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Mémoire vive, récit autobiographique de Rachid Benzema



Mémoire vive, récit autobiographique de Rachid Benzema
A un âge où on a besoin de chaleur parentale et d'une alimentation équilibrée pour s'épanouir, l'enfant héro a subi les pires frustrations et souffrances qui l'ont marqué à vie.En naissant, il a trouvé un univers de froideur et de précarité où chacun fait l'effort de survivre. Tous les malheureux se sont abattus sur lui : à 4 ans et demi il a perdu son père. Les plus proches de sa famille y compris son grand père et ses oncles se sont unis pour condamner sa maman qui refusait de se plier à la tradition selon laquelle elle devait accepter de se remarier sitôt devenue veuve. Elle avait tenu à rester aux côtés de son fils orphelin pour le protéger, l'aider à se développer psychologiquement et physiquement. Une enfance et une adolescence durement éprouvées Il voulait vivre pleinement les meilleures années de sa vie mais hélas ! un mur d'incompréhension s'est dressé devant lui comme une barrière infranchissable symbolisant tous les obstacles possibles et imaginables que l'enfant et sa mère doivent surmonter pour avoir le droit d'exister. A ses conditions de vie familiale s'est ajoutée l'oppression coloniale d qui enfonce la famille et toutes les familles d'Algérie dans la misère noire. L'univers de l'orphelin devrait de plus en plus dur. Les gens de ces années là iraient leur subsistance difficile, l'homme était privilégié pour sa force physique, son pouvoir de protection et de décision. Ce qui rendait difficile la désobéissance de la veuve. Celle-ci quitte le foyer pour vivre mieux, subvenir aux besoins de l'orphelin pour l'aider à devenir un homme en qui elle pouvait compter. Elle pouvait travailler la laine, la terre et gagner dignement. Nobles projets ! mais elle n'a pas tardé à déchanter. En all vivre ailleurs, un autre mariage s'imposait avec un vieillard de l'âge de son grand-père. De cette union naît un garçon, Madjid que le héro retrouve bien après une fois devenus tous les deux adultes. Le vieil homme appelé Da Saïd disparaît et la maman cherche un autre gîte, un peu plus loin. Mais la mère tombe gravement malade de la tuberculose. Cela se passe durant la Deuxième Guerre mondiale. Et en prévision de sa mort prochaine comme toutes les personnes qui mouraient en grand nombre du typhus et de la tuberculose, la veuve rendit son dernier souffle mais avant de disparaître, elle recommanda à son fils d'en informer sa grand-mère et d'aller vivre auprès de son grand père paternel. Sage recommandation ! Entrée en deuxième phase d'apprentissage de la vie Le retour à la maison paternelle fut pour quelques temps. On ne sait comment l'enfant s'en est libéré. On retrouve l'enfant à Alger, vêtu d'une gandoura usée en laine, pieds nus, à la Place des Martyrs, Bab El Oued, Belcourt. Son intégration auprès des enfants errants n'a pas été facile pour lui qui ne parlait que kabyle. Au fil du temps, après s'être fait rabrouer, insulter, traiter de bougnoule et de bicot, il finit par trouver un lieu de travail comme garçon bon à tout faire. Il ne connaissait pas un mot de français, langue du colonisateur français. Et un jour, toujours déguenillé, il rentre dans la ferme de Raphaelo. Les propriétaires au lieu de le chasser, le prennent en pitié en lui réservant un bon accueil. On voulut faire de lui un enfant de substitution ; la famille venait de perdre le sien du même âge. L'enfant adoptif s'était senti sur la voie du bonheur. On lui fait la toilette, on l'habille, on lui apprend à écrire et à parler le français, à la maison puis à l'école. Mais peu de temps après, on l'a humilié et s'il n'y avait pas ce raciste de la famille qui le traita de bougnoule, il se serait même marié avec une des filles de la maison. Aussi, quelle qu'ait été la générosité de la famille d'accueil, une voix des Raphaelo s'est élevée soudainement pour lui rappeler qu'il n'était qu'un bougnoule. Et sa réaction a été immédiate : il quitta la famille d'adoption en disant tout haut qu'il était fier de ses origines. A l'âge de la maturité, les engagements risqués Désormais, il est conscient de ses responsabilités et il les assume comme il se doit. Les lieux de travail en Algérie se trouvant éparpillés et ayant été aléatoires, ont obligé Rachid à se déplacer à l'est au centre et à l'ouest du pays. Dans les décennies qui ont précédé l'indépendance, il fallait chercher et aller souvent dans l'inconnu pour trouver un gagne pain. Le héro de ce récit a tenté toutes les aventures, y compris en allant chez les colons qui payaient mal et traitaient nos nationaux avec mépris. Que de propriétaires terriens il a cités, presque tous d'origine espagnole et qui vivaient comme des barons pour ne pas dire des seigneurs de l'ère féodale. Rachid s'est embarqué pour la France, il en avait l'âge, Marseille, Lyon, Saint Etienne, le nord de la France l'ont vu passer. Il a travaillé aux aciéries avec tous risques possibles pour les poumons et le corps. Pour se remettre des dangers des gaz, il s'est fait embaucher anti postal. Puis il y eut le service militaire, le mariage et la guerre de révolution pour la libération de ?Algérie. Comme tous les Algériens dignes de ce nom qui ont beaucoup apporté au combat libérateur, Rachid a inscrit son nom parmi d'autres engagés dans la lutte. Il a connu les emprisonnements, la torture qui lui ont rappelé sa lutte pour le travail chez les colons, les fonctionnaires coloniaux qui lui ont donné des coups de pied avec cette différence qu'il pouvait perdre la vie. En somme, le héro s'est construit sans repères en passant par de longues phases semées d'embûches : le travail pour vivre, le mariage pour avoir un équilibre psychologique et un itinéraire conforme aux normes et qui font de quelqu'un un personnage propre moralement et parfait à la fin de son long parcours. L'auteur a raconté en style simple mais changé de connotations qui auraient fait mille pages au lieu de 133 que comporte le récit porteur d'indicateurs de luttes acharnées pour la survie, de victoires périlleuses remportées par quelqu'un qui a triomphé avec gloire.


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