La décision du président de la République d'importer la pomme de terre pour casser les prix semble être abandonnée en raison de l'arrivée sur le marché des récoltes de la wilaya d'El Oued. En parallèle, le ministère de l'Agriculture vient d'en autoriser l'importation des semences sans en limiter les quantités parce que «c'est leur diminution qui a provoqué la folie de la mercuriale».Des spécialistes des questions agricoles qui ont marqué de leurs empreintes de nombreux programmes de développement du secteur constatent en effet, qu' «aujourd'hui, fin novembre, la production de la wilaya d'El Oued de pomme terre commence à arriver sur le marché pour, en principe, provoquer la diminution du prix de vente qui a atteint des niveaux jamais enregistrés par le passé». Toutefois, relèvent-ils, «les premiers producteurs à ramener la pomme de terre d'El Oued sur le marché essayeront de bénéficier des prix élevés, ils pourraient donc à cet effet ne pas ramener toute leur production».
D'autres retarderont, selon eux, leur récolte «en laissant le légume en terre pour continuer sur la lancée des premiers et profiter d'un niveau de prix élevé». Rompus à l'analyse des mouvements et des man?uvres au niveau des marchés de gros pour tout genre de spéculation agricole, nos interlocuteurs estiment que «ces comportements des agricultures d'El Oued qui veulent profiter des prix élevés pour vendre leur production sont tout à fait normaux mais dès que le marché est saturé, les prix vont systématiquement baisser». C'est ce qui montre aujourd'hui que la décision d'importer la pomme de terre prise par le président de la République dans un des Conseils des ministres du mois d'octobre «n'est plus d'actualité puisque l'objectif de faire baisser les prix va être atteint dans peu de temps». Ceci, même si «pour que ça soit effectif, il faudra patienter le temps du fait biologique pour que la filière retrouve ses équilibres et que tous les acteurs, y compris les consommateurs, trouvent leur compte».
«Diminution drastique de l'importation de semences, première cause de la flambée des prix de la pomme de terre»
Avant d'arriver à cette conclusion, les spécialistes des questions agricoles remontent «à l'origine de cette dérégulation de la filière de la pomme de terre» qui a provoqué les hausses vertigineuses des prix par rapport au pouvoir d'achat des citoyens «tout en sachant que le prix de ce légume sert de référence et de repère pour fixer ceux des autres produits maraîchers». Ils expliquent qu'«à l'origine, la diminution drastique des quantités de semences de pomme de terre devant être importées du fait que, fixées à 120.000 tonnes en moyenne annuelle, ces quantités ont été baissées par décision de l'Etat à, à peine 50.000 tonnes. «Ceux qui ont pris une telle décision ont pensé que les quantités et la qualité des semences localement produites suffiraient à assurer un approvisionnement régulier des producteurs», affirment nos sources. Et «comme ça n'a pas été le cas», le ministère vient, selon eux, de réagir «en autorisant l'importation des semences de la pomme de terre par les producteurs sans leur en fixer les quantités». Il est noté, selon des acteurs de la filière, que depuis le début de la deuxième décennie des années 2000, «la production de la pomme de terre se situe entre 5 et 6 millions de tonnes, alors qu'avant, elle ne dépassait pas les 2,5 millions». Ils expliquent qu'«en plus de la cherté des prix, la décision de réduire l'importation des semences a pénalisé tous les petits producteurs qui ne pouvaient pas les acquérir et ceux qui ont été affaiblis par la mévente de leur production de la campagne précédente en raison du manque de fluidité et de dynamisme dans le fonctionnement du SYRPALAC (système de régulation des produits agricoles de large consommation), de la faiblesse des crédits RFIG (crédits d'exploitation bonifiés accordés par le ministère de l'Agriculture pour deux ans), et bien sûr, de celle des assurances agricoles». Ils ajoutent à ces facteurs «la sécheresse qui a affecté plusieurs régions du pays même si la production de la pomme de terre est menée en général dans des zones irriguées» et précisent que «les niveaux de la production de cette année ne sont pas encore connus».
