneur en CO² trop élevée (6% en moyenne) pour être commercialisé. Le seuil maximum étant de 0,3%, une opération d'extraction du CO², au moyen d'un solvant chimique, l'amine, s'avère donc indispensable. Une fois «purifié», le gaz est acheminé par un pipeline vers Hassi R'mel, à 450 km au nord, d'où il rejoindra l'Europe. Le CO², après avoir été comprimé à 180 bars, est envoyé dans un réservoir naturel situé à la périphérie de la zone d'extraction du gaz. L'enfouissement se fait grâce à trois puits injecteurs, tubes en acier d'environ 11 cm de diamètre qui propulsent le CO² à 1.900 mètres sous terre dans une nappe aquifère qui agit comme un piège. Des marqueurs radioactifs, différents pour chaque puits d'injection, permettent de suivre avec précision les «mécanismes de piégeage» du CO² et de s'assurer qu'il ne remonte pas à la surface. Près de quatre ans après le lancement de l'exploitation, en juillet 2004, le bilan géologique est positif, aucune fuite n'a été constatée. Mais ses concepteurs reconnaissent que plus de recul est nécessaire. En termes de coût, l'opération est aussi satisfaisante. «Aujourd'hui, on injecte à environ 9 dollars US la tonne», affirme, par ailleurs, le responsable du site, M. Daoud Abdelaziz, cité par l'AFP. Alors que la tonne de CO² s'échange sur le marché européen à environ 40 dollars, le bilan économique d'In Salah est plutôt prometteur dans la perspective d'une généralisation, à terme, du marché du carbone. Néanmoins, et selon les calculs réalisés grâce aux diverses opérations-pilote à travers le monde, la technologie reste, quand même, trop chère: il faudrait diviser les coûts actuels par deux ou trois pour la rendre compétitive. Mais In Salah est, à de nombreux égards, un site idéal. Et l'extraction et la séquestration du CO² peuvent s'avérer autrement plus coûteuses sur des centrales thermiques ou des usines sidérurgiques, industries fortement émettrices de dioxyde de carbone auxquelles la technologie pourrait s'appliquer. «La plus grosse difficulté est de trouver, à proximité du site d'exploitation, un réservoir naturel récepteur», explique M. Keddam. En outre, pour des zones d'enfouissement de CO² proches de zones habitées, la technologie pourrait se heurter à des questions d'acceptabilité par l'opinion publique. Sur la base de vie de Krechba, quelque 150 personnes font des rotations de 28 jours. La ville la plus proche est située à près de 200 km. Tout autour, le reg: désert de pierres qui s'étend à perte de vue. Interrogé par l'AFP sur la pertinence de cette technologie, comme moyen de lutte viable et efficace contre le réchauffement climatique, le ministre français de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, a estimé que le CCS doit être «approfondi et développé», tout en mettant en garde contre la tentation d'y voir une solution miracle dans la lutte contre le réchauffement climatique. « Je suis sûr que c'est une technique qui mérite d'être approfondie et développée, sous réserve qu'il y ait des programmes de suivi », a-t-il affirmé.
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