
Des centaines de médecins spécialistes sont affectés dans le Grand Sud pour assurer leur service civil. Les syndicats dénoncent les mauvaises conditions de travail et de vie.«On espérait qu'il y ait une annulation du service civil après avoir adressé un rapport sur l'avant-projet de loi de santé, dans lequel nous avions réaffirmé notre refus de la loi 84-10 concernant le service civil», déclare le docteur Amin Mazit, secrétaire général du syndicat des médecins résidents. L'organisation syndicale avait également rejeté le nouvel article 292 du projet de loi : «Les praticiens médicaux sont astreints à une durée d'exercice de trois ans avant de présenter toute demande de démission ou mutation». «La loi est injuste et pénalise les médecins.Ce projet de loi n'a rien apporté», dénonce-t-il. Près de 2400 médecins spécialistes seront affectés, avril courant, dans les wilayas du Sud, une décision annoncée par Abdelmalek Boudiaf, ministre de la Santé. Cette déclaration est contestée dans le milieu médical, qui n'arrive pas à s'organiser en mouvement afin de dénoncer les conditions de vie dans les wilayas du Grand-Sud.Chaque année, l'Etat procède à l'affectation de praticiens spécialistes dans les wilayas du Sud. «L'Etat promet des logements de fonction, un salaire conséquent et de meilleures conditions de travail, déclare un cadre du ministère de la Santé, et d'ajouter : «L'Etat n'est pas sur place et n'est pas habilité à faire le suivi. C'est au wali d'inspecter et de résoudre les problèmes liés aux conditions de vie et de pratique de la médecine.»POLITIQUE BOITEUSESelon Amin Mazit, il n'est pas normal d'envoyer des médecins spécialistes dans des régions isolées sans leur assurer au préalable le minimum. C'est-à-dire «mettre à la disposition des médecins un plateau technique adéquat. Il faut des conditions optimales pour prodiguer des soins aux malades et cesser de les orienter vers les villes du Nord.On ne veut plus de cette politique boiteuse qui favorise la médiocrité», lâche-t-il. Si les médecins spécialistes ne sont pas contre le fait de s'installer dans le Sud, certains trouvent incohérent qu'on leur impose une telle décision, alors ils optent pour un recours. «Il y a quelques années, j'ai été affecté en tant que chirurgien dans un hôpital du Sud. Je ne voulais pas y aller pour la simple raison que je ne me voyais pas débuter ma carrière dans une prison à ciel ouvert, raconte Nabil Amokran, chirurgien.Le logement de fonction qui m'attendait était insalubre et très mal fait, je ne me voyais pas tenir plus d'un mois. J'ai dû, avec l'aide de mes parents, louer une chambre dans un hôtel pendant un mois ! Mon père est intervenu auprès de ses amis pour que je revienne vers le Nord. Tous mes confrères n'ont pas eu cette chance», avoue-t-il.D'autres médecins décrient le fait que des sociétés nationales ou multinationales soient installées dans des bases de vie avec les meilleures commodités. «Vivre dans un cocon et aller travailler dans un centre hospitalier miteux ne me dérangerait pas .Je veux être auprès de ma famille en permanence. Dans le Sud, le réseau téléphonique est désastreux, je ne veux même pas parler pour internet», explique Nacéra, une jeune spécialiste qui compte sur une cons?ur pour lui donner du courage. «J'ai déjà sillonné le Sud avec des caravanes médicales dans le cadre un travail associatif. Les populations, surtout nomades, dépendent vraiment de nous.Cependant, je n'ose pas imaginer vivre sous 45 degrés en permanence !» Il faut savoir que les médecins spécialistes femmes ayant des enfants en bas âge ne seront pas concernées par cette mesure.FAMILLESPour Lyes Mrabet, porte-parole du Syndicat autonome des praticiens de la santé publique (SNPSP), envoyer des médecins sans expérience dans des régions enclavées ne va pas les encourager. «Partir en solo, sans expérience et non pas en équipe constituée sera difficile. En plus des conditions défavorables, il n'est pas sûr de trouver où se loger. Par le passé, on a déjà eu le cas de médecins qui ont dû occuper des chambres d'hôpitaux. La solution pour ce problème se trouve dans le développement territorial de ces régions.» Il rappelle également qu'une commission a été installée au niveau du ministère de la Santé.Cette dernière est «très contestée pour l'incompréhension des critères sur lesquels les sélections sont faites. Par exemple, les couples médecins ont longtemps souffert ; vu que le ministère n'a pas pris en considération ces unions, plusieurs familles se sont retrouvées dispersées à travers le pays.» Même si Lyes Mrabet souligne que les salaires connaîtront des majorations selon les régions, qui peuvent atteindre 80% du salaire de base. «Ces dernières restent insuffisantes. Contrairement aux employés dans les hydrocarbures par exemple qui sont bien payés».CONDITIONSSouvent, les wilayas concernées par ces affectations sont Adrar, Laghouat, Biskra, Béchar, Tamanrasset, Ouargla, Illizi, Tindouf, Ghardaïa, In Salah et El Oued. «Ce n'est pas par arrogance que je refuserai d'aller dans le Sud. Un médecin est appelé à soigner toute la population dans toutes les régions de l'Algérie. Ce qui me sidère, c'est le fait qu'on impose aux médecins des régions sans les consulter.Je préfère aller en France galérer quelque temps et avoir un bon travail par la suite, que d'aller perdre mon temps dans l'enfer du Sahara et revenir à Alger !» s'insurge Mourad Blidi, étudiant en médecine. «L'année prochaine, je ferai toutes les démarches pour quitter le secteur, ma décision est sans appel. Nos politiques nous encouragent à partir, puis nous méprisent avec des lois absurdes et enfin nous cassent dans les médias. J'ai choisi la médecine par passion et non pas parce que cela apporte un certain prestige.» La majorité des médecins affectés dans le Sud sont inquiets et se demandent dans quel état seront les centres hospitaliers.Alors, comment le ministère compte-t-il les rassurer ' Selon Slim Belkacem, chargé de communication au ministère de la Santé, «les médecins spécialistes ne seront affectés que dans des hôpitaux qui disposent de conditions techniques pour exercer leur spécialité. Un médecin spécialiste, qui vient de finir ses études, touche un salaire de base de 135 000 DA lorsqu'il travaille dans les wilayas du Grand-Sud.» Et assure que pour le moment «il n'y a pas eu de refus».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Faten Hayed
Source : www.elwatan.com