
Condamner un médecin pour une erreur médicale, relève du...Le professeur Farid Chaoui poursuivi, il y a quelque temps, pour erreur médicale a finalement été totalement blanchi par la justice après un véritable calvaire qui a commencé par une convocation, l'audition puis les auditions devant un juge d'instruction qui aurait pu s'arrêter au non-lieu Non! Comme 90,99% de ses confrères, ce juge d'instruction a choisi le renvoi du professeur Chaoui devant la correctionnelle avec ses 40 ans d'exercice, de dévouement, de loyauté, de compétence. Le tribunal n'a d'autre issue que la relaxe. Au Ruisseau, le trio de magistrats était allé à la relaxe. Devant l'absence de cassation du parquet général surtout, le professeur était allé voir un autre Chaoui, Maître Abderrazak Chaoui qui traîne lui aussi une très longue et riche carrière au barreau de la capitale. Et ce sera le jeune et ambitieux jeune Mourad Belalta qui présidera l'audience de la dénonciation calomnieuse, fait prévu et puni par l'article 300 du Code pénal. L'inculpé était absent mardi dernier. La justice convoque et n'attend pas. Belalta décide donc d'entendre la victime. Une victime que va appuyer son avocat, lequel sera agréablement ménagé par le tribunal qui a compris la douleur de Farid dont le comportement sera repris in-texto par l'autre Chaoui, son conseil. Ce dernier plaidera avec le coeur et les tripes. Il dit: «M.le président, je vous prie de faire preuve de patience car ce qui est arrivé au professeur Chaoui ne doit plus se répéter. Il reçoit le défunt malade qu' il ausculte et soupçonne un mal que seul un examen approfondi peut mettre à jour. Et pour faire des économies au patient, il conseille aux proches de le faire hors de la clinique où ces examens sont onéreux. Le patient attendra le temps qu'il perde patience. Il quitte la clinique et se prend en charge en allant lui-même à l'hôpital où une opération est décidée, les examens ayant laissé apparaître effectivement un méchant cancer. Et le cancer ne pardonne pas!» a presque récité Maître Chaoui qui aurait voulu encore mieux développer mais, ne voulant pas gêner le tribunal, l'avocat allait faire vite en s'en prenant à ceux qui ne croient pas au Qadha ou Qadar, en la volonté d'Allah, qui rappelle qui veut et quand il veut. Il poursuit sur un ton triste, amer et plutôt catastrophé en direction de Belalta, franchement indulgent vis-à-vis du défenseur que regarde d'un oeil attentif Fouad Gherras, le représentant du ministère public: «Je vous assure M.le président que j'avais perdu beaucoup de salive et de temps pour convaincre la pseudo-victime qu'il ne fallait pas aller vers la honte, d'un honorable professeur qui n'a jamais eu affaire à la justice ni aux poursuites. En vain, le gamin s'est entêté à s'accrocher. Il voulait absolument éteindre le feu de la disparition de ce cher être qui avait en lui le mal en entrant dans le cabinet de mon client qui aurait pu - s'il avait su - le laisser gaspiller ses fonds pour arriver à la même fin.» Maître Chaoui avait, au passage, compris que le jeune juge avait été trop tolérant et donc prit la résolution d'abréger en concluant: «Si nous avons décidé de poursuivre l'ex-poursuivant, c'est pour demander 50 millions de centimes de dommage et intérêts pour le préjudice causé et offrir cette modique somme aux malades démunis qui se présenteront à la clinique où exerce le professeur Chaoui que je vous invite à observer la tête qu'il fait, du fait même qu'il se soit trouvé dans l'enceinte de cette juridiction!». L'avocat avait fini de «requérir», il venait de vider sa gibecière. Maître Kessali Nadia qui assistait au procès était très émue tant le récit de son aîné l'avait touchée. Belalta, lui, avait bu le calice jusqu'à la lie. Et peut-être que cela lui sera utile lors de sa mise en examen sous huitaine. Et c'est ainsi que prit fin ce procès qui a vu un professeur lavé de tout soupçon d'erreur médicale, poursuivre à son tour un citoyen qui a commis deux erreurs: ne pas croire en l'heure qui sonne et surtout ne pas avoir cru en la médecine. D'ailleurs, ce dossier nous rappelle d'autres: à Bab El Oued, Sihem, à Bouzaréah, à Béni Messous, à El Harrach où des médecins furent poursuivis comme à Koléa, le professeur Ould Abderahmane ou encore cette pauvre demoiselle à qui on a annoncé une catastrophe: celle d'avoir perdu l'organe vital qui va d'abord l'empêcher de dormir, d'aller au travail, d'éviter les fêtes, le plaisir d'y assister. Un véritable calvaire qui était victime d'une erreur médicale que seuls ses pairs pouvaient déceler.La pauvre dame ignorait que cette faute médicale allait lui faire perdre son moral certes, mais aussi son temps, son précieux temps, son amour du fiancé avec qui pourtant elle n'est jamais sortie. Elle est triste. Elle est même incapable de crier, de se révolter, de réclamer ses droits aux réparations. Elle se dit finie, achevée, tuée, assassinée. Oui assassinée sans préméditation, mais assassinée tout de même. Puis tout alla vite. C'est la plainte. C'est le parquet. C'est le cabinet de l'avocat. C'est la course effrénée vers les parents à rassurer. Ce sont les nombreuses visites médicales. L'avocat lui conseille même de s'adresser à un psychologue, juste de quoi bien se tenir en attendant que la justice se prononce. Et dans ce cas, la justice c'est Mourad Belalta, le jeune président de la section correctionnelle qui est chargé de trancher. En homme de droit, comment va-t-il s'y prendre' En magistrat, il détient le pouvoir. En juge du siège, il a les instruments à utiliser.Là aussi, le président saura aller vers la vérité en désignant des experts, seuls qualifiés pour juger un médecin. Le reste n'est que bavardage émanant de justiciables, ignorant tout du droit, du savoir, de la santé et autres connaissances acquises sur le banc de l'université. Mais que voulez-vous' De nos jours, l'obscurantisme semble encore avoir de beaux jours devant lui. Oui, surtout lorsqu'on entend une frange de la société s'écrier et crier à tue-tête: «A bas l'ordre» surtout dit en langue arabe: «Yaskout enidam!». C'est fou comme cri de guerre, car mon Dieu c'est quoi que ce cri' Place au...désordre' C'est terrible, M'enfin, c'est la vie pour quitter cette chronique sur la mort et l'erreur médicale.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdellatif TOUALBIA
Source : www.lexpressiondz.com