A quelques exceptions près, il n?y avait pas l?ombre d?un scrutateur pour assister au dépouillement du vote dans les plus importantes agglomérations de la wilaya. Inutile, en effet, de suivre le décompte des voix d?un scrutin, dont l?issue est connue d?avance et qui ne déchaîne pas les passions. Inutile encore de mettre en doute le résultat d?une consultation pour laquelle on n?a pas jugé utile de convoquer les commissions de surveillance. C?est la même partie qui est au four, au moulin dans le blé et à la caisse. Le discours développé par les chantres habituels, qui en mettent toujours une couche de plus que leurs mentors, a fait du non l?égal de la trahison et du non au référendum du 1er juillet 1962. Avec plus de 97% de participations, El Tarf figure, comme toujours, dans le peloton de tête du tableau des taux de participation des wilayas. C?est par ailleurs, le seul domaine où elle excelle. Tout le monde a fait le constat que contrairement aux précédentes consultations, la foule était nonchalante et a traîné le pas pour se rendre aux bureaux de vote. Comme toujours, on a relevé les brusques sursauts du taux de participation entre 12 h et 15 h et après 17 h. Le premier est attribué à ce qu?on appelle aussi chez nous et par ironie le vote de la ménagère. Le fait est connu et réel, mais il est aussi judicieusement mis à profit de la fraude pendant la sieste. Vers 17 h, le taux d?El Tarf avoisinait les 75%. Il bondit à 97% à 19 h. « On a bourré les urnes et signé à la place des absents avant la clôture », dit la rumeur, qui tient ses informations de proches qui ont des relations sûres dans les bureaux de vote. On dit même qu?il y a une instruction dans ce sens. « Nous avons voté oui pour la paix », est l?explication donnée sans conviction par les citoyens qui avouent ne pas connaître les dispositions de la chartre. « Voter contre la paix, c?est s?exposer au châtiment divin », nous ont répondu d?autres qui ajoutent, lorsqu?on leur explique que cela n?a rien à voir, que c?est ce qu?on leur a dit de dire autour d?eux. « Je vote pour qu?on me foute la paix », répondent ceux pour qui le vote n?a aucune espèce d?importance, sinon qu?il peut être brandi comme prétexte à une sanction.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Slim Sadki
Source : www.elwatan.com