Par Boubakeur Hamidechi
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… Encore heureux que le gouvernement ait, pour une fois, pris la peine de commémorer la date de la plus horrible calamité naturelle que l'Algérie connut depuis 1962. Cependant, dix ans après le déluge qui avait quasiment englouti Bab-El-Oued, le ministre de l'Intérieur, en mission protocolaire, se contenta d'une hâtive cérémonie compassionnelle au pied d'une stèle sans qu'il fût question pour son département d'organiser un colloque d'experts ayant pour but de donner des pistes à l'Etat sur la manière de préserver les tissus urbains face à de semblables impondérables.
Rien de cela ne fut programmé hormis une opération de communication dont il laissera d'ailleurs le soin à la télévision de rendre compte. Comme à son habitude, cette dernière fera des sujets qui se voulurent édifiants sur la résurrection d'un quartier qui aurait retrouvé toute la splendeur et la gouaille des jours d'avant le 10 novembre. Sauf qu'au détour d'un reportage, relatif aux nouveaux aménagements des infrastructures, celui-là nous apprend bien involontairement ! qu'après tant d'années, les nouveaux collecteurs d'eaux ne sont pas encore opérationnels. Ainsi, par un effet de boomerang, les images d'un chantier où des ouvriers étaient filmés à la tâche dans une immense machinerie, au lieu de mettre en exergue les satisfecit officiels, ont-elles fini par suggérer le contraire. En somme le démentir. Car enfin, 3 650 jours après le drame, Bab-El-Oued en est toujours au stade du rééquipement et cela est passé sous silence ! Et c'est bien là une preuve accablante de l'inefficience de l'intendance de l'Etat qui a toujours eu cette aptitude à justifier les retards dans d'autres projets (le métro pour ne citer que celui-ci) par des contraintes financières. Pourtant, il en allait autrement s'agissant des ouvrages programmés dans le cadre du drame de 2001. L'Etat avait, en effet, réglementairement la latitude de les financer sur des fonds spéciaux hors de tout arbitrage budgétaire. Alors que s'est-il passé et comment expliquer de si périlleux retards pour la population sinon par la gangrène de l'incompétence qui ronge les sphères de la décision. Voire la main dissimulée de la corruption qui prend sa dîme partout où cela lui est possible. Autant dire ce qui était calamiteux dans ce cas-là ce n'était pas tant les colères du ciel et les vengeances de la nature mais bel et bien l'imprévoyance des gestionnaires de l'Etat et la capacité des réseaux d'affaires qui sont de connivence. Le recul est désormais suffisant pour constater que dans sa pratique l'Etat n'a pas évolué positivement depuis. Sur la question de la maîtrise des tissus urbains aussi bien que sur des sujets peu ragoûtants il est demeuré incapable d'élaborer une grande politique de la ville ni une charte éthique qui pouvait mettre à l'abri de l'anarchie maffieuse les grandes cités du pays. Un grand malheur semblable à celui de Bab-El-Oued est toujours possible à Oran, Annaba et même Constantine. Car ne sont pas les aléas de la météo qui seuls seraient chaque fois en cause mais la capacité des équipements urbains à leur résister. Hélas, il ne semble pas que cela soit le cas pour la plupart des mégapoles du pays qui s'agrandissent dans tous les sens. Tous les walis d'Algérie ont en fait et continuent à faire l'amère expérience des cités dortoirs à construire ; lesquels piétinent allégrement les plans d'urbanisme de base et de surcroît créent de la surpopulation dans un environnement peu ou pas du tout sécurisé contre les écoulements d'eaux. Voilà pourquoi les villes de ce pays offrent le spectacle grandiose d'un vaste bourbier à la moindre tempête. Et El Djazaïr, capitale du chaos urbain, ne fut-elle pas le douloureux archétype ' Se souvient-on qu'il a fallu moins de 24 heures d'une lessive automnale pour qu'une «poétique» ondée, un peu plus forte qu'à l'accoutumé, se transforma en «attentat du ciel». Ce jour-là, El Djazaïr tomba en ruine, sombra corps et âme et offrit l'horrifiant spectacle d'un pays tout entier qui s'écroule. Mieux que tous les procès d'intention faits aux dirigeants successifs de ce pays, l'on doit à l'eau et à la gadoue, qui recouvrirent la capitale, le témoignage objectif de la gabegie. Les Algériens se firent alors une idée précise de la précarité dans laquelle ils vivent et s'aperçurent de l'insoutenable collusion d'intérêts à l'origine de cette clochardisation des villes. En clair, lorsqu'une catastrophe naturelle occasionne un millier de morts en quelques heures, elle ne peut plus être expliquée pour ce qu'elle est. La gravité de son impact produit des significations autrement politiques. Celles qui soulignent en noir l'impéritie de l'Etat. Or, que reste-t-il de la leçon ancienne délivrée par un Bab-El-Oued meurtri ' Rien sinon l'écume des expertises mensongères de ceux qui falsifient la réalité.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : B H
Source : www.lesoirdalgerie.com