El-Oued - A la une

"Notre joie n'est pas complète"



Alger. El-Harrach. Il est 12h30. En face de la porte de la prison, des militants (une vingtaine environ) commencent à se regrouper. La nouvelle de la relaxe des cinq détenus porteurs du drapeau amazigh a vite circulé. Familles et amis commencent à arriver. La foule scande "Assa azekka, tamazight thella thella" (aujourd'hui et demain la culture amazighe demeurera éternelle). Selon les bruits qui courent, les détenus arrivent du tribunal de Bab El-Oued vers 14h30. "Je pense que leur relaxe prendra beaucoup de temps, vous savez comment ça se passe avec la bureaucratie algérienne !", commente un militant, la cinquantaine.Et pendant l'attente, les militants, familles et amis des détenus, commencent, à nouveau, à scander "Libérez Bouregâa", "Anwa wigui dh'Imazighen", et d'autres chants que Me Aouicha Bekhti, une des avocats volontaires dans l'affaire des détenus d'opinion, a commenté par : "Le poète tunisien Abu El Kacem Echebbi dit : 'idha chaâbou araada el hayat, fa la boudda an yastadjiba el qadar' (Si un jour, le peuple veut vivre, forcément, le destin lui obéit) et les Algériens ont dit : 'wa âaqadna an tahya el Djazaïer' (Car nous avons décidé que l'Algérie vivra)."
"Mohand est sorti !", crient les militants, alors qu'il est 14h, tout en s'empressant devant la porte de la prison pour l'accueillir et le porter en héros. Idir Ali, Karoun Hamza, Lekhel Kamel et Okbi Akli quittent les geôles d'El-Harrach juste après. L'émotion est à son comble, et tout le monde se salue en faisant le V de la victoire.
Une véritable marée humaine qui est à l'accueil, chante en ch'ur : "Djazaïer horra dimoqratia" (Algérie libre et démocratique). Interrogé, Ali Idir, qui se distingue par son maillot de l'équipe de la JS Kabylie et qui est le plus jeune des cinq libérés, a confié : "J'espère qu'on restera unis, on n'a pas appelé à la division en levant le drapeau amazigh, mais nous sommes sortis, Arabes et Amazighs, pour une seule cause, celle de construire l'Algérie, khawa khawa.
Je suis Amazigh et je le resterai jusqu'à ma mort." De son côté, Akbi Akli a révélé que sa "joie n'est pas complète, car nos amis sont toujours à l'intérieur avec Lakhdar Bouregâa, qui nous a soutenus malgré sa maladie", s'est-il désolé, ajoutant qu'il lui souhaitait un prompt rétablissement. Cette relaxe intervient 24 heures après que le tribunal de Sidi M'hamed a condamné des détenus pour le même chef d'inculpation.
À ce sujet, Me Fetta Sadat a souligné qu'"aujourd'hui, nous avons au moins confirmé que brandir l'emblème amazigh n'est pas un crime et que ce n'est pas considéré comme une atteinte à l'unité nationale". Elle a également tenu à préciser que "la lutte contre le système continuera jusqu'à ce qu'on recouvre notre souveraineté nationale, confisquée au lendemain de l'indépendance du pays".

Imène AMOKRANE
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)