La ville de Berriane a vécu hier des moments tendus, empreints de peur et d?inquiétude. Berriane. De notre envoyée spéciale Deghour Aïssa, 67 ans, tué à coups de couteau, samedi dernier, a été enterré par sa communauté au cimetière ibadite, dans le calme et la sérénité, au milieu d?un important dispositif de sécurité, pour empêcher les incursions des voisins du quartier est. La matinée, personne ne savait si le permis d?inhumer allait être délivré ou non. C?est en début d?après-midi que toute la procédure a été accomplie pour permettre à la famille d?enterrer son mort. La cellule de crise finissait à ce moment sa réunion. Le wali explique à la presse que des instructions ont été données pour que les examens de fin d?année se tiennent aux dates fixées. « Des instructions ont été données pour que les classes soient ouvertes aux élèves pour des cours de rattrapage, mais aussi pour que les parents soient sensibilisés à la nécessité d?envoyer leurs enfants à l?école? », déclare le wali. Les enfants des deux communautés sont lourdement traumatisés par les événements et ne se font plus confiance. Peuvent-ils prendre le risque d?aller à l?école, sachant que les derniers événements ont commencé par des jets de pierres contre un bus scolaire ? Les enfants ont plus besoin d?une prise en charge psychologique. Les examens peuvent attendre. Vers 17h30, le corps du défunt est emmené vers le cimetière ibadite qui se trouve en face de celui malékite. Le dispositif de sécurité est fortement renforcé et la ville entière est mise en état d?alerte. Le quartier est isolé du centre-ville. La tension commence à monter lorsque la communauté ibadite, formant une marée humaine, se dirige vers le cimetière dans un silence de plomb et une sérénité inouïe. Des comités de vigilance assurent eux aussi la sécurité du cortège funèbre, lequel a préféré entrer par les accès donnant sur le vieux ksar. Une émouvante oraison funèbre est alors prononcée par un notable qui a appelé les autorités, au nom de la communauté, à faire tout pour arrêter les auteurs de « cet acte terroriste et sauvage » et les juger. Après la lecture de la Fatiha, la procession humaine prend le chemin du retour. Mais la tension monte d?un cran et donne des sueurs froides aux autorités locales, toutes réunies au siège de la daïra. Au moment où un groupe de Mozabites improvisait une marche pacifique, en scandant « Nahy ala el mounker » (prêcher contre le mal), des jeunes du quartier de la communauté arabophone, retenus par un cordon de sécurité, tentaient de se frayer un chemin en sifflant, lançant des youyous et en criant « Tahya Bouteflika »(vive Bouteflika). Le dispositif se renforce pour empêcher tout contact entre les deux communautés et subitement d?autres groupes étaient sur le point de se rencontrer à la sortie de la ville. Policiers et gendarmes accourent pour les séparer. C?est alors que le wali en personne se dirige vers eux pour leur demander de rentrer chez eux. « Soyez plus responsables. Rentrez chez vous et laissez les gens enterrer leur mort? », leur dit-il. Une vraie hystérie s?empare de la foule, poussant le wali à rebrousser chemin sous les hurlements des manifestants. Mais la barrière de policiers et de gendarmes a fini par convaincre les jeunes de la nécessité de quitter les lieux. Les forces de sécurité montrent une grande nervosité du fait du jeu des va-et-vient entre les deux quartiers. En début de soirée, le calme absolu est revenu.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Salima Tlemçani
Source : www.elwatan.com