
Suite aux dramatiques inondations de Bab El Oued et au séisme de Boumerdes en 2003, l'Algérie a rendu obligatoire la souscription d'une police d'assurance contre les catastrophes naturelles définies par loi comme les tremblements de terre, les inondations et coulées de boue, les tempêtes et vents violents et, enfin, les mouvements de terrain. Conformément à l'article 1 de l'ordonnance 03/12 du 26 août 2003, cette obligation pèse sur «tout propriétaire, personne physique ou morale, d'un bien immobilier construit et situé en Algérie» ainsi que sur «toute personne physique ou morale exerçant une activité industrielle et/ou commerciale». Plus de sept ans après, même si l'infrastructure du marché de l'assurance catastrophe naturelle existe et les canaux de distribution sont nombreux et diversifiés, le nombre de contrats d'assurance contre les catastrophes naturelles (Cat-Nat) vendus annuellement aux propriétaires immobiliers et opérateurs commerciaux et industriels reste bien en deçà des attentes. Celles-ci se situent raisonnablement à un niveau au moins égal à la moitié des biens et risques assurables.C'est le constat qui s'est dégagé lors du séminaire-bilan organisé, jeudi dernier à Alger, par la Compagnie centrale des assurances (CCR). Cette rencontre, qui a coïncidé avec le 10ème anniversaire des inondations de Bab El Oued, a permis aux professionnels et experts d'entrevoir les conditions d'évolution de l'assurance Cat-Nat en Algérie en termes de politique publique, d'organisation de marché, de marketing et de conditions contractuelles. Les experts ayant participé à cette rencontre soutiennent également que le développement en termes de canaux de distribution et de garanties financières ne s'est pas pour autant traduit par des ventes importantes de contrats d'assurance.«8% des installations industrielles et commerciales et 4% des habitations (287 000 habitations) sont assurées contre les catastrophes naturelles, des taux de souscription en deçà des attentes», selon les chiffres fournis par les experts. Ces derniers ajoutent que «les contrats doivent raisonnablement couvrir au moins 50% des biens et risques assurables». Le nombre de contrats Cat-Nat conclus annuellement reste «bien inférieur aux taux requis». «Ces contrats doivent raisonnablement couvrir au moins 50% des biens et risques assurables», plaident-ils.D'autres spécialistes indiquent que, six ans après sa mise en place, le système algérien de l'assurance Cat-Nat doit être évalué en vue d'y apporter des correctifs réglementaires en mesure de doper ce segment d'assurance. Kamel Marami, directeur de l'assurance au ministère des Finances, souligne à ce propos que si les primes collectées dans cette branche d'assurance ont évolué positivement à 1,2 milliard de dinars en 2010, contre 1 milliard de dinars en 2009, le marché de cette assurance «est encore en phase d'évolution». Pour M. Marami, le système d'assurance Cat-Nat, qui existe depuis 2004, ne peut être testé qu'en cas de grands sinistres. Les inondations survenues après cette date à Ghardaïa en 2008 et à El Bayadh en 2011 étaient des sinistres d'envergure moyenne qui ne peuvent cependant indiquer l'efficacité de ce système, explique-t-il.
S. B.
Avis des professionnels de l'assurance
Hadj Mohamed Seba, P-DG de la Compagnie centrale des assurances (CCR) :
«C'est une police d'assurance qui progresse. Nous essayons de progresser davantage, car nous somme à des taux de pénétration du marché qui ne sont pas très forts, mais les compagnies d'assurance et la CCR sont résolument tournées vers l'expansion de la commercialisation de ce type d'assurance à travers toutes les régions du pays. Notre objectif actuellement est de travailler davantage à ce que de plus en plus d'assurable soient conscients de l'importance de cette assurance pour leur bien personnel et pour la collectivité. C'est une tâche continue des compagnies d'assurance qui se tient au quotidien. Même si elle est au niveau de la loi obligatoire, les compagnies d'assurance essayent d'inculquer aux Algériens ce type d'assurance».
M. Tahar Bala, DG de l'Algérienne des assurances (2a) :
«L'assurance contre les catastrophes naturelles ne figure pas dans les autres contrats d'assurance. Maintenant à la faveur de la loi qui a rendu obligatoire ce type d'assurance, tout le monde peut s'assurer. Mais malheureusement, cette police d'assurance ne connaît pas l'engouement attendu, même si on a vécu des catastrophes naturelles. Je pense que les gens ne sont pas suffisamment sensibilisés et peut-être que les assureurs ont utilisé une méthode qui n'est pas en mesure de porter une information afin de bien sensibiliser les gens, pour qu'ils se sentent concernés, même contraints. Au niveau de la 2a, nous la proposons comme un produit adossé aux contrats que nous vendons. Quand nous démarchons quelqu'un, nous lui proposons de lui vendre une Cat-Nat. Il y a ceux qui répondent favorablement, et ceux qui reportent à une autre échéance. Mais il faut être agressif en termes de commercialisation, communication et marketing pour convaincre les citoyens, d'autant que tout le monde est concerné. La nature n'épargne personne».
Les pertes engendrées par les catastrophes naturelles
Le tremblement de terre qui a frappé la région d'El Asnam (aujourd'hui Chlef) en 1980 a occasionné des pertes économiques de 2 milliards de dollars, celui de Mascara survenu en 1994 a causé 50 millions de dollars de dégâts matériels sans compter les pertes humaines. Selon les chiffres de la CCR, les inondations de Bab El Oued à Alger de 2001 ont coûté 544 millions de dinars, alors que celles de Ghardaïa en 2008 se sont chiffrées à 250 millions d'euros et récemment celles d'El Bayadh à 6 milliards de dinars. Le tremblement de terre de Boumerdes en 2003 reste à ce propos la plus importante catastrophe naturelle en termes de pertes matérielles avec 5 milliards de dollars de dégâts recensés.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salah Benreguia
Source : www.latribune-online.com