Les conséquences désastreuses de la faible production d'orge et du refus de son importation
Pour ce qui est de la cherté des céréales, «blé dur, blé tendre, orge et autres produits secondaires mais qui constituent une base essentielle de l'alimentation humaine et principale de celle animale», les spécialistes tiennent à rappeler, en premier, que «écologiquement et historiquement, l'Algérie est réputée pour ses productions de blé dur (semoules et pâtes) et d'orge (pour l'alimentation humaine et l'alimentation des ovins)». Ils notent particulièrement que «la culture du blé tendre (farine pour pain blanc et différents gâteaux), est relativement récente dans certaines régions favorables surtout dans les plaines du nord du pays (…)». Le maïs est, selon eux, «pour l'essentiel importé des pays d'Amérique, son essor suit la progression de la production avicole et en partie celle du lait». Et, ajoutent-ils, «ses productions fourragères et en grains sont cultivées dans le Grand Sud depuis une dizaine d'années seulement». Que s'est-il passé ces deux dernières années ' se demandent nos sources pour répondre que «particulièrement, la faible production d'orge et le refus d'en importer ont poussé des dizaines de milliers d'éleveurs à la recherche de l'alimentation pour leurs 25 millions d'ovins, de caprins, d'équins et de camelins». Et pour trouver cet aliment du bétail, disent nos interlocuteurs, «tous les moyens sont bons, on ne peut imaginer un éleveur accepter que ses animaux restent sans nourriture».
Du coup, «la demande a flambé sur le peu d'orge collecté, sur les issues de meuneries comme le son et sur le blé tendre». Leur acquisition est recherchée, affirment-ils, «à tous les niveaux possibles, directement au niveau des céréaliculteurs en faisant fi des coopératives de céréales pour l'orge et le blé tendre, au niveau des minoteries pour le son et aussi le blé tendre, même de la farine auprès de certaines boulangeries». Les conséquences ne se sont pas fait attendre. «Le quintal d'orge a atteint 5.500 DA au lieu des 1.500 DA fixés par les pouvoirs publics, celui du son se vend à 4.500 DA au lieu de 1.500…», constatent-ils. Dans ces conditions, regrettent-ils, «toute action de lutte contre le renchérissement des prix demeure inefficace et sans effet sur le terrain». Plus inquiétant encore pour l'avenir, soutiennent nos sources, «la situation réelle sur le terrain a dangereusement compromis les programmes de développement et d'amélioration des semences d'orge, de blé tendre et même de blé dur».
L'impérative reconstitution «du capital semences»
Nos interlocuteurs affirment ainsi, que «dans de telles conditions, l'OAIC n'a pas pu reconstituer ses stocks habituels». Ils estiment alors qu'«il est urgent de mettre fin à cette spirale en décidant que les quantités d'orge encore disponibles soient orientées vers la reconstitution du capital semences». Parce que, soutiennent-ils, «une fois ce capital perdu, il faudra plusieurs années pour le reconstituer». Pour éviter une telle catastrophe, «l'importation de l'orge de consommation et de blé fourrager en quantités suffisantes et soutenues pendant toute l'année devient non seulement indispensable mais stratégique pour sauver le capital semences national et notre richesse animale». Toujours au titre des recommandations, «pour sauver la situation», les spécialistes préconisent de «mettre fin au soutien au quintal d'orge vendu par l'OAIC et sa rétrocession au prix coûtant (réel) qui ne peut être inférieur aux prix appliqués actuellement sur le marché». Et «de décider en même temps que l'importation de l'orge de consommation et de blé fourrager doit être libre et autorisée par les pouvoirs publics -puisque la réglementation en vigueur le permet-, en plus de l'OAIC, pour les professionnels organisés en groupement».
Comme démarche «stratégique de développement sur la base des données existantes», l'Algérie doit, selon eux, «intensifier, développer et protéger ce que notre nature nous permet de produire et ce que nous savons faire, c'est-à-dire consacrer nos efforts et orienter l'essentiel de nos moyens en faveur de l'augmentation de la production de blé dur, de l'orge et de la viande ovine, tout en pensant viser l'excellence pour l'exportation». Il faut aussi, enchaînent-ils, «tenter de maîtriser et de limiter les importations de blé tendre et du maïs mais à condition d'engager, pour le moyen terme, des actions de substitution en agissant sur la nature des régimes alimentaires humains et d'animaux surtout avicoles et en anticipant sur les effets qui seront induits par le changement climatique et aussi par la demande des populations d'une alimentation saine et diversifiée».
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : R N
Source : www.lequotidien-oran.com