
De l'enlèvement des entrepreneurs à celui des enfants et leur assassinat dans des conditions dramatiques pour des raisons non révélées au grand public. Le phénomène est nouveau mais a tout l'air de se frayer un chemin dans une société en proie à tous les déséquilibres. Pris de court, les services de police et les instances judiciaires ne trouvent pas les moyens de le combattre, Ni d'ailleurs le prévenir, principalement pour cause de non identification. Quel est ce phénomène' Quelle catégorie d'enfants est ciblée' Quels sont les auteurs de ces actes criminels ' Pas de réponses à ces questions, du moins dans l'immédiat. Ça reste un mystère et les défaillances multiples des différents corps devant intervenir en pareille situation ne font qu'aggraver encore les choses et susciter une grande peur chez les citoyens. Bien évidemment, les premiers à en avoir peur ce sont les parents. Ces derniers ne se sentent plus en sécurité dans leur cité, au marché, à la rue'mais aussi à l'école. Les parents ont peur pour leurs enfants scolarisés pour la simple raison que c'est là aussi où les auteurs du crime (kidnapping ou autre) repèrent leurs victimes. Dégoût des programmes et de la surcharge du travail, violence en milieu scolaire à l'intérieur et à l'extérieur des établissements, présence complice de la mafia de la drogue'et aujourd'hui, kidnappings et assassinats, bien des arguments pour conforter les enfants dans leur refus de poursuivre les études. Idir Achour, porte-parole du Conseil des lycées d'Algérie (CLA), plaide pour une étude urgente concernant ce phénomène, de façon à l'identifier, le comprendre et examiner les voies et moyens de l'arrêter. «S'agit-il d'actes isolés qui répondent à une logique de violence du fait que le pays vient de sortir de la décennie du terrorisme' Peut être que parmi les auteurs, il y a des enfants de terroristes qui ont déjà vu ces crimes perpétrés par leurs propres parents. Il faut une étude sérieuse de ce phénomène. Nous avons besoin de cas précis à étudier de près. C'est le travail des services de police et de la justice'C'est peut être aussi une maladie sociale. Aux concernés de nous dire quelle est donc cette maladie et quelle est son remède», demande notre interlocuteur. Interrogé sur le manque de sécurité autour des établissements scolaires, le représentant du CLA assure que la situation n'est pas aussi critique que certains le laissent croire et que cela diffère d'un établissement à un autre.
La présence policière autour de ces établissements n'est pas vraiment recommandée, à l'heure actuelle et, de toutes les façons, «je ne pense pas que la chose soit possible». Côté parents, il n'est pas possible, non plus, d'accompagner les enfants à l'école chaque matin et les récupérer chaque soir. Ceci faute de temps et de moyens.
Ce n'est pas donné à tous les parents d'avoir des horaires flexibles au travail et de disposer de véhicules pour se déplacer à leur guise. La meilleure solution, soutient le porte-parole du CLA est «de pouvoir assurer le transport scolaire pour tous les élèves». Et là, c'est un autre problème. Le transport scolaire n'est pas présent dans toutes les localités du pays et là où il est mis à la disposition des enfants, des défaillances sont constamment constatées en la matière : bus en panne, chauffeur absent, refus de faire tout l'itinéraire jusqu'à l'établissement. «Il nous dépose à près de 500 mètres de l'école. Il dit qu'il y a trop d'encombrement et que s'il fait toute la route, il risque de rater le deuxième voyage», rapporte une élève de CEM. Un exemple des plus banals parmi tant d'autres qui en rajoutent à la détresse des enfants. Une détresse qui est quotidienne, rapportent des enseignants qui, de leur côté, parlent de violence en milieu scolaire tout simplement. «Ce n'est pas seulement la violence qui vient de l'extérieur mais aussi celle à l'intérieur des établissements scolaires. Violence entre les élèves eux-mêmes et violence à l'encontre des enseignants.» «Nous dénonçons ces actes de violence mais nous les comprenons parfaitement», lance une enseignante du secondaire, dans la commune de Bab El Oued. Et celle-ci de justifier sa position: «Dans la majorité des cas, le milieu scolaire est désagréable. Il est triste. De 8h à 17h30, les élèves se sentent emprisonnés entre quatre murs. Il n'y a pas d'activités physiques et de loisirs pour contenir leur colère et mieux gérer leur énergie, positive ou négative. Ils sont en colère, frustrés.» La même enseignante affirme que «certains de ces élèves ont été maltraités au primaire. Ils ont même été tabassés. C'est pour cela qu'ils cherchent à se venger de n'importe quelle manière. Si ce n'est contre l'enseignant, c'est contre le camarade de classe ou autre élève d'une autre classe ou d'un autre établissement». Fait à relever, «les élèves voient en nous l'Etat. Nous sommes les représentants de l'Etat parce que nous enseignons un programme élaboré par l'Etat et selon un volume horaire fixé par ce même Etat. Refusant ce programme et les horaires de travail, ils s'attaquent à l'Etat à travers nous». Il y a aussi le fait que «nous ne savons pas dans quelles conditions vivent ces enfants. Les problèmes de chômage, de divorce, les menaces d'expulsion et autres, tout cela menace l'équilibre et le bien être de l'enfant». L'absence de psychologues dans les établissements scolaires est à déplorer parce qu'il ne s'agit pas seulement de défendre l'enfant lui-même mais de défendre d'autres enfants d'un éventuel danger pouvant émaner de lui, présentement ou à l'avenir. Un enfant qui cumule tant de colère et de frustration, à l'école et dans sa vie quotidienne, est tout désigné pour être un potentiel délinquant si c'est la seule voie qui s'offre à lui quand toutes les autres sont fermées.
K. M.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karima Mokrani
Source : www.latribune-online.com