El-Oued - A la une

Procès du trafic de trois tonnes de kif



? L'ombre de Zendjabil
Manifestement, la justice algérienne n'a pas fini d'entendre parler d'Ahmed Zendjabil, alias Chelfaoui, l'un des plus célèbres trafiquants de drogue algériens. Lundi 16 avril, le tribunal criminel près la cour d'Oran a, en effet, examiné une affaire de trafic de plus de trois tonnes de résine de cannabis à laquelle ont été mêlés les noms du natif de Chlef et de son bras droit, Arabat Ziane Abdelkader, dit Pascal.
3,65 tonnes de kif à destination de la Libye
Pour comprendre les dessous de l'affaire, il faut remonter au 17 mai 2013 lorsqu'un habitant d'Aïn El-Turck se précipite vers le commissariat de police le plus proche pour faire part d'une étrange découverte dans la cour de sa maison: «Quelqu'un a lancé une caisse chez moi et lorsque j'en ai vérifié le contenu, j'ai trouvé qu'il s'agissait de drogue». Des éléments du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) se rendent sur les lieux pour constater la véracité des déclarations du citoyen effrayé. Selon le dossier de l'accusation qui atterrira plus tard devant la justice, les soupçons des agents du DRS se portent sur une maison mitoyenne. Une perquisition et une fouille leur permettent de découvrir plus de trois tonnes et demi de résine de cannabis dissimulées à l'intérieur d'une cachette aménagée dans un camion de marque Nissan; ils découvrent également des voitures légères également modifiées pour permettre le transport de produits stupéfiants. Des vérifications font apparaître que tous ces véhicules ont été volés, en Algérie comme au Maroc, et sont dotés de faux papiers. L'enquête diligentée à partir de là permet aux agents du DRS de mettre la main sur plusieurs suspects, dont un certain B. Abdellah qui se met rapidement à table et fournit de précieux renseignements sur le réseau de trafic de drogue. Il dira que l'organisation est spécialisée dans l'importation de la drogue depuis le Maroc pour être exportée vers la Libye. Il donnera également des noms: B. Ghaouti, habitant de Maghnia, qui s'occupe de faire entrer la drogue sur le territoire national; S. Zoheir Aïssa, qui se charge de faire passer à la marchandise la frontière algéro-libyenne; D. Djelloul, transporteur de drogue mais également falsificateur de documents (permis de conduire, cartes grises…); B. Nasreddine, qui fournit les planques, garde la drogue importée, et qui est en contact avec Zendjabil et Pascal.
Premières arrestations et premier procès
Les enquêteurs du DRS vérifient chaque information fournie par Abdellah: ils se rendent à Maghnia et découvrent effectivement un certain B. Ghaouti, sans emploi, mais qui possède une voiture allemande et montre des signes extérieurs de richesse. Lors de la perquisition de son domicile, ils mettent la main sur pas moins de 570 millions de centimes et 24.000 euros, considérés comme étant les revenus du trafic de drogue. Le suspect ne fait aucune difficulté pour avouer les faits qui lui sont reprochés et se propose même de conduire les enquêteurs à une cachette de la localité de Sidi Boudjenane où, assure-t-il, 80 kg de kif traité sont cachés. Une fois sur les lieux, il fait brutalement volte-face, refuse de désigner la cachette et menace de tuer un agent et de se donner la mort. Ce qui pousse les enquêteurs à lui entraver les mains, réduire ses mouvements au strict minimum et à le maintenir sous une étroite surveillance durant les neuf jours de l'enquête préliminaire. Enquête durant laquelle le DRS vérifie la véracité de l'ensemble des déclarations d'Abdellah: toutes les voitures qu'il a évoquées existent, de même que les personnes qu'il a désignées comme étant ses complices. Interrogé sur le sort de l'argent qu'il a pu brasser durant sept ans de trafic à grande échelle (2006-2013), Abdellah admet avoir acheté des terres à El-Oued, qu'il a enregistrées au nom de sa mère qui, ajoutera-t-il par ailleurs, garde chez elle un milliard de centimes.
Les enquêteurs ne retrouveront ni la dame ni l'argent qui se sont rapidement volatilisés.
A l'issue de l'enquête, quatre personnes sont arrêtées, d'importantes sommes d'argent récupérées et plusieurs voitures volées saisies; seuls B. Nasreddine et D. Djelloul réussiront à échapper aux radars de la police.
Jugés en février 2015 pour importation de produits stupéfiants, tentative d'exportation, possession et commercialisation de drogue, faux et usage de faux, les quatre accusés sont déclarés coupables des faits reprochés et condamnés à des peines allant de 20 ans de réclusion à la prison à perpétuité. Les fugitifs, eux, écopent de la perpétuité par contumace.
