Rien n'est plus difficile pour l'homme démuni que de rester les bras croisés sans possibilité d'améliorer son quotidien, surtout quand il est loin des siens.C'est le cas de centaines de subsahariens qui, loin des leurs, et après avoir parcouru de longs trajets depuis leurs pays d'origine pour s'installer en Algérie, prouvent tous les jours leur sens de la débrouillardise leur permettant d'assurer leur existence.
Le nombre des cordonniers africains est surprenant, ils sont plus d'une dizaine à avoir élu domicile au centre de Ghardaïa. Majoritairement é de nationalité malienne, ils ont pris d'assaut tous les coins des arcades et venelles de Ghardaïa. Konaté Djegué, âgé de 33 ans, est le premier qu'on rencontre dans le vieux quartier de Bab El Haddad, alors qu'il s'était confiné dans l'un des coins, apparemment bien sélectionné pour pêcher ces clients dans cet endroit connu pour son mouvement incessant vu sa proximité du souk de la vieille médina.
Ce fin manipulateur du marteau à clou est venu de Bamako, et ce, après avoir passé un bon moment en Côte d'Ivoire avant d'atterrir dans la capitale du M'zab, pour travailler dans les nombreux chantiers de construction comme man?uvre. Mais la détérioration de son état sanitaire au début de l'an 2008 n'a pas atrophié son espoir de trouver un autre métier afin de conjurer la fatalité. «J'ai mûrement réfléchi avant de me convertir au métier de cordonnier, j'ai longtemps hésité, mais les circonstances m'y ont poussé et j'ai appris les ficelles du métier après un dur apprentissage», explique Djegué en souriant.
A notre question sur le montant qu'il gagne chaque jour, ce dernier nous confie : «Cela diffère d'une saison à une autre, durant la période hivernale où les gens utilisent souvent leurs chaussures, je gagne des fois jusqu'à 5000 DA/jour. Mais a contrario, dans les périodes de grande chaleur où l'utilisation des chaussures se réduit, le montant, quelquefois ne dépasse pas les 1000 DA/jour.» En se baladant du côté de la CNAS, sise en face de l'esplanade du 5 Juillet au centre-ville de Ghardaïa, la coïncidence nous a mis en face d'un autre cordonnier, un concitoyen de Djegué nommé Karim Sinagou, âgé d'à peine 23 ans. Contrairement à Djegué, celui-ci caresse le rêve de survoler la grande bleue pour rejoindre les terres européennes. Karim Sinagou est un descendant de la tribu de Sigassou, non loin de la capitale malienne Bamako.
Sa présence en Algérie remonte à l'an 2010. «Ce métier me permet de survivre dans le but d'exaucer mon v?u d'aller en Europe. Mais, ceci nécessite de gagner plus d'argent et réparer des chaussures m'épargne des risques des travaux forcés auxquels sont confrontés au quotidien mes concitoyens dont la majorité travaille sans la moindre assurance», explique Karim. A Daya Ben Dahoua, à 11 km de chef-lieu de la wilaya de Ghardaïa, il existe un autre cordonnier africain mais originaire du Niger. Il s'agit de Saïd Oumoussa, un homme aimé par tout le monde, non pour son caractère loquace mais plutôt loufoque. Il a commencé son aventure comme maquignon (vendeur des moutons) il y a dix ans de cela, avec l'un des amis de son père habitant la commune de Daïa.
Mais les problèmes qui ont surgi entre lui et son associé l'ont contraint à adopter la cordonnerie, un métier avec lequel, avoue-t-il, il se sent en parfaite osmose. Malgré le comportement indigne de certains de ses clients qui ne veulent pas le payer pour l'effort consenti dans la réparation de leurs chaussures, cela ne l'empêche pas d'exprimer son sincère respect envers le peuple algérien. Pour lui, «le peuple algérien n'a pas son égal dans le monde arabe? il n'est pas rancunier», avoue-t-il avant de nous confier son intention de quitter à jamais notre pays pour enfin se consacrer à l'élevage de moutons dans son pays natal qui est, faut-t-il le souligner, le pays qui possède le plus grand nombre des têtes ovines sur le continent noir.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Farid Azzoug
Source : www.elwatan.com