Un chanteur, un acteur de sketch et de cinéma émérite. C'est maintenant qu'il n'est plus de ce monde que nous cherchons à en savoir davantage sur sa vie d'artiste bien remplie en tant que compositeur de paroles, imitateur et acteur de film.
Il n'est passé par aucune école, mais il est devenu célèbre par ses nombreux talents et son savoir-faire. Il a été créateur de musique traditionnelle, chef d'orchestre, joueur excellent de mandoline. On a même dit de lui qu'il a été le fondateur de la chaîne kabyle. A son époque, elle n'aurait pas vu le jour s'il n'était pas là pour l'animer. Prédestiné à la chanson et à la radio Il paraît qu'avant d'être connu comme célébrité vocale et instrumentale, il a été garçon de restaurant à Larbâa Nath Irathen, une petite ville commerciale avec toutes les infrastructures nécessaires pour s'autosuffire. Il était très jeune et servait les clients en chantant, d'après des témoins disparus depuis plus de cinquante ans. Cheikh Nordine, qui aurait aujourd'hui 96 ans, est né en 1918 à Aguemoune, dernier village à traverser avant d'arriver à Larbâa Nath Irathen, en venant d'Azouza, village natal d'Abane Ramdane. «Et pour aller à Larbâa Nath Irathen par n'importe quel côté que l'on choisit, vous devez gravir une pente raide». Cheikh Nordine devait s'en souvenir pour s'y être rendu à pied et peut être quotidiennement au printemps de sa vie. En quittant Aguemoun et Larbâa Nath Irathen, Cheikh Nordine est venu à la radio mais après avoir fait un grand crochet par Cherchell où Mouloud Mammeri l'attendait pour le service militaire. Les Algériens à l'époque étaient enrôlés de force pour la préparation militaire et leur envoi au front contre les Allemands que les appelés algériens devaient combattre alors qu'ils n'étaient pas leurs ennemis. Que de nationaux sont tombés au front pendant les deux guerres mondiales sous prétexte qu'on était des colonisés. «Drôle de guerre», disait Mammeri. Cheikh Nordine nous a informés au début des années 1990 à Birmandreis où il habitait que Mammeri lui avait appris à Cherchell à se mettre au garde à vous. Pendant notre discussion, Cheikh Nordine improvisait des poèmes pour mieux dire ce qu'il avait à confier. Il nous a raconté son voyage en France avec Hassan El Hassani. Tous deux se chamaillaient de temps à autre, peut-être pour jouer la comédie et se mesurer. Une fois, les deux voulaient faire la prière et se demandaient où était la qebla. Vers 1947, il y eut l'ouverture de la radio kabyle au grand bonheur de tous les chanteurs et de leur figure de proue, Cheikh Nordine qui chantait les vieux airs du pays fondés sur une thématique d'actualité. Il était le contemporain de Cherifa, Slimane Azem, El Hasnaoui, Hanifa. De chef d'orchestre à chef de radio puis à la comédie Sans lui, la radio kabyle n'aurait pas existé ou n'aurait tardé à fermer. Mais l'art qui l'avait rendu célèbre, c'était le sketch. Cheikh Nordine était un grand imitateur, surtout de voix féminine, tous âge confondus. Il a joué le rôle de femme et admirablement avec Mohamed Hilmi. Pour celui qui ne l'a entendu qu'à la radio, jamais il n'aurait imaginé qu'un homme pouvait se mettre dans la peau d'une femme pour sa voix. Il s'était alors fait appeler khalti Adouda. On peut penser que Cheikh Nordine a fait partie des hommes de l'art et de la culture qui se retrouvaient au célèbre café Malakoff, à l'extrémité de la rue Bab El-Oued. Il y avait Hilmi, Bachtarzi, Touri, Mustapha Kateb et beaucoup d'autres qui éprouvaient du plaisir à se rencontrer pour des échanges toujours fructueux entre des hommes de cette trempe. Et si Cheikh Nordine était né pour la chanson, il avait aussi la vocation de comédien. On l'a vu dans les chefs-d''uvre cinématographiques algériens comme «Chronique des années de braise». On lui a fait jouer le rôle de forgeron dans un autre film, d'une beauté incomparable et dont on a du mal à retrouver le titre. On se souvient bien de Cheikh Nordine tenant à la main un gros marteau pour battre le fer sur l'enclume. Sa particularité était de ne pas beaucoup parler sans être taciturne. Son regard scrutateur avec des yeux légèrement bridés, suffisait pour faire comprendre ce à quoi il pensait et ce que chacun pouvait en tirer comme messages. Dans sa Kabylie natale, on a toujours été forgeron de père en fils, et Larbâa Nath Irathen était pleine de forgerons en tant que ville commerçante à ses débuts et de maréchaux ferrants devant répondre à une clientèle abondante, on s'y rendait de partout à dos d'ânes, de mulets pour la plupart, de 1875-1955 pour s'approvisionner en tout, surtout le jour du marché en plein air qui se tenait le mercredi qui a donné son nom à la ville. Mais la comédie de Cheikh Nordine a connu son plein épanouissement avec Slimane Azem avec qui il a formé un couple bien assorti. A eux deux, ils ont réalisé des duos à vous faire pleurer de rire, à la fois par la parole, la musique et la chanson. Ils jouaient pendant des heures, sans qu'ils aient eu besoin de bien préparer, tant ils étaient de nature comiques. La dramaturgie était dans leurs gènes. Au cours d'une rencontre près de chez lui, Cheikh Nordine nous a un peu raconté sur la vie de Da Slimane, nous ayant affirmé que c'est grâce à lui que ses chansons interdites d'écoute pendant des dizaines d'années ont été remises sur la Chaîne II. Une fois, à Saint Ouen, il avait retrouvé Da Slimane en pleurs tant il avait soif de retrouver son pays, son village natal, la maison ancestrale, la poussière de la place du village.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Boumediene Abed
Source : www.lnr-dz.com