Le procès de fuyards
Moins de deux années plus tard, B. Nasreddine et D. Djelloul sont arrêtés et présentés à la justice pour répondre des faits qui leur sont reprochés, soit exactement les mêmes pour lesquels leurs présumés complices avaient été jugés trois ans plus tôt. Nasreddine, 56 ans, a été interpellé à l'aéroport où il s'apprêtait à embarquer pour le Maroc pour rejoindre son fils. Djelloul, 48 ans, est, lui, un habitué des établissements pénitentiaires. C'est tout naturellement en prison qu'il a été découvert. A la barre, Djelloul rejette toutes les charges. A chaque fait, à chaque date brandie par le président d'audience, l'accusé réplique: «J'étais en prison !». De fait, en raison de vols et de trafic de papiers de voitures, l'homme a visité un grand nombre de prisons algériennes ces dernières années: Berrouaghia, Skikda, Constantine… et Guelma d'où il a été transféré pour être jugé dans le cadre de la présente affaire: «Je n'étais donc pas en fuite, mais en prison», affirme-t-il.
Mis devant les déclarations de B. Abdellah affirmant que Djelloul est devenu le chauffeur chargé du transport de la drogue après le renvoi d'un certain Djamel, un peu trop porté sur la bouteille, l'accusé continue de nier: «Je ne connais pas ces gens-là et je n'ai jamais travaillé avec eux», soutiendra-t-il avec véhémence en tentant de présenter un dossier médical prouvant, selon lui, son incapacité de conduite au-delà d'une centaine de kilomètres. D'après les informations livrées par Abdellah, Djelloul touchait 60.000 DA pour chaque quintal transporté et il en aurait convoyé quelques centaines.
« Innocents »
Non moins véhément que son co-accusé, B. Nasreddine s'agrippera à son innocence: «Je n'ai jamais trempé dans ce trafic… je ne connais pas de Zendjabil… je n'ai pas fourni de planques et je n'ai pas gardé de drogue», lancera-t-il, admettant toutefois avoir connu B. Abdellah dans un cadre professionnel: «Je possédais une agence de promotion immobilière à Aïn El-Turck et il s'est adressé à moi pour lui trouver une maison. Je ne savais pas qu'il circulait avec une fausse identité et lorsque j'ai entendu dire que sa maison avait été cambriolée, je suis allé le voir et j'ai constaté qu'il avait disparu. J'en ai parlé à la police et il a sans doute cru que j'étais derrière son arrestation. C'est pour cela qu'il a cité mon nom, contrairement au reste des accusés», expliquera-t-il. Ce qui ne semble pas vraiment convaincre le président d'audience, d'autant que l'accusé a dissimulé une partie de la vérité sur ses antécédents judiciaires, lui qui avait déjà été condamné à trois reprises pour détention et commercialisation de drogue. Quant à son surnom Cheikh, que ses présumés complices utilisaient pour le désigner, il l'expliquera par le fait qu'il est devenu un raqi: «C'est pour cela que l'on m'appelle Cheikh Nasreddine, pas pour autre chose».
Deux témoins, cités dans cette affaire, témoigneront ne pas connaître les deux accusés. B. Sofiane d'abord -acquitté dans le cadre de ce dossier mais purgeant une peine de 20 ans de réclusion pour d'autres affaires de trafic de drogue- et B. Ghaouti, le Maghnaoui, condamné à 20 ans dans cette affaire, qui s'est exprimé par vidéoconférence à partir de la prison de Saïda.
Le parquet veut la perpétuité, la défense l'acquittement
Naturellement convaincu de la culpabilité des deux accusés, le représentant du ministère public requerra la prison à perpétuité, en axant son intervention sur les «déclarations vérifiées et confirmées par le DRS» de B. Abdellah mais aussi celles des autres accusés qui avaient cité les noms des deux accusés. Le magistrat ne manquera pas de souligner la proximité du «baron Cheikh», en référence à B. Nasreddine, avec le fameux Zendjabil. Pour le représentant du parquet, il ne fait aucun doute que Djelloul et Nasreddine ont fait partie du réseau de trafic de drogue entre le Maroc et la Libye et sont, par conséquent, coupables des faits qui leur sont reprochés.
Dans leurs plaidoiries, les avocats de B. Nasreddine rappelleront que les accusations formulées par un accusé doivent être appréhendées avec beaucoup de prudence et ne peuvent être prises en considération que si des éléments matériels les étayaient. Ils rappelleront également que les PV d'audition sont établis à titre d'information et que ce sont les dépositions devant le magistrat instructeur et les débats de l'audience qui forgent la conviction. Or, s'interrogeront-ils, hormis les déclarations du seul Abdellah, qu'est-ce qui relie leur client à ce dossier ' Rien: «Notre client avait été convoqué en tant que témoin jusqu'à ce que le magistrat s'aperçoive qu'il avait des antécédents judiciaires», déploreront-ils en demandant l'acquittement pour absence de preuves matérielles. De la même manière et en brandissant les mêmes arguments, l'avocate de D. Djelloul réclamera l'acquittement de son client.
Au retour des délibérations, le tribunal criminel n'en infligera pas moins la peine de 20 ans de réclusion criminelle pour les deux accusés en les avertissant qu'ils disposent de 10 jours pour introduire un recours devant le tribunal criminel d'appel.
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