Sauvons la mer !
Récemment, le ministre du Tourisme a fait trois petits tours à El Tarf et s?en est allé. Comme tous ses prédécesseurs, il a inspecté les plages et les quelques sites remarquables, il a aussi décrété que la région est à vocation touristique et qu?il faut la mettre en valeur. Il aura probablement remarqué aussi que les routes sont jalonnées de décharges illicites livrées aux vents qui essaiment les déchets dans la nature et qu?il n?est pas rare de voir au beau milieu du parc national des arbres majestueux fleuris de sachets en plastique. El Tarf se flatte pourtant d?avoir réalisé à grands frais un CET. L?autre vocable moins péjoratif pour désigner une grande décharge publique avec une gestion intelligente. Un peu avant cela, à El Kala, ville phare du tourisme version locale, on s?affaire à faire disparaître les ordures qui jonchent le sol sur l?itinéraire de la délégation ministérielle. La ville, la plus sale et la plus chère du pays, comme l?appelle désormais ses habitants excédés par l?intérêt accordé à l?opinion des estivants au détriment de celle des résidents qui croupissent dans la saleté des quartiers populeux, se prépare pourtant depuis de longs mois à la saison estivale. Insalubrité publique Depuis des semaines, les travaux de réfection, de rénovation des chaussées, des trottoirs et de la placette empoisonnent la vie des citoyens qui disent ouvertement qu?on aurait fait de combler les ornières et de laver à grande eau les trottoirs au lieu de les remplacer entièrement avec de précieux deniers, qui auraient judicieusement contribué à améliorer les conditions de vie dans les cités et les quartiers de la ville livrés, pieds et poings liés, au dés?uvrement et aux trafiquants de drogue. En dehors de quelques sites où se polarisent les efforts des autorités locales, celles qui sont censés recevoir le monde de l?été, la ville et ses alentours sont envahis par une saleté repoussante. L?eau, plus disponible certes depuis la mise en service du barrage de Mexa, est toujours rationnée, mais c?est seulement à cause des nombreuses fuites. En dehors de la saison des pluies, les lieux publics ne connaissent pas de grands lessivages pour les débarrasser de la crasse qui s?accumule au fil des ans. Idem pour le mobilier urbain, et tout spécialement les lampadaires. Il y a des crédits pour les acquérir à coups de milliards et les installer, et puis on n?est plus en mesure de les entretenir dès le lendemain de l?inauguration qui se fait en grande pompe. On préfère tout simplement les remplacer quelques années plus tard aux frais de l?Etat, et au plus grand bonheur des affairistes. Dilapidation et degradation Les citoyens, excédés par ce qu?ils qualifient de gaspillage, critiquent ouvertement ces projets onéreux, qui ne sont pas prioritaires, avec une courte durée de vie, et qui servent plus la carrière des responsables locaux que les intérêts de la communauté. On aurait mieux fait, disent-ils, de consacrer tout cet argent pour acquérir des poubelles, qui seraient inaccessibles aux vaches, aux chats, aux chiens, aux rats, utiles aux citoyens irresponsables qui éparpillent les ordures un peu partout. Cela pourrait permettre également l?acquisition de bennes-tasseuses capables d?acheminer les ordures ménagères jusqu?à ce CET inopérant parce qu?il implanté à des dizaines de kilomètres des agglomérations auxquelles il est destiné. « Préparez-vous pour un rush, nous reviendrons plus nombreux, car nous aimons ce pays », ont déclaré avant leur départ en mai dernier des pieds-noirs revenus sur leur terre natale après de fastidieux efforts pour enclencher une nouvelle dynamique, mais, ont-ils ajouté, « de grâce, déclarez la guerre à la saleté ! »
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Slim Sadki
Source : www.elwatan.com