El-Oued - A la une

Quelle purée !



Quelle purée !
En purée, frite, sautée, dans un bon ragoût, en «chtitha» de nos grands-mères ou accompagnant une belle dorade au four, la pomme de terre, cette étrangère, qui a moins de deux siècles de présence en Algérie, tout comme la tomate, est devenue le seul tubercule qui fait chavirer les ménagères. Mobiliser le gouvernement et faire l'objet de profondes et sérieuses analyses d'économétrie également. Jamais un produit agricole n'aura suscité autant l'intérêt du gouvernement que cette bonne vieille pomme de terre, même si la Désirée a été depuis longtemps mise sous l'éteignoir et détrônée par la belle et délicieuse Spunta, celle que les Algériens préfèrent le plus, très ‘'clean'', sans gadoue qui nous vient du sud-est du pays.C'est la variété produite à El-Oued, dont la production et la récolte tirent à leur fin. La période actuelle étant celle de soudure, dans le jargon des spécialistes et autres agronomes, la pomme de terre de saison doit arriver vers la mi-mai, ce qui motive, selon le gouvernement, une légère hausse des prix de ce tubercule, alors que la saison de la Spunta n'est pas encore terminée. La ménagère comme les pères de famille en retraite doivent composer avec des prix anormalement élevés pour la saison, jusqu'à 60 DA le kg, mais en général, la cote varie de 45 à 50 DA/kg, ce qui laisse une maigre marge de man?uvre pour le budget des ménages, avec la tomate dont le prix moyen ne descend pas des 75 DA/kg, ou les petits pois frais à plus de 150 dinars. Donc, pour soutenir les prix de l'aliment du pauvre, le gouvernement a décidé de déstocker 60.000 tonnes de pomme de terre sur les 125.000 constituées en juin 2015 pour empêcher les prix de s'envoler davantage. Et mettre sur le marché suffisamment de pomme de terre pour éviter la pénurie, mère de toutes les spéculations. Seulement, en tentant d'inonder le marché et répondre autant à la demande et freiner la spéculation et la surenchère d'un produit ailleurs considéré comme de seconde zone par les chefs, l'action du gouvernement, par le biais du ministère de l'Agriculture, met sur le marché généralement des produits de très mauvaise qualité, car ayant été trop longtemps entreposés dans des chambres froides. Et, au contact de l'air, le tubercule présente vraiment un aspect repoussant, avec un prix au kg tout aussi rebutant, à moins de 40 dinars. Ce qui, fatalement, fait jaser la ménagère devant des produits mal stockés, qui ont perdu leurs qualités gustatives et même leur aspect initial. La pomme de terre de déstockage est généralement boudée par les ménagères, et on la retrouve souvent au marché parallèle jusqu'à 40 DA/kg, alors que le prix de cession des agriculteurs qui ont participé à l'opération de stockage en juin dernier puis en septembre avait été de 27 DA/kg. La ménagère comme l'agriculteur sont donc les grandes victimes de la tension fabriquée sur la pomme de terre, l'aliment agricole le plus consommé en Algérie, où la production actuelle de presque 4 millions de tonnes ne suffit plus. Car elle reste le seul produit agricole qui nourrit les Algériens, aujourd'hui, alors que la sardine est à plus de 500 DA/kg, que la tomate et les viandes sont hors de prix et les produits de semoulerie et les pâtes sont une autre alternative nationale à la pénurie de pomme de terre que le ministère de l'Agriculture tente de prévenir via une annonce pas anodine de l'Office national interprofessionnel des légumes et viandes (ONILEV) du ‘'déstockage de 60.000 tonnes de pomme de terre afin de stabiliser le marché durant ce mois d'avril avant l'entrée de la récolte de saison en mai''. Les temps sont vraiment durs pour les amateurs comme pour les fervents adeptes en ces doux moments printaniers d'une bonne «chtitha sardine», qu'aucun chef dans le monde, aussi étoilé soit-il, ne peut mijoter mieux que nos grands-mères.


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