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Avec trois barrages opérationnels et quatre autres en projet: El Tarf, contrée des eaux et de la soif



Avec trois barrages opérationnels et quatre autres en projet:  El Tarf, contrée des eaux et de la soif




Il ne se passe pas un jour sans que la clameur monte d’une ou de plusieurs localités de la wilaya pour réclamer le précieux liquide.

Si par la volonté divine, El Tarf est, en comparaison avec le reste de l’Afrique du Nord, généreusement servie par les eaux, les hommes et particulièrement leurs chefs en ont décidé autrement. L’équation est simple. Trois barrages qui mobilisent déjà 250 millions de m3 et quatre autres en projet, ce qui fait sept qui totaliseront plus d’un demi-milliard de m3 en tout dans une bande de terre de moins de 50 km de long et 10 de large. Un immense réservoir à ciel ouvert.

Ajouté à cela des réserves souterraines estimées à 200 millions de m3, avec notamment la nappe dunaire de Bouteldja dont l’eau est commercialisée sous le nom de «Aïn Bouglez». Et pour le plaisir des yeux et des espèces vivantes qui en dépendent étroitement, les célèbres lacs d’El Tarf avec leur prolongement vers l’ouest jusqu’à la plaine de Guerbes (Skikda) en passant par le lac Fetzara (Annaba) qui forme un complexe de zones humides de dimensions exceptionnelles dans le pourtour méditerranéen.

A El Tarf, au plus fort de l’été, l’eau est présente partout et coule dans les oueds mais pas dans les robinets. Il ne se passe pas un jour sans que la clameur monte d’une ou de plusieurs localités de la wilaya pour réclamer le précieux liquide indispensable à la vie tout court et à la vie moderne en général. Avant même les grosses chaleurs et la déferlante des vacanciers qui décuplent les besoins, les trop nombreuses coupures ou le rationnement empoisonnent la vie des populations.

«A Aïn El Assel, nous n’avons pas eu une goutte depuis vingt jours», nous répondent des gens amassés autour d’une fuite de vanne à El Tarf pour remplir des jerricans.

A El Kala, les perturbations et le rationnement qui sévissent depuis 15 jours sont dues selon les responsables du secteur de la distribution, qui se confondent en regrets, à une conjoncture défavorable entre des coupures de courant de Sonelgaz et ce que les volumes d’eau libérée par le barrage de Mexa qui alimente toutes les localités de part et d’autre du couloir de la RN44.

Les nombreux forages, lorsqu’ils sont opérationnels, ce qui n’est pas toujours le cas, et qui exploitent les nappes, viennent en renfort mais sans grand succès. Des problèmes de casse sur les conduites de pompes qui expirent au bout, etc. Et ça ne s’arrange pas d’année en année. Au contraire, nous explique cet ingénieur qui nous dit que la livraison de nouveaux logements, un peu partout dans la wilaya, a chamboulé les programmes de distribution. C’est à croire que ces nouveaux locataires se passaient d’eau auparavant.

Dans la partie ouest de la wilaya, la plus populeuse, où plus de 250.000 habitants se serrent à Dréan, Besbès, Ben Mhidi et Asfour, on continue de recevoir de l’eau saumâtre imbuvable distribuée à doses homéopathiques. Cela malgré les indéniables efforts de financement pour venir à bout de ce problème récurrent. Une situation qui fait le lit d’un trafic d’eau potable fournie par les innombrables camions-citernes privés autorisés à vendre de l’eau à la condition d’aller la puiser au forage de Bouglez, à 30 km de là. Rares sont les vendeurs d’eau qui le font. La population le sait, mais devant la nécessité, elle n’est plus dans l’exigence.

Un immense gâchis

Sur les hauteurs de la wilaya partant de Cheffia, qui de surcroît a donné son nom au barrage à proximité, et en allant vers Aïn Karma et Bou Hadjar, c’est le pays de la soif. Et face à cela, toute cette eau, dont chaque goutte est précieuse, qui n’arrive pas dans les foyers, mais qui se répand sur les chaussées et dans la nature en un immense gâchis.

«l’ADE n’a pas intérêt à intervenir rapidement sur les casses ou pas du tout sur certaines fuites», nous explique un responsable du secteur.

Et de poursuivre: «Elles servent de prétexte à l’ADE pour couvrir sa gestion catastrophique. Une grande partie des consommateurs n’ont pas de compteur et on ne les encourage pas beaucoup à en avoir. D’autres, plus nombreux, raccordés aux réseaux par des piquages illicites. Toute cette eau perdue ou volée est ensuite facturée au forfait aux abonnés raccordés mais sans compteur. C’est de cette manière que l’ADE paye les volumes qui lui sont livrés par l’Agence des barrages».

Tout le monde s’accorde à dire que seule l’incompétence des hommes qui gèrent la ressource et sa distribution peut expliquer une telle situation. Sans jeu de mots, l’argent a coulé à flots pour ce secteur et de la ressource, il y en a suffisamment pour El Tarf et les wilayas voisines, mais elle n’arrive pas aux robinets et, année après année, été après été, les populations sont amenées à s’exprimer avec violence.

Des efforts certains ont été accomplis pour réduire la tension dans les zones comme Bouhadjar, Cheffia, mais les pénuries et les coupures de longue durée reviennent inlassablement comme une malédiction. Incompétence, dit-on encore, parce que les problèmes du même genre trouvent des solutions radicales dans le désert, les Hauts-Plateaux et la steppe, dans l’ouest du pays réputé plus sec et les grandes agglomérations.


Photo: La région est un immense réservoir à ciel ouvert

Slim Sadki







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