
Il y a deux mois, le Premier ministre Abdelmalek Sellal disait à propos de ce qui se passait à Ghardaïa qu'il s'agissait de petites échauffourées (mounaouachate) sans gravité, entre jeunes. Depuis, il y a eu mort d'hommes et des blessés dans des affrontements qui ne semblent pas pouvoir ou vouloir s'arrêter.On aurait pu comprendre que Sellal ait fait une erreur d'appréciation sur le niveau de gravité du conflit, de se tromper sur la nature et d'en sous-estimer l'ampleur.Le problème est que depuis, on ne l'a pas entendu faire un autre diagnostic de la situation, y compris après sa visite dans cette wilaya, suivie, il est vrai, d'une brève accalmie.Avant que les affrontements ne reprennent. Une «reprise» dont la violence confirme ainsi qu'il y a quelque part des questions de fond qui ne sont pas maîtrisées.Et c'est le moins qu'on puisse dire, parce que si on en est (encore) là, c'est que les autorités ont fait un mauvais diagnostic de la situation. Ou qu'elles ont fait le bon sans mettre les moyens et la volonté politique qui permettent d'en venir à bout.Sinon, son intérimaire, Youcef Yousfi, ne serait pas dépêché sur les lieux en catastrophe, en compagnie du ministre de l'Intérieur et du commandant en chef de la Gendarmerie nationale. Un déplacement rapide, mais tout de même effectué après trois morts et un blessé grave, qu'on n'a apparemment pas «vu venir».Et ce n'est pas terminé, en matière de visite, puisque Yousfi a annoncé à partir de Batna la venue d'autres ministres «concernés par les différents secteurs de développement pour déterminer les actions prioritaires à entreprendre en matière de développement durable de la région». Entre temps, le «Premier ministre par intérim» avait déjà annoncé que «l'Etat contribuera à la réhabilitation des biens endommagés lors de ces événements et atténuer ainsi la souffrance des citoyens touchés».Des événements qui ne sont plus des? échauffourées, manifestement. Non seulement il y a eu des morts et des blessés, mais également des dégâts économiques à réparer, avant d'envisager de nouveaux investissements, les questions sociales étant -entre autres - systématiquement évoquées comme étant à l'origine du conflit. Ce n'est pas tout.L'Etat qui «répare» et «investit» appelle aussi au dialogue : «J'appelle les habitants de Ghardaïa à dialoguer et à vivre ensemble dans la paix et la sérénité», a encore dit Yousfi.Un Etat qui répare, investit et apaise est donc en droit de faire valoir son autorité en «appliquant la loi dans toute sa rigueur», a averti le ministre de l'Intérieur, à la suite de Yousfi qui a fait la promesse qu'une enquête sera ouverte pour «déterminer toutes les responsabilités». Une enquête pour laquelle la présidente du Croissant-Rouge, Mme Benhabylès, qui n'a pas vraiment la réputation d'avoir un discours autonome, donne déjà une? piste : «Les habitants de Ghardaïa ne sont pas responsables de ce qui se passe chez eux» !Et elle ne s'arrête pas en si bon chemin : «Ce qui est arrivé à Ghardaïa ne ressemble pas aux valeurs et au caractère de sa population. Ces gens ont l'esprit national et vénèrent l'Etat et les institutions» !Il ne reste donc plus aux enquêteurs de trouver les gens dont les «valeurs» et le «caractère» ressemblent à ce qui s'est passé dans la vallée du M'zab, et le tour est joué ! Et pour boucler la boucle, elle a peut-être dit ce que le Premier ministre n'a pas osé dire dans la foulée de sa visite aux habitants de la région : «Allez voter». Le reste viendra.Slimane Laouari
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com