El-Oued - A la une

'Vous pouvez parler, vous n'avez pas connu le colonialisme'



'Vous pouvez parler, vous n'avez pas connu le colonialisme'
Témoignages n Les personnes qui avaient plus de 20 ans au 1er Novembre 1954 sont de plus en plus rares. Ceux qui sont encore en vie sont de véritables bibliothèques.«Pour moi l'esprit de Novembre c'est de vivre libre dans mon pays. J'étais porteur au marché des Trois-Horloges à Bab El Oued à Alger. Je me rappelle encore ce lundi 1er Novembre 1954, j'avais à l'époque 15 ans et je devais subvenir aux besoins de ma famille mon père étant décédé d'une tuberculose deux ans auparavant.
Au niveau du lycée Bugeaud (émir Abdelkader actuellement), un policier m'a giflé et renvoyé chez moi. Ce jour-là nous n'avions rien à manger, car je n'avais pas gagné d'argent en portant les couffins des ménagères pieds-noirs», se rappelle Ammi Abdelkader qui a été emprisonné ensuite durant 3 années.
«On nous interdisait l'accès à Bab El Oued et aujourd'hui j'y habite.
Mes enfants sont universitaires et travaillent tous», ajoute-t-il avec un large sourire, mais avec une larme qui coule sur sa joue ridée. Ali est vendeur de vêtements à Bab El Oued. Il était émigré à Lyon durant toute la Révolution. «Le 1er Novembre 54 je n'avais pas travaillé. Des frères nous avaient parlé du début de la Guerre de Libération. Personnellement je n'y croyais pas.
A l'indépendance je suis rentré au pays et depuis je gère ce magasin que mes enfants ne veulent pas reprendre.» Les bienfaits de la Révolution de Novembre sont immenses pour lui. «C'est le jour et la nuit. Mieux encore, je dirais que c'est l'enfer et le paradis. Dites ce que vous voulez, vous n'avez pas connu le colonialisme.»
Une dame, d'un âge certain, rencontrée à la gare routière du Caroubier, jure par tous les saints qu'on ne peut comparer la période coloniale à l'indépendance. «Nous étions étrangers dans notre propre pays. Al Hamdoullilah nous sommes libres. Je suis fille de chahid et à chaque fois que je fais la prière je demande à Dieu de lui réserver une place au paradis.
C'est grâce aux sacrifices de nos aînés que nous circulons librement dans notre beau pays.» Les enfants de chouhada se rappellent surtout l'absence du père à la maison et les contraintes financières auxquelles étaient soumises leurs mères. «Nous étions 3 garçons et 4 filles qui vivions avec notre mère. Nous touchions une pension de 150,00 dinars par mois, alors que la bourse d'étudiant était de 320,00 dinars. Nous avons certes souffert, mais la souffrance est supportable sous le soleil de la liberté. Nous avons étudié et sommes des cadres aujourd'hui», dit Hocine L. un inspecteur de l'éducation à la retraite. La génération de plus de 50 ans estime que le soleil de la liberté leur a ouvert la voie de l'université, et du modernisme. Certains regrettent certains choix politiques, mais reconnaissent tout de même que leur vie est, de loin, moins pénible que celle de leurs parents.
B. A.
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