El-Oued - A la une

Les raisons d'une flambée



La lancinante et ininterrompue hausse du prix de la pomme de terre, qui a atteint 120 DA le kilo sur le marché national, devient une sérieuse problématique pour le gouvernement.Force est de constater que l'Exécutif a montré son incapacité à résoudre ce problème de manière définitive. Les différentes stratégies, les multiples dispositifs et autres mécanismes mis en place par les ministres qui se sont succédé au département du Commerce pour résorber les tensions constatées sur ce produit agricole, se sont avérés inefficients. Ni le système de régulation Syrpalac ni les opérations de contrôle et, encore moins, les mesures incitatives réservées aux acteurs de la filière n'ont pu ramener les tarifs du tubercule à des niveaux accessibles aux petites bourses. Contacté pour plus d'éclairage, Kamel, mandataire au marché de gros de fruits et légumes des Eucalyptus, estime que la hausse obéit à la règle de l'offre et de la demande sur le marché. Plus explicite, notre interlocuteur avoue qu'il y a un manque de production.
"Les agriculteurs n'ont pas produit les quantités suffisantes pour répondre à la demande exprimée", argue-t-il. Et de lancer : "J'avoue que les sanctions allant jusqu' à l'emprisonnement décidées par le ministère a dissuadé les fellahs d'investir dans la pomme de terre." Il faut attendre l'apport des wilayas de Mostaganem et d'El-Oued, pour un approvisionnement plus au moins suffisant du marché. "Actuellement, seule celle du littoral est commercialisée et vendue en gros à 75 DA", affirme Kamel. L'autre problématique soulevée par ce mandataire a trait au marché parallèle alimenté par l'absence de bulletins d'achat. Ce document n'est délivré que par les grossistes du marché des Eucalyptus. Cette pratique réglementaire n'est pas appliquée dans les marchés de gros de Boufarik, de Hatatba, de Khemis El-Khechna, de Mostaganem, de Bordj Bou-Arréridj, de Chelghoum-Laïd, de Constantine... Le non-affichage des prix par les grossistes et la non-facturation dans la majorité des marchés laissent indubitablement le champ libre à la spéculation exercée par ces commerçants et les intermédiaires.
En cas de contrôle par les services de sécurité ou les agents du commerce, le revendeur qui a acheté sa marchandise dans les espaces informels improvisés aux alentours des marchés de gros, dira : "J'ai acheté la marchandise au marché de Rovigo où le bulletin d'achat n'est pas délivré."
Marchés informels
Par conséquent, il est difficile pour les contrôleurs de vérifier les prix d'achat et de revente de ces marchands indélicats. Ces derniers fixent les prix qu'ils souhaitent, profitant ainsi d'une marge bénéficiaire qui peut aller jusqu'à 100%. "Si on arrive à éradiquer tous ces marchés informels, implantés à proximité des marchés, les prix se stabiliseront davantage", souligne notre source. Kamel soutient mordicus qu'il est quasi impossible d'établir une traçabilité de ce produit. "C'est l'anarchie totale dans ce créneau d'activité", déplore-t-il.
D'autres observateurs avancent comme explication la décision de stockage, prise par le ministère du Commerce, en prévision du mois de Ramadhan. Ce qui a engendré une pénurie sur le marché. L'on doit tenir compte également du fait que la culture de la pomme de terre connaît annuellement deux périodes dites d'intersaison, où la production est faible ou nulle à cause de la fin de la campagne de récolte.
Ces périodes s'étalent de fin mars à fin avril et de la fin octobre à la fin novembre. L'autre argument avancé concerne la contreperformance de la wilaya d'El-Oued qui, d'habitude assure 60% des besoins nationaux. L'apport de cette wilaya du Sud est attendu toutefois pour ces jours-ci. Il faut noter que l'Algérie est classée parmi les plus gros consommateurs de pommes de terre dans le monde.
La quantité consommée par l'Algérien est de 111kg/an, soit trois fois la moyenne mondiale, estimée à 31 kg. C'est dire la forte demande exprimée pour ce produit par les consommateurs, causant souvent une baisse considérable de l'offre sur le marché, ce qui fait augmenter son prix.

B. K.
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