Par Ziad Abdelhadi
C'est un sérieux test qui s'annonce pour le Système de régulation des produits de large régulation (Syrpalac). Ce dispositif, qui a été mis en place pour la première fois en 2008 avec pour objectif de préserver les revenus des producteurs de pomme de terre et de stabiliser les prix à la consommation du tubercule - le Syrpalac sera élargi par la suite à d'autres produits-, va devoir en effet gérer une
surproduction de ce légume de saison. En clair, il s'agira de stocker sous froid le surplus, ce qui n'est pas évident compte tenu des capacités réelles de stockage relevant du secteur privé et public insuffisantes par rapport aux volumes destinés à l'emmagasinement. Cette situation suscite les appréhensions des producteurs, car ils craignent de se retrouver avec un surplus de production dont ils ne sauraient quoi faire pour cause de non disponibilité de chambres froides. Ce dont, d'ailleurs, nous ont fait part des membres du Conseil interprofessionnel de la pomme de terre (Cipt) que nous avons pu joindre par téléphone. D'après leurs explications, leur inquiétude est tout à fait légitime. Le problème se pose déjà «notamment dans les régions où on cultive de la pomme de terre mais où les chambres froides sont peu nombreuses pour contenir toute l'offre excédentaire», nous a expliqué Ghemar Mohamed, producteur à Aïn Bessam. Un autre de la wilaya de Sétif se dit près à avancer la date de sa récolte car, affirme-t-il, «les propriétaires de chambres froides ouvriront leurs entrepôts au premier fournisseur». Les agriculteurs auront donc tout intérêt à accélérer leur récolte pour être les premiers à la proposer aux propriétaires de chambres froides. Ces derniers, pressés de voir leurs hangars au plus vite remplis, vont tout faire pour clore leur opération d'achat dans les plus courts délais, et comme il n'y a pas de place pour stocker tous les surplus de production, ils seront donc obligés d'appliquer la règle du premier arrivé, premier servi. «Et gare aux derniers, car ils devront se déplacer sur de longues distances, moyennant un coût de transport, pour trouver preneur», nous a indiqué M. Hadjeres, qui s'est lancé dans la culture de la pomme de terre depuis peu, du côté de Tiaret. Un autre de M'sila nous a appris que «quand bien même je déciderais de passer à la cueillette, je resterais toutefois tributaire d'une main-d''uvre qui se fait de plus en plus rare. Un déficit qui me pousse à retarder la période de cueillette avec toutes les conséquences qui s'en suivent». Ainsi, tous nos interlocuteurs s'accordent à dire que c'est une véritable course contre la montre qu'ils s'apprêtent à engager.
On apprendra de certains de nos vis-à-vis que le ministère de l'Agriculture et du développement rural s'est engagé à aider les agriculteurs pour qu'ils augmentent leur rendement à l'hectare mais «il a tout de même négligé, ou sous-estimé, le volet stockage des produits agricoles frais, lequel a besoin lui aussi de croître à mesure que la production augmente», nous a-t-on indiqué.
Toutefois, le ministère ne partage pas cet avis. Selon de le département de Rachid Benaïssa, une opération de restauration de chambres froides et d'aires de stockage relevant du secteur public et laissés à l'abandon a été lancée en 2012, et des unités ont été réceptionnées. Mais cela reste tout de même «très insuffisant», rétorquent des membres du Cipt, pour qui «cette insuffisance va se confirmer au terme de la campagne actuelle». Les plus pessimistes d'entre nos interlocuteurs nous ont rapporté que le déficit en matière de chambres froides de moyenne et grande capacité peut porter un coup à l'efficience du Syrpalac. Et d'expliquer que lorsque «des producteurs ne trouveront pas preneur faute d'espace de conservation, ils seront obligés de vendre à bas prix, c'est-à-dire bien en dessous du coût de revient au kilogramme. Or, ils ne pourront pas récupérer ces pertes financières et il leur sera difficile de s'en remettre. En effet, au lieu de percevoir 22 dinars par kilogramme de pomme de terre livré aux chambres froides, seuil de vente fixé par la tutelle, ils se retrouveront obligés de brader leur récolte. Ces quantités importantes qui ne seront pas intégrées dans le circuit vont indéniablement prendre le chemin du marché informel. Aussi, la régulation tant recherchée du marché de la pomme de terre sera-t-elle difficile à instaurer. C'est pourquoi il devient nécessaire d'éliminer tout ce qui pourrait entraver la mise en exécution parfaite du Syrpalac. En somme, il s'agira, à très court terme, d'augmenter les capacités de stockage de la pomme de terre, et des autres produits agricoles frais, qu'ils soient intégrés dans le Syrpalac ou non. C'est là un chantier auquel devra s'atteler le ministère du Commerce dans l'intérêt de l'économie nationale et des consommateurs.
Z. A.
Une production annuelle en nette croissance
Selon le Conseil interprofessionnel de la pomme de terre, la production nationale de la pomme de terre s'est établie à 18,6 millions de tonnes à ce jour. Pour les années précédentes, on a enregistré 42,2 millions de quintaux en 2012, 38,49 millions en 2011, 32 millions en 2010, 26 millions en 2009 et 22 millions en 2008. Près de 100 000 hectares sont consacrés à cette culture. Toujours selon cette même source, la production peut progresser de 20 à 30%. Le Cipt projette de produire jusqu'à 1,5 million de tonnes de plus. L'objectif tracé pour 2014 sera d'atteindre les 4 millions de tonnes. Quant à la répartition de la production, selon le Cipt 53% de la production nationale de pomme de terre est produite par quatre wilayas : El Oued et Aïn Defla, produisent à elles seules 37% de la récolte, Mascara et Mostaganem 16%. Ces progrès dans la production sont le résultat d'un plan d'action mené pendant l'année 2012
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Photo S Zoheir
Source : www.latribune-online.com