El-Oued - A la une

Les gangs s'installent dans le quotidien des nouvelles cités



Les gangs s'installent dans le quotidien des nouvelles cités
Depuis des années, la rue n'a jamais fait que des heureux.La rue est semblable au casino, toutes les tentations sont à disposition. Il suffit de tendre le bras pour se procurer de la drogue ou des armes blanches ou tout autre objet illégal. Aujourd'hui, la nouvelle tendance semble tout droit venir des ghettos américains style South Side à Chicago, ou Ingelwood en Californie, avec les fameux gangs qui font trembler ces villes. Aujourd'hui, dans notre capitale, il semble y avoir une tendance vers ce nouveau style de vie.Et c'est dans les nouvelles cités que ce phénomène prend ses racines, même si toutefois dans les quartiers dits populaires la même situation se démarque. Nous avons appris que ce qui motive ces gangs qui s'acharnent a avoir sous leur emprise toute une cité, ce n'est pas seulement de prouver leur force, mais de prendre le contrôle du trafic de drogue qui rapporte des centaines de milliers de dinars pour ces personnes qui ne désirent que l'argent et le pouvoir. A présent, dans ces nouvelles cités qui accueillent parfois jusqu'à 2000 habitants, le trafic de drogue est le moyen le plus facile de gagner de l'argent. Et pour avoir une emprise sur le marché, certains groupes ou gangs n'hésitent pas à se battre en utilisant des sabres, des couteaux à cran d'arrêt et des armes en forme de fusées connues sous le nom de Signal.Durant une conférence de presse animée par l'Association de protection des mineurs et de l'insertion sociale, plusieurs personnalités sont intervenues pour répondre aux questions qui fâchent. Selon le président de l'Association, Sid Ali Labadi, les nouvelles guerres qui se déclarent dans ces cités font de nombreuses victimes et les premières sont les mineurs, qui sont la cible de choix de ces trafiquants en tout genre. «Ils profitent de leur esprit jeune et innocent, leur proposant d'être une figure, voire un grand frère. En contrepartie, ces enfants doivent vendre de la drogue», nous apprend-il.Notre interlocuteur revient aussi sur le profil psychologique de ces jeunes : «Ce sont des enfants issus de milieux défavorisés, avec parfois des parents divorcés, de ce fait ils se retrouvent dès leur plus jeune confrontés à la dure réalité du monde de la rue et enroulés dans une spirale infernale.» L'imam Hadjimi a également été invité à cette rencontre et les paroles qu'il a prononcées ont particulièrement attiré l'attention de l'assistance.D'après lui, pour régler ces problèmes, l'intervention d'hommes de religion est plus adéquate que toute autre intervention. Ce dernier argumente en affirmant qu'un homme de religion a passé toute sa vie à s'instruire. «Il existe chez les musulmans un esprit fratricide et dès lors qu'un homme de foi parle, le délinquant comme le sage lui prêtent attention, mais cela reste un travail très dur», nous a-t-il appris. Ces mineurs absorbés par cette spirale dite infernale sont, selon Mohammed Hannaïzi, victimes de plusieurs problèmes. Notre interlocuteur nous a confié que les problèmes familiaux, la déscolarisation précoce et la maltraitance sont quelques uns des facteurs qui font que ces enfants sont des cibles de choix. «Ils sont faciles à avoir et ce sont les barons de la drogue qui les attirent et créent chez eux cette envie d'avoir de l'argent sur soi afin d'être des pseudo hommes», s'indigne notre interlocuteur.Durant la conférence de presse organisée par l'Association dans la commune de Bab El Oued, des intervenants ont pris la parole, dont Mme Fassi Fatima, sociologue, qui a rappelé que nos esprits sont encore tourmentés par la décennie noire : «La guerre des gangs d'aujourd'hui est causée par la décennie noire qui a fertilisé la violence, mais ce n'est pas tout.» La sociologue mentionne aussi que certaines commodités de base dans ces cités dortoirs pourraient aider à améliorer le quotidien : «Il faudrait plus d'espaces verts, d'aires de jeux, de terrains de sport, d'activités ludiques et extra-scolaires. Ceci permettra d'aider ces enfants non pas à rester sur le droit chemin, mais au moins à éviter certaines dérives et certaines personnes malfaisantes.»Nous avons aussi eu l'occasion de rencontrer un jeune, encore mineur, mais qui a connu l'enfer carcéral. Ce dernier ne mâche pas ces mots. Notre interlocuteur a préféré garder l'anonymat pour sa sécurité et ce qu'il raconte démontre clairement que la drogue a gangrené les jeunes ; les gangs en font une affaire personnelle, car ce trafic draine «un argent fou», selon ce jeune homme. Ce dernier raconte : «La rue est très dure. Après avoir quitté la prison pour mineurs, je suis retourné dans mon quartier. A ce moment-là, on est abordés par la clique et celui qui s'est autoproclamé le boss de la cité.On te félicite pour avoir tenu bon en prison, on te souhaite du courage. Ensuite on t'offre un joint puis deux puis trois, à ce moment on devient très vite accro, cet état d'euphorie qui fait oublier les problèmes devient très vite une forme d'addiction et l'ami se transforme en dealer.» Ce garçon fait état d'enfants de 13 ans à peine qui vendent du shit, des comprimés, de la cocaïne et autres substances. Un véritable commerce s'organise dans ces cités et la guerre des gangs s'annonce des plus intenses avec cet argent qui fait frémir les jeunes. La gendarmerie a consolidé ses forces dans ces nouvelles cités avec de nombreuses unités, mais arrivera-t-elle à contenir cette masse ' Seul l'avenir le dira.
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