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Le Repenti de Merzak Allouache - La critique



Le Repenti de Merzak Allouache - La critique
Le très prolifique Merzak Allouache - 3 sorties cinéma et 3 films TV depuis 2009 ' nous revient avec un nouveau sujet d'actualité. Lui qui était déjà présent à plusieurs dates clés de l'Histoire de l'Algérie souveraine ' Un autre monde, «Bab el oued city» ou encore «Omar Guetlatou» -, continue, à bientôt 68 ans, d'être animé d'une flamme le poussant à franchir des portes parfois semées d'interdits et de tabous.
Le très prolifique Merzak Allouache - 3 sorties cinéma et 3 films TV depuis 2009 ' nous revient avec un nouveau sujet d'actualité. Lui qui était déjà présent à plusieurs dates clés de l'Histoire de l'Algérie souveraine ' Un autre monde, «Bab el oued city» ou encore «Omar Guetlatou» -, continue, à bientôt 68 ans, d'être animé d'une flamme le poussant à franchir des portes parfois semées d'interdits et de tabous.
On lui reconnaît volontiers cet aspect qui fait de lui un véritable artiste engagé. Son dernier film est peut-être le plus douloureux, le plus dur ' indigeste ' -; il est également un des plus minimalistes d'un point de vue technique. Traitant un sujet de guerre civile à peine achevée, il use de la sobriété artistique pour tenter d'atteindre ses deux objectifs de témoignage et de questionnement. Jamais manichéen, le film tente de décrire un chaos post-apocalyptique où l'humanité ' conceptuelle ' en a pris un gros coup. Personne n'est bon, personne n'est mauvais, tout le monde a quelque chose à se reprocher. La responsabilité collective est le c'ur du propos nuancé du réalisateur.
On nous présente plusieurs protagonistes, on peut en compter 2, 3 ou carrément 35 millions, à chacun de voir. L'objectif est pourtant le même : se soigner et guérir tant bien que mal. Et c'est ce même objectif, appréhendé de différentes manières, qui va lier les destins de nos personnages principaux, interprétés par des acteurs talentueux (hommage donc à Nabil Asli, Adila Bendimered et Khaled Benaissa).
L'ambiance n'est pas des plus gaies, dans ce monde meurtri, on parle peu tout en invitant l'autre à se taire, on repousse violemment des remerciements, on se juge mutuellement sans jamais demander d'explications, on se regarde très peu dans le miroir. Et puis, on essaie d'oublier, de mettre au placard tout ce qui nous rappelle cet autre soi qui n'est plus et qui ne sera plus, on est dans l'expectative, le temps passe lentement, on se laisse aller et vivre, des morts-vivants. Aucune musique ne sera posée sur les 87 minutes du long-métrage ' sauf coquerique, appel à la prière, combat de chats, boite à musique d'enfant, tous en son in parfois hors-champ.
L'émotion superficielle est priée de ne pas s'inviter dans ce film brut qui demande des émotions brutes. C'est en cela que le minimalisme est un bon point. Pourtant, l'efficacité de ce choix artistique ' peut-être budgétaire aussi ' reste à démontrer, le minimalisme est un style dangereux où l'équilibre tient à un fil. Ici, le choix délibéré ' ou pas ' d'une caméra toujours en mouvement semble déséquilibrer paradoxalement cette peinture de désordre et ce mouvement continuel ' agaçant ' semble être une fantaisie pour rajouter de l'émotion "physique" chez le spectateur pour arriver à donner tournis et "mal de terre".
Or le sujet en lui-même, le jeu des acteurs et le scénario seuls, auraient suffi à mettre à mal le public souvent au courant de la réalité dont traite le film. Il semble y avoir un manque de confiance, ce qui est fortement dommageable de part l'aspect profond qu'auraient pu ajouter des plans fixes sur ces belles natures mortes "meurtries" qui se seraient exprimées autrement, et différemment pour chacun. La lourdeur et la lenteur de progression du récit sont des choix scénaristiques importants, pourtant le déséquilibre sus-cité crée chez le spectateur le questionnement de la nature de cette lourdeur. On reprochera un peu trop de classicisme dans le cadrage, qui dans l'absolu ne dépend pas du budget et ne contribue pas directement au minimalisme souhaité.
Enfin, il y a tout l'aspect briseur des murs qui nous séparent. Oser questionner le spectateur, créer le débat ou du moins le faire vivre et combattre l'amnésie, danger ' explicité dans une conclusion sans concessions ' qui guette toute culture, toute civilisation. Egalement rendre hommage aux familles des disparus ' on compte encore plus de 8000 cas de disparus non élucidés. Le film dit aussi que ce n'est pas en posant un pansement sur une plaie qu'on se soigne, que c'est en l'affrontant, en parlant, en écoutant l'autre, en dépassant cette crainte de la vérité, en comprenant ce qui s'est passé, pour que ça serve de leçon. Une fois cette étape franchie, penser à faire un deuil des dizaines de milliers de nos morts. On ne fait de deuil sans comprendre ce qu'on enterre et où.
