Ghardaia - A la une

Ghardaïa, à l'orée des grandes solitudes



À Ghardaia, les traditions sont aussi vieilles que le temps. Ce temps qui remonte à la lointaine préhistoire qui a dévoilé des vestiges datant de plusieurs millénaires avant JC. Ils ont été découverts par une équipe d'archéologues et de chercheurs qui ont ainsi mis à jour une industrie de la pierre notamment à El Ménéa et Metlili, des vestiges funéraires à Guerrara et Bouhraoua ainsi que des gravures rupestres à Béni Isguène et Berriane. Incontestablement, les Ibadites ont été les premiers bâtisseurs de la vallée du M'zab après qu'ils eurent quitté Tahert (l'actuelle Tiaret) quand elle fut détruite au IXe siècle et donc jeté leur dévolu sur une région inhospitalière et aride. C'est sans doute pour cela qu'ils ont opté pour cette terre sèche, convaincus que personne ne la convoiterait. Cela pour l'histoire. Pour la légende, il se raconte que Ghardaïa signifierait littéralement « la grotte de Daya », en référence à une mère célibataire rejetée par sa famille et qui a fini par se réfugier elle et son fils dans une grotte que personne n'approchait parce qu'on la disait hantée... Juste une petite parenthèse pour dire que le Ibadisme est l'école la plus ancienne de l'islam, fondée moins d'un demi-siècle après la mort du Prophète (QSSSL). Très présent à Oman, en Libye, à Djerba en Tunisie et au M'zab, l'ibadisme ne s'est pas généralisé contrairement au malékisme et au chiisme, parce qu'il soutient que le commandeur des croyants ne doit pas nécessairement être de la lignée du Prophète (QSSSL). Très portés sur le labeur et le respect strict des règles qui régissent la communauté, celle-ci primant sur l'individu, les Ibadites entameront le long processus d'urbanisation de la ville et lui imprimeront alors un cachet particulier.Le mode d'habitat et les techniques de construction confèrent à Ghardaia le statut de patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. Cette architecture spécifique du Mzab, par sa sobriété et son esprit pratique, basée sur de simples matériaux, inspirera les plus grands noms de l'architecture moderne, dont Le Corbusier et Pouillon. Ce qui relève de l'extraordinaire, c'est que la ville a su conserver le même mode d'habitat et les mêmes techniques de construction depuis le... XIe siècle ! Comme en témoignent les Ksour, une merveille architecturale qui illustre la faculté de l'homme à s'adapter à un environnement des plus hostiles. Le terme de Ksour est le pluriel de Ksar et celui-ci englobe un ensemble composé d'une mosquée, d'une palmeraie et d'une muraille. La vallée du Mzab comporte cinq Ksour, Ghardaia, Melika, Béni Isguène, Bounoura et El Atteuf... La journée est bien avancée et le soleil tape sec. Il nous faut à tout prix retrouver un vieux copain du service national terré à Ghardaia depuis des lustres. Ainsi, de fil en aiguille, nous avons fini par retrouver sa trace car le gai luron ne passe pas inaperçu. Brahim G., nous dit-on, tient un commerce d'électroménager et en suivant le chemin indiqué, nous le repérons facilement avec son enseigne lumineuse et ses grandes portes vitrées. Il est là assis tranquillement à siroter son thé et il ne nous prête pas attention, pensant avoir affaire à des clients ordinaires. Ses cheveux ont beaucoup grisonné (et les nôtres aussi d'ailleurs) et il nous fixe un bon moment avant de pousser un grand cri, visiblement ému de revoir un compagnon d'escapade, de froid aurèssien, d'endurance... Après le thé, on va dans l'arrière-boutique fumer une cigarette car à Ghardaia, cet acte est très mal vu, voire banni. Les souvenirs se bousculent dans des éclats de rire et lorsque le jour déclina, Brahim baissa le rideau et nous invita à le suivre chez lui où nous attendait la spécialité de la région, le couscous à la courge du Mzab. Appelée localement Takhssaït ou El Garaâ, cette longue courge de couleur blanche est un ingrédient incontournable pour le ragoût et le couscous et chacun des habitants en cultive dans son potager familial. Après le couscous, nous sortîmes déambuler dans les rues éclairées de la ville et Brahim remplissait à merveille son rôle de guide dans cette ville qui n'est pas au Nord et qui n'est pas au Sahara. Cette ville « incrustée à l'orée des grandes solitudes » selon le mot d'un des nombreux poètes qui tombèrent sous son charme. Mais qui peut y résister '


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)