Le film a trouvé un distributeur en France ' on attend la date de sortie ' et sera soutenu partout en Europe suite à son prix ' Label Europea Cinemas ' lors de la quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes. On espère surtout que beaucoup d'Algériens pourront et voudront le voir. L'intérêt sociétal de ce genre de films est immense. Merzak Allouache présentera bientôt son film, pour la première fois, en Algérie, à Béjaia. C'est ce qu'il nous confia lors du court débat qui a suivi la projection du film.
On lui reconnaît volontiers cet aspect qui fait de lui un véritable artiste engagé. Son dernier film est peut-être le plus douloureux, le plus dur ' indigeste ' -; il est également un des plus minimalistes d'un point de vue technique. Traitant un sujet de guerre civile à peine achevée, il use de la sobriété artistique pour tenter d'atteindre ses deux objectifs de témoignage et de questionnement. Jamais manichéen, le film tente de décrire un chaos post-apocalyptique où l'humanité ' conceptuelle ' en a pris un gros coup. Personne n'est bon, personne n'est mauvais, tout le monde a quelque chose à se reprocher. La responsabilité collective est le c'ur du propos nuancé du réalisateur.
On nous présente plusieurs protagonistes, on peut en compter 2, 3 ou carrément 35 millions, à chacun de voir. L'objectif est pourtant le même : se soigner et guérir tant bien que mal. Et c'est ce même objectif, appréhendé de différentes manières, qui va lier les destins de nos personnages principaux, interprétés par des acteurs talentueux (hommage donc à Nabil Asli, Adila Bendimered et Khaled Benaissa).
L'ambiance n'est pas des plus gaies, dans ce monde meurtri, on parle peu tout en invitant l'autre à se taire, on repousse violemment des remerciements, on se juge mutuellement sans jamais demander d'explications, on se regarde très peu dans le miroir. Et puis, on essaie d'oublier, de mettre au placard tout ce qui nous rappelle cet autre soi qui n'est plus et qui ne sera plus, on est dans l'expectative, le temps passe lentement, on se laisse aller et vivre, des morts-vivants. Aucune musique ne sera posée sur les 87 minutes du long-métrage ' sauf coquerique, appel à la prière, combat de chats, boite à musique d'enfant, tous en son in parfois hors-champ.
L'émotion superficielle est priée de ne pas s'inviter dans ce film brut qui demande des émotions brutes. C'est en cela que le minimalisme est un bon point. Pourtant, l'efficacité de ce choix artistique ' peut-être budgétaire aussi ' reste à démontrer, le minimalisme est un style dangereux où l'équilibre tient à un fil. Ici, le choix délibéré ' ou pas ' d'une caméra toujours en mouvement semble déséquilibrer paradoxalement cette peinture de désordre et ce mouvement continuel ' agaçant ' semble être une fantaisie pour rajouter de l'émotion "physique" chez le spectateur pour arriver à donner tournis et "mal de terre".
Or le sujet en lui-même, le jeu des acteurs et le scénario seuls, auraient suffi à mettre à mal le public souvent au courant de la réalité dont traite le film. Il semble y avoir un manque de confiance, ce qui est fortement dommageable de part l'aspect profond qu'auraient pu ajouter des plans fixes sur ces belles natures mortes "meurtries" qui se seraient exprimées autrement, et différemment pour chacun. La lourdeur et la lenteur de progression du récit sont des choix scénaristiques importants, pourtant le déséquilibre sus-cité crée chez le spectateur le questionnement de la nature de cette lourdeur. On reprochera un peu trop de classicisme dans le cadrage, qui dans l'absolu ne dépend pas du budget et ne contribue pas directement au minimalisme souhaité.
Enfin, il y a tout l'aspect briseur des murs qui nous séparent. Oser questionner le spectateur, créer le débat ou du moins le faire vivre et combattre l'amnésie, danger ' explicité dans une conclusion sans concessions ' qui guette toute culture, toute civilisation. Egalement rendre hommage aux familles des disparus ' on compte encore plus de 8000 cas de disparus non élucidés. Le film dit aussi que ce n'est pas en posant un pansement sur une plaie qu'on se soigne, que c'est en l'affrontant, en parlant, en écoutant l'autre, en dépassant cette crainte de la vérité, en comprenant ce qui s'est passé, pour que ça serve de leçon. Une fois cette étape franchie, penser à faire un deuil des dizaines de milliers de nos morts. On ne fait de deuil sans comprendre ce qu'on enterre et où.
Le film a trouvé un distributeur en France ' on attend la date de sortie ' et sera soutenu partout en Europe suite à son prix ' Label Europea Cinemas ' lors de la quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes. On espère surtout que beaucoup d'Algériens pourront et voudront le voir. L'intérêt sociétal de ce genre de films est immense. Merzak Allouache présentera bientôt son film, pour la première fois, en Algérie, à Béjaia. C'est ce qu'il nous confia lors du court débat qui a suivi la projection du film